{"id":3850,"date":"2023-01-10T15:25:34","date_gmt":"2023-01-10T14:25:34","guid":{"rendered":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/?page_id=3850"},"modified":"2023-01-11T15:02:07","modified_gmt":"2023-01-11T14:02:07","slug":"le-gis-posidonie-bien-plus-quune-aventure-humaine-et-scientifique","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/?page_id=3850","title":{"rendered":"Le GIS Posidonie : bien plus qu\u2019une aventure humaine et scientifique"},"content":{"rendered":"\n<p><b>&nbsp;Introduction<\/b><\/p>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>&nbsp;Le GIS Posidonie a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour r\u00e9pondre \u00e0 un objectif pr\u00e9cis : sauver l\u2019herbier \u00e0 <em>Posidonia oceanica<\/em>. &nbsp;Depuis les ann\u00e9es 1950s, on devinait le r\u00f4le de l\u2019herbier. Depuis les ann\u00e9es 1960s, on assistait \u00e0 sa r\u00e9gression. Mais que faire ? Pour agir, il faut comprendre. &nbsp;Pour comprendre, &nbsp;il faut \u00e9tudier. Pour \u00e9tudier, il faut un programme de recherches coh\u00e9rent, optimis\u00e9, g\u00e9r\u00e9. L\u2019id\u00e9e du Minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019Environnement, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980s, a \u00e9t\u00e9 de confier au Parc national de Port-Cros la cr\u00e9ation d\u2019une structure souple, un \u2018Groupement d\u2019Int\u00e9r\u00eat Scientifique\u2019 (GIS), susceptible de g\u00e9rer ce programme de recherche.<\/p>\n<p>Olivier et Jeudy de Grissac et Boudouresque racontent l\u2019histoire de la cr\u00e9ation du GIS Posidonie et l\u2019aventure de la posidonie. &nbsp;La \u2018feuille de route\u2019 fix\u00e9e par le Minist\u00e8re &nbsp;de l\u2019Environnement \u00e9tait simple : rassembler tous les acteurs, les scientifiques, bien s\u00fbr, dispers\u00e9s dans de multiples structures &nbsp;de recherche (laboratoires, universit\u00e9s, CNRS, CNEXO \u2013 l\u2019anc\u00eatre de l\u2019IFREMER), souvent en comp\u00e9tition, &nbsp;mais aussi les gestionnaires, encore plus dispers\u00e9s, et enfin, les \u2018amateurs\u2019, &nbsp;du professeur de lyc\u00e9e aux membres d\u2019associations de protection de l\u2019environnement, du b\u00e9n\u00e9vole au journaliste, amateurs dont le r\u00f4le est incontournable pour informer le grand public et obtenir son adh\u00e9sion. On ne parlait pas encore de \u2018gouvernance\u2019.<\/p>\n<p>Qui aurait pu imaginer, en 1982, que le GIS Posidonie existerait encore au-del\u00e0 de l\u2019an 2000, cet horizon si lointain qu\u2019on avait du mal \u00e0 l\u2019imaginer autrement que dans la science-fiction<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>(\u20182001, Odyss\u00e9e de l\u2019espace\u2019), pour ne pas parler de la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie du 21\u00e8me si\u00e8cle ? Dans une France caract\u00e9ris\u00e9e par la \u2018strat\u00e9gie de la poule\u2019, une telle long\u00e9vit\u00e9 est \u00e9tonnante. La strat\u00e9gie de la poule, &nbsp;c\u2019est le besoin compulsif &nbsp;de changer sans cesse les structures, &nbsp;les apparences. &nbsp;Quand arrive une voiture (un probl\u00e8me), sur une route, la poule qui est \u00e0 droite \u00e9prouve le besoin imp\u00e9ratif de passer \u00e0 gauche ; celle qui est \u00e0 gauche traverse vers la droite. Il ne faut pas dramatiser : il est rare qu\u2019elles se fassent \u00e9craser. De plus, la question \u2018Why does the chicken cross the road\u2019 est une source in\u00e9puisable de devinettes et de r\u00e9flexions plus profondes qu\u2019il n\u2019y parait. Quoi qu\u2019il en soit, entre 1982 et 2013, le Minist\u00e8re de l\u2019Environnement a chang\u00e9 (au moins) 10 fois de nom, des universit\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es, ont chang\u00e9 de nom, ont fusionn\u00e9, aucun des laboratoires universitaires de l\u2019\u00e9poque n\u2019a surv\u00e9cu, pas plus que la plupart des structures administratives, \u00e0 l\u2019exception du Parc national de Port-Cros. Et cette conver- gence dans la survivance est sans doute plus qu\u2019une co\u00efncidence : un symbole.<\/p>\n<p><b>Co<\/b><b>mmen<\/b><b>t expliquer <\/b><b>l<\/b><b>a long\u00e9vit\u00e9 du GIS Posidonie ?<\/b><\/p>\n<p>Plusieurs pistes se pr\u00e9sentent, qui ne s\u2019excluent pas. <b>(i) <\/b>Il r\u00e9pondait &nbsp;\u00e0 un r\u00e9el besoin, et ce besoin existe toujours. <b>(ii) <\/b>Les femmes et les hommes qui ont pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 son destin (e.g. Conseil Scientifique et d\u2019Administration, CSA) ont \u00e9t\u00e9 de \u2018remarquables gestionnaires\u2019 (\u00e0 consid\u00e9rer bien s\u00fbr avec humour) et des \u2018visionnaires\u2019 (idem).&nbsp; &nbsp;<b>(iii) <\/b>Les femmes et les hommes qui ont r\u00e9alis\u00e9, au jour le jour, ses objectifs (charg\u00e9s d\u2019\u00e9tudes, charg\u00e9s de recherches, contractuels, b\u00e9n\u00e9voles), ont \u00e9t\u00e9 exceptionnels. &nbsp;<b>(iv) <\/b>Le GIS Posidonie a su \u00e9voluer, sans perdre ses rep\u00e8res ni son \u00e2me. &nbsp;<b>(v<\/b><b>) <\/b>Il a su \u2018rester \u00e0 sa place\u2019, celle d\u2019une structure-outil, efficace mais discr\u00e8te.<\/p>\n<p><b>L<\/b><b>e GIS Posidonie a r\u00e9pondu \u00e0 un besoin qui existe toujours<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est sans doute vrai. Entre la recherche universitaire de haut niveau ponctu\u00e9e par des publi- cations dans des revues \u00e0 Impact Factor &nbsp;(IF) \u00e9lev\u00e9, &nbsp;et les bureaux d\u2019\u00e9tude, charg\u00e9s principale- ment de mettre en \u0153uvre des routines, &nbsp;il existe une zone de recouvrement et d\u2019interaction. C\u2019est l\u2019espace occup\u00e9 par le GIS Posidonie. &nbsp;Et cet espace correspond, de plus, aux recom- mandations r\u00e9currentes des organismes de recherche nationaux (CNRS, IRD, Universit\u00e9s, etc.). C\u2019est pour cela que le GIS Posidonie &nbsp;est officiellement associ\u00e9 \u00e0 plusieurs grandes universit\u00e9s fran\u00e7aises (Aix-Marseille Universit\u00e9, Universit\u00e0 di Corsica Pasquale Paoli, Universit\u00e9 de Nice Sophia-Antipolis, etc.). Les gestionnaires expriment des besoins ; les scientifiques &nbsp;(au sens large) ont des id\u00e9es, mais n\u2019ont pas toujours le temps ni les moyens humains de les tester ; le GIS Posidonie, gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9quipe permanente, a souvent constitu\u00e9 la synth\u00e8se entre besoins, id\u00e9es et validation.<\/p>\n<p><b>Le<\/b><b>s responsables du GIS Posidonie ont \u00e9t\u00e9 remarquables et visionnaires<\/b><\/p>\n<p>Il s\u2019agit ici des membres du CSA, le Conseil Scientifique et d\u2019Administration. Lors de sa cr\u00e9ation, le CSA r\u00e9unissait des scientifiques (au sens large) et des gestionnaires. La judiciarisation crois-<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>sante de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise, sur le mod\u00e8le nord-am\u00e9ricain, &nbsp;et les recommandations &nbsp;de la Cour des Comptes, ont conduit &nbsp;les gestionnaires \u00e0 se d\u00e9sengager progressivement, &nbsp;ce qui est regrettable sur le plan intellectuel, mais logique et compr\u00e9hensible. Quoi qu\u2019il en soit, le CSA, en r\u00e9unissant autour de projets communs des scientifiques issus de laboratoires tr\u00e8s divers, a permis de d\u00e9passer &nbsp;les antagonismes &nbsp;et les rivalit\u00e9s. Aussi loin que je me souvienne, les r\u00e9unions du CSA et les Assembl\u00e9es G\u00e9n\u00e9rales (AG) ont \u00e9t\u00e9 des moments de consensus et de convivialit\u00e9. Des id\u00e9es y ont \u00e9merg\u00e9 ; \u00e9taient-elles \u2018visionnaires\u2019 ? Probablement pas (m\u00eame s\u2019il est trop t\u00f4t pour en juger) ; ces id\u00e9es \u00e9taient simplement \u2018dans l\u2019air du temps\u2019 ; l\u2019originalit\u00e9 consistait \u00e0 les exprimer clairement, puis \u00e0 les mettre en \u0153uvre concr\u00e8tement.<\/p>\n<p><b>L<\/b><b>e GIS Posidonie a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la collaboration de femmes et d\u2019hommes exceptionnels.<\/b><\/p>\n<p>C\u2019est certainement &nbsp;vrai. La comm\u00e9moration des 30 ans du GIS Posidonie est l\u2019occasion de leur rendre hommage. La liste de tous ceux qui, pour un stage, un contrat de courte dur\u00e9e ou une collaboration de longue dur\u00e9e, ont accompagn\u00e9 &nbsp;le GIS Posidonie, est impressionnante. Ceux qui sont partis occupent aujourd\u2019hui des postes de responsabilit\u00e9, parfois prestigieux, dans des organismes en charge de la gestion de l\u2019environnement et dans des institutions de recherche, en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Si le GIS Posidonie les a aid\u00e9s \u00e0 r\u00e9aliser leur projet, il peut en retirer une l\u00e9gitime fiert\u00e9. Il est difficile de citer ici tous ceux qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans l\u2019aventure du GIS Posidonie, &nbsp;mais il est impossible de ne pas mentionner Delphine Willsie et Alain Jeudy de Grissac (organisation du workshop fondateur sur <em>Posidonia oceanica<\/em> de 1983, puis publication des Actes), Vincent Gravez (le moteur du GIS Posidonie pendant 15 ans), &nbsp;Eric Charbonnel, &nbsp;Patrice Francour &nbsp;et, pour l\u2019\u00e9poque &nbsp;actuelle,  Genny Astier, Denis Bonhomme, Patrick Bonhomme, Maia Fourt, Adrien Goujard, Elodie Rouanet et l\u2019\u00e9quipe permanente Laurence Le Dir\u00e9ach, Patrick Astruch, Thomas Schohn et Bruno Belloni.<\/p>\n<p><b>Le<\/b><b>s th\u00e9matiques du GIS Posidonie ont \u00e9volu\u00e9<\/b><\/p>\n<p>Le peuplement \u00e9ponyme et fondateur, l\u2019herbier \u00e0 <em>Posidonia oceanic<\/em>a, a parfois \u00e9t\u00e9 minoritaire par rapport aux questions abord\u00e9es. Le GIS Posidonie a jou\u00e9 un r\u00f4le important, en particulier, dans <b>(i) <\/b>des programmes consacr\u00e9s \u00e0 la sauvegarde &nbsp;du phoque moine <em>Monachus monachus<\/em> (une &nbsp;esp\u00e8ce en danger critique d\u2019extinction), &nbsp;<b>(ii) <\/b>dans la protection &nbsp;d\u2019un certain nombre d\u2019esp\u00e8ces (en France, puis en Europe), <b>(iii) <\/b>dans les r\u00e9seaux de surveillance de la qualit\u00e9 du milieu marin (bas\u00e9s en particulier sur un indicateur biologique, &nbsp;la posidonie), <b>(iv) <\/b>dans l\u2019\u00e9tude et la gestion &nbsp;des invasions biologiques (en particulier <em>Caulerpa taxifolia<\/em> et <em>C. cylindracea<\/em>), <b>(v) <\/b>dans la compr\u00e9hension &nbsp;de l\u2019effet-r\u00e9serve (effet des Aires Marines Prot\u00e9g\u00e9es, AMPs) et <b>(vi) <\/b>dans l\u2019\u00e9tude de la p\u00eache artisanale (une forme de p\u00eache dont le r\u00f4le \u00e9cologique &nbsp;et social est majeur en M\u00e9diterran\u00e9e, mais qui est souvent n\u00e9glig\u00e9e en Europe, par rapport \u00e0 la p\u00eache hauturi\u00e8re et\/ou industrielle). &nbsp;Cette \u00e9volution &nbsp;des th\u00e9matiques &nbsp;\u00e9pouse l\u2019\u00e9mergence &nbsp;successive &nbsp;de probl\u00e8mes de gestion. Le CSA a fait preuve d\u2019une grande sagesse, d\u2019un certain c\u00f4t\u00e9 \u2018anglo- saxonne\u2019, en conservant &nbsp;le nom de \u2018GIS Posidonie\u2019. L\u2019une des qualit\u00e9s des anglo-saxons (qui ont peut-\u00eatre aussi quelques d\u00e9fauts) est en effet de savoir conserver, parfois pendant des si\u00e8cles, des noms embl\u00e9matiques qui, en France, auraient \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s 20 fois dans le m\u00eame laps de temps ; c\u2019est le cas par exemple du PhD (Philosophiae Doctor, docteur en philosophie), doctorat qui, depuis tr\u00e8s longtemps, n\u2019a plus rien \u00e0 voir avec la seule philosophie.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p><b>L<\/b><b>e GIS Posidonie a su \u2018rester \u00e0 sa place\u2019<\/b><\/p>\n<p>Le GIS Posidonie n\u2019est ni un laboratoire universitaire, cherchant une reconnaissance nationale et internationale, &nbsp;ni une administration, en qu\u00eate de l\u00e9gitimit\u00e9. Sa place est celle d\u2019une struc- ture-outil, au service de la recherche et des administrations. L\u00e0 aussi, le CSA a fait preuve de sagesse, en veillant toujours \u00e0 maintenir &nbsp;le GIS Posidonie &nbsp;\u00e0 la place qui est la sienne.&nbsp; Pour l\u2019\u00e9quipe &nbsp;permanente du GIS Posidonie,&nbsp;&nbsp; il peut \u00eatre frustrant de rester g\u00e9n\u00e9ralement dans l\u2019ombre, et de laisser la lumi\u00e8re, la \u2018gloire\u2019 aux universitaires et aux administrations. Mais c\u2019est \u00e0 la fois la r\u00e8gle du jeu et le passeport &nbsp;pour la long\u00e9vit\u00e9 exceptionnelle mentionn\u00e9e plus haut : il n\u2019y a jamais eu de comp\u00e9tition &nbsp;entre le GIS Posidonie, &nbsp;les institutions &nbsp;universitaires et les structures &nbsp;administratives. Ceci \u00e9tant dit, &nbsp;pour ceux qui cherchent \u00e0 tracer le r\u00f4le du GIS Posidonie dans l\u2019avancement des id\u00e9es, il est possible de trouver son logo, souvent discr\u00e8tement repouss\u00e9 en deuxi\u00e8me page ; il est possible de trouver son nom parmi les co-auteurs de centaines de publications et de documents ; il est possible de trouver son nom sur la couverture &nbsp;de la vingtaine d\u2019ouvrages qu\u2019il a publi\u00e9s en qualit\u00e9 d\u2019\u00e9diteur.<\/p>\n<p><b>\u2018E<\/b><b>t si tu n\u2019existais pas ?\u2019<\/b><\/p>\n<p>Et si le GIS Posidonie n\u2019avait pas exist\u00e9, ou n\u2019existait plus ? L\u2019avancement de la science serait- il aujourd\u2019hui diff\u00e9rent, dans les th\u00e9matiques dans lesquelles il a \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9 ? La protection et la gestion &nbsp;des milieux naturels m\u00e9diterran\u00e9ens auraient-elles pris des directions diff\u00e9rentes, peut-\u00eatre moins efficaces, mais peut-\u00eatre \u00e9ventuellement meilleures ? Il est \u00e9videmment &nbsp;difficile, sinon impossible, de r\u00e9pondre \u00e0 cette question (mais voir plus bas !).<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une question g\u00e9n\u00e9rale concernant la Science. Si Charles Darwin n\u2019avait pas formalis\u00e9 en 1859 ses id\u00e9es sur l\u2019\u00e9volution, en serions-nous rest\u00e9s au cr\u00e9ationnisme ? Bien s\u00fbr que non ! L\u2019id\u00e9e de l\u2019\u00e9volution constituait un concept en marche depuis longtemps. D\u2019autres que Charles Darwin l\u2019auraient port\u00e9e, \u00e9ventuellement un peu plus tard et avec des nuances. Par exemple Alfred Russel Wallace. Si James Watson et Francis Crick n\u2019avaient pas publi\u00e9 en 1953 la struc- ture en double h\u00e9lice de l\u2019ADN, serait-elle rest\u00e9e inconnue ? Bien s\u00fbr que non ! De m\u00eame, bien qu\u2019infiniment &nbsp;plus modestes que les d\u00e9couvertes &nbsp;mentionn\u00e9es &nbsp;ci-dessus, &nbsp;la plupart &nbsp;des avanc\u00e9es que l\u2019on peut mettre en relation avec le GIS Posidonie auraient certainement exist\u00e9. Mais est-ce bien s\u00fbr ? Examinons en d\u00e9tail l\u2019une de ces avanc\u00e9es.<\/p>\n<p>La protection l\u00e9gale de <em>Posidonia oceanica<\/em> en France (Arr\u00eat\u00e9 du 19 Juillet 1988), constitue un \u00e9v\u00e8nement majeur, fondateur, pour la protection &nbsp;et la gestion de la M\u00e9diterran\u00e9e. D\u00e9sormais, il est interdit de la d\u00e9truire, de la transporter &nbsp;(\u2026), de l\u2019utiliser, vivante ou morte, en totalit\u00e9 ou en partie. Tout d\u2019abord, il convient &nbsp;de noter que, sur le plan de la communication, &nbsp;c\u2019est un coup de ma\u00eetre, car l\u2019esp\u00e8ce est \u2018visible\u2019, ais\u00e9ment reconnaissable, pr\u00e9sente le long de toutes les<b> <\/b>c\u00f4tes m\u00e9diterran\u00e9ennes et facile \u00e0 populariser aupr\u00e8s du grand public. Ensuite, c\u2019est \u2018l\u2019effet parapluie\u2019 car, en prot\u00e9geant la posidonie, on prot\u00e8ge les immenses zones marines o\u00f9 elle vit et les &nbsp;milliers &nbsp;d\u2019esp\u00e8ces qui &nbsp;fr\u00e9quentent &nbsp;les herbiers, &nbsp;esp\u00e8ces affubl\u00e9es &nbsp;de noms latins r\u00e9barbatifs, parfois reconnaissables par les seuls sp\u00e9cialistes et peu susceptibles d\u2019\u00e9mouvoir le grand public. Enfin, c\u2019est \u2018l\u2019effet boule de neige\u2019 : la posidonie a \u00e9t\u00e9 reprise dans la \u2018Directive Habitats\u2019 de 1992 de l\u2019Union Europ\u00e9enne (UE) et va ainsi constituer l\u2019un des principaux \u00e9l\u00e9ments servant \u00e0 d\u00e9terminer les \u2018zones Natura 2000\u2019, dans tous les pays m\u00e9diterran\u00e9ens de l\u2019UE. La posidonie a \u00e9t\u00e9 \u00e9galement ins\u00e9r\u00e9e dans les annexes des Conventions de Berne et de Barcelone (1996) et dans le Plan d\u2019Action pour la M\u00e9diterran\u00e9e &nbsp;(PAM, UNEP).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>&nbsp;Il serait &nbsp;tout \u00e0 fait incorrect d\u2019attribuer le m\u00e9rite de la protection de <em>Posidonia oceanica<\/em> au seul GIS Posidonie. Quand un Ministre signe un arr\u00eat\u00e9 de protection (s\u2019agissant du milieu marin, il y en a en fait deux : celui de l\u2019environnement et celui de la mer), il y a des membres de son cabinet (conseillers) qui ont gliss\u00e9 l\u2019arr\u00eat\u00e9 dans son parapheur, il y a de nombreux gestionnaires qui ont convaincu &nbsp;les conseillers de la n\u00e9cessit\u00e9 &nbsp;de cet arr\u00eat\u00e9, il &nbsp;y a enfin toute la communaut\u00e9 scientifique qui, pendant des ann\u00e9es, a d\u00e9montr\u00e9 aux gestionnaires l\u2019utilit\u00e9 de la protection, tout en en popularisant l\u2019id\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire en la rendant socialement acceptable. &nbsp;L\u2019arr\u00eat\u00e9 de protection est donc le sommet d\u2019une immense pyramide. Le m\u00e9rite n\u2019en revient certes pas au seul GIS Posidonie, mais le GIS Posidonie a d\u2019autant plus jou\u00e9 un r\u00f4le significatif qu\u2019il r\u00e9unissait deux niveaux, celui des scientifiques et celui des gestionnaires, tout en contribuant \u00e0 rendre la protection non seulement socialement acceptable mais aussi revendiqu\u00e9e par la Soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>On peut penser que, avec ou sans le GIS Posidonie, avec ou sans les gestionnaires et la com- munaut\u00e9 scientifique des ann\u00e9es 1980s, l\u2019importance des herbiers de posidonie et des services \u00e9cosyst\u00e9miques qu\u2019ils g\u00e9n\u00e8rent auraient t\u00f4t ou tard abouti \u00e0 leur protection.&nbsp; &nbsp;Leur protection, certainement. Mais sous quelle forme ? Il existe de nombreuses formes de protection, au niveau juridique. Le fait de doter la posidonie d\u2019un statut de protection tr\u00e8s fort, le m\u00eame que celui qui est affect\u00e9 \u00e0 une esp\u00e8ce en danger critique de disparition, comme le phoque moine <em>Monachus monachus<\/em>, ou \u00e0 des esp\u00e8ces en danger de disparition, comme certaines esp\u00e8ces de mammi- f\u00e8res marins, n\u2019allait pas de soi. Les herbiers de posidonie \u00e9taient certes en r\u00e9gression, cette r\u00e9gression avait de graves cons\u00e9quences, en particulier au vu des services \u00e9cosyst\u00e9miques qu\u2019ils fournissent, mais la menace n\u2019\u00e9tait pas de m\u00eame nature que celle qui plane sur l\u2019avenir du phoque moine. Le choix d\u2019un statut de protection tr\u00e8s fort n\u2019allait donc pas de soi. Ce choix a \u00e9t\u00e9 rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 une extraordinaire dynamique, \u00e0 une sorte de lame de fond. Si la protection de la posidonie &nbsp;\u00e9tait intervenue plus tard (ann\u00e9es 2000 par exemple), le statut de protection aurait \u00e9t\u00e9 plus souple, plus flou et donc inefficace, comme tant d\u2019autres statuts de protection. L\u2019effet parapluie, puis l\u2019effet boule de neige n\u2019auraient pas exist\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019histoire, l\u2019\u00e9volution, sont-elles d\u00e9terministes ou contingentes ? Cela fait l\u2019objet de vastes d\u00e9bats. Le d\u00e9terminisme signifie qu\u2019un \u00e9v\u00e8nement <b>doit <\/b>se produire, dans un contexte donn\u00e9, t\u00f4t ou tard. La contingence signifie qu\u2019il <b>peut <\/b>se produire ou ne pas se produire, qu\u2019il y a une part de hasard. Dans le cas de la posidonie, &nbsp;on peut consid\u00e9rer &nbsp;que sa protection \u00e9tait <b>d\u00e9terministe<\/b>, mais &nbsp;que le &nbsp;statut fort &nbsp;de &nbsp;protection &nbsp;dont &nbsp;elle &nbsp;a &nbsp;b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, &nbsp;avec ses cons\u00e9quences en cascade, \u00e9tait <b>contingent<\/b>. La protection des milieux naturels de M\u00e9diterran\u00e9e, telle qu\u2019elle est mise en \u0153uvre en ce d\u00e9but de 21\u00e8me si\u00e8cle, est donc sous l\u2019influence des choix qui ont \u00e9t\u00e9 faits par des femmes et des hommes des ann\u00e9es 1980s, en particulier au sein ou autour du GIS Posidonie.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p>Des s\u00e9quences similaires \u00e0 celle qui concerne la protection&nbsp; de <em>Posidonia oceanica<\/em> peuvent \u00eatre retrac\u00e9es : protection d\u2019autres esp\u00e8ces, invasions biologiques, etc. Elles font l\u2019objet d\u2019un certain nombre d\u2019articles du pr\u00e9sent volume.<\/p>\n<p><b>C<\/b><b>o<\/b><b>n<\/b><b>c<\/b><b>l<\/b><b>u<\/b><b>s<\/b><b>i<\/b><b>o<\/b><b>n<\/b><b>s<\/b><\/p>\n<p>La posidonie Posidonia oceanica fait aujourd\u2019hui l\u2019objet de plusieurs centaines de publications par an. Des dizaines de laboratoires, plus d\u2019une centaine de chercheurs, s\u2019y consacrent. Malgr\u00e9 cet effort consid\u00e9rable, qui traduit bien l\u2019importance qui lui est reconnue, &nbsp;la posidonie &nbsp;garde beaucoup de myst\u00e8re.&nbsp; &nbsp;Il est probable que la plupart &nbsp;des jeunes chercheurs &nbsp;qui travaillent aujourd\u2019hui sur la posidonie, &nbsp;en M\u00e9diterran\u00e9e et en Europe du Nord, n\u2019aient jamais entendu parler du GIS Posidonie. C\u2019est compr\u00e9hensible. Les travaux ant\u00e9rieurs \u00e0 \u2018l\u2019\u00e8re pdf\u2019 ont du mal \u00e0 exister, surtout quand ils ne sont pas \u00e9crits en anglais. Du reste, comme indiqu\u00e9 plus haut, la vocation du GIS Posidonie n\u2019est pas, et n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9, de constituer une structure de recherche. Il en va de m\u00eame de toutes les th\u00e9matiques abord\u00e9es, pendant trois d\u00e9cennies, par le GIS Posidonie, soit au travers des chercheurs et des gestionnaires qui en sont membres, soit gr\u00e2ce \u00e0 son \u00e9quipe permanente.<\/p>\n<p>Pour tous ceux qui ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019aventure du GIS Posidonie, pour quelques mois, quelques ann\u00e9es ou plus d\u2019une d\u00e9cennie, que ce soit en qualit\u00e9 de scientifiques, de gestionnaires ou de salari\u00e9s, peu importe &nbsp;la reconnaissance &nbsp;officielle. Cette reconnaissance a d\u2019ailleurs eu lieu, paradoxalement non pas en France, mais en Italie. Les acteurs \u2018historiques\u2019 sont aujourd\u2019hui dispers\u00e9s dans le monde, &nbsp;ils appartiennent &nbsp;\u00e0 de multiples structures scientifiques et adminis- tratives, mais ils gardent &nbsp;le souvenir \u00e9mu de cet engagement fort et efficace, d\u2019une aventure humaine et scientifique.<\/p>\n<p>Je me souviens en particulier de l\u2019agitation fr\u00e9n\u00e9tique, dans les semaines pr\u00e9c\u00e9dant les congr\u00e8s scientifiques organis\u00e9s par le GIS Posidonie. Je me souviens du d\u00e9sarroi de l\u2019\u00e9quipe permanente (les salari\u00e9s) face \u00e0 des attaques \u2018\u00e0 la kalachnikov\u2019, dont l\u2019origine est ici hors-sujet, lors des programmes sur Caulerpa taxifolia et les invasions biologiques. &nbsp;Je me souviens de la fiert\u00e9 de tous et j\u2019entends encore &nbsp;le bruit caract\u00e9ristique du bouchon de champagne, lorsque l\u2019arr\u00eat\u00e9 sur la protection &nbsp;d\u2019une dizaine d\u2019esp\u00e8ces m\u00e9diterran\u00e9ennes a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 au journal officiel.<\/p>\n<p>A c\u00f4t\u00e9 des \u2018success stories\u2019, &nbsp;il y a eu \u00e9galement des \u00e9checs. Celui qui me marque le plus est en relation avec les invasions biologiques. Apr\u00e8s deux programmes europ\u00e9ens et de multiples programmes &nbsp;nationaux g\u00e9r\u00e9s par le GIS Posidonie, &nbsp;programmes &nbsp;qui d\u00e9montraient &nbsp;le risque d\u2019une part, la faiblesse dramatique &nbsp;de la l\u00e9gislation fran\u00e7aise en mati\u00e8re d\u2019esp\u00e8ces exotiques d\u2019autre part, il est triste de constater que rien n\u2019a \u00e9volu\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies. La France \u00e9tait et reste l\u2019un des pays les plus arri\u00e9r\u00e9s au monde en mati\u00e8re de pr\u00e9vention des introductions d\u2019esp\u00e8ces. Sa l\u00e9gislation n\u2019est m\u00eame pas au niveau de celle du Zimbabwe. Les ministres successifs en ont \u00e9t\u00e9 conscients, &nbsp;mais le lobby des animaleries et des jardineries a \u00e9t\u00e9 le plus fort, alors m\u00eame que leur poids \u00e9conomique n\u2019est pas d\u00e9montr\u00e9. Comment expliquer cette surprenante complaisance ? Oui, je suis en col\u00e8re.<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais je pr\u00e9f\u00e8re terminer sur les succ\u00e8s. Ils sont nombreux, m\u00eame quand le GIS Posidonie, ses membres et ses salari\u00e9s n\u2019y ont \u00e9t\u00e9 que des acteurs parmi d\u2019autres. Ma conviction est que ce r\u00f4le a \u00e9t\u00e9 plus important que ce qu\u2019il parait, au vu de la litt\u00e9rature scientifique et des documents officiels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;Au fond, le plus grand succ\u00e8s du GIS Posidonie &nbsp;n\u2019est-il pas que ses partenaires se soient appropri\u00e9s ses id\u00e9es, ses m\u00e9thodes et ses succ\u00e8s ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>&nbsp;Auteur :<\/strong> Charles F. Boudouresque<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retrouvez cette article dans l&rsquo;ouvrage du GIS Posidonie \u00ab\u00a0<a title=\"Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin\" href=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/?p=1822\">Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;Introduction &nbsp;Le GIS Posidonie a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour r\u00e9pondre \u00e0 un objectif pr\u00e9cis : sauver l\u2019herbier \u00e0 Posidonia oceanica. &nbsp;Depuis les ann\u00e9es 1950s, on devinait le r\u00f4le de l\u2019herbier. Depuis les ann\u00e9es 1960s, on assistait \u00e0 sa r\u00e9gression. Mais que faire ? Pour agir, il faut comprendre. &nbsp;Pour comprendre, &nbsp;il [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-3850","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/3850","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3850"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/3850\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3929,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/3850\/revisions\/3929"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3850"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}