{"id":2033,"date":"2013-06-20T11:28:34","date_gmt":"2013-06-20T10:28:34","guid":{"rendered":"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/?p=2033"},"modified":"2014-01-09T17:47:01","modified_gmt":"2014-01-09T16:47:01","slug":"du-fonctionnement-des-ecosystemes-benthiques-a-laquaculture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/?p=2033","title":{"rendered":"Du fonctionnement des \u00e9cosyst\u00e8mes benthiques \u00e0 l&rsquo;aquaculture"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Les oursins sont pr\u00e9sents dans toutes les mers du globe, de l\u2019Arctique aux eaux australes en passant par les r\u00e9cifs coralliens et la M\u00e9diterran\u00e9e. Ils ont colonis\u00e9 les fonds des zones littorales jusqu\u2019aux zones abyssales. Leur relation avec les hommes est tr\u00e8s ancienne puisque depuis la pr\u00e9histoire les hommes consomment des oursins que ce soit en Asie, particuli\u00e8rement au Japon, en Europe, surtout en France, ou en Am\u00e9rique o\u00f9 leurs restes s\u2019observent dans les sites pr\u00e9colombiens. Plus que pour leur int\u00e9r\u00eat \u00e9cologique ou comme mod\u00e8le physiologique, les oursins sont donc souvent connus pour leur qualit\u00e9 gustative et leur place dans les recettes culinaires (on se rappellera qu\u2019Apicius raffolait du corail d\u2019oursin, dont il farcissait les t\u00e9tines de truie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un mets tr\u00e8s recherch\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 une demande mondiale grandissante, la p\u00eache, au d\u00e9part traditionnelle dans les zones de consommations coutumi\u00e8res, s\u2019est transform\u00e9e au cours du XX\u00e8me si\u00e8cle en une p\u00eache organis\u00e9e voire industrielle atteignant plus de 140 000 tonnes par an au coeur des ann\u00e9es 1990s. La cause principale de cette demande croissante est la mode des sushis qui inonde les pays industrialis\u00e9s (sushi Uni), ou l\u2019engouement en Europe pour ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme la truffe de la mer (se vendant \u00e0 Paris jusqu\u2019\u00e0 6\u20ac pi\u00e8ce dans les meilleures brasseries de la capitale). Cette mode est relay\u00e9e par de grands chefs mettant \u00e0 l\u2019honneur ce mets d\u00e9licat. Les diff\u00e9rents genres d\u2019oursins comestibles r\u00e9partis dans les eaux de toutes les mers du monde (<em>Strongylocentrotus<\/em>, <em>Loxechinus, Lytechinus, Tripneustes, Paracentrotus<\/em>) sont donc l\u2019objet de toutes les pressions de p\u00eache qu\u2019elle soit professionnelle ou en amateur. Le succ\u00e8s entra\u00eene souvent des cons\u00e9quences n\u00e9gatives et les stocks diminuent alors r\u00e9guli\u00e8rement et drastiquement dans de nombreux sites, engendrant des baisses de production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une ressource en danger<\/strong><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1844 alignright\" alt=\"6_Fernandez_1\u00e8reColloqueOursins_Fig2\" src=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/6_Fernandez_1\u00e8reColloqueOursins_Fig2.jpg\" width=\"200\" height=\"280\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En France, <em>Paracentrotus lividus<\/em> est l\u2019esp\u00e8ce phare exploit\u00e9e, que ce soit en Bretagne ou sur les c\u00f4tes m\u00e9diterran\u00e9ennes. La diminution, voire l\u2019effondrement, des populations, qu\u2019elle soit due \u00e0 la p\u00eache ou \u00e0 des mortalit\u00e9s massives, inqui\u00e8te les p\u00eacheurs professionnels, qui en vivent depuis le milieu des ann\u00e9es 1980s. Les scientifiques sont mis alors \u00e0 contribution pour essayer de r\u00e9pondre aux interrogations des usagers et pour proposer des solutions. Ces scientifiques, venant de toute la France sous la baguette des chercheurs marseillais d\u00e9j\u00e0 f\u00e9d\u00e9r\u00e9s dans le GIS Posidonie, pr\u00e9sentent les r\u00e9sultats de leur recherche et \u00e9changent avec les professionnels et les institutionnels gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019organisation d\u2019un colloque \u00e0 Carry le Rouet en 1987 (Fig.2). L\u2019enjeu est d\u2019estimer les stocks, de comprendre les causes des mortalit\u00e9s, et d\u2019analyser le r\u00f4le de ces \u00e9chinodermes dans le fonctionnement des \u00e9cosyst\u00e8mes en \u00e9tudiant les relations trophiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Fig. 1 : Actes du colloque de Carry-le-Rouet, 1987.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des solutions propos\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des solutions classiques sont bien s\u00fbr mises en oeuvre, en France mais \u00e9galement dans d\u2019autres pays, avec une r\u00e9glementation plus ou moins stricte de la p\u00eache afin de pr\u00e9server les stocks. La r\u00e8glementation porte g\u00e9n\u00e9ralement sur les p\u00e9riodes de collecte, les quotas de p\u00eache autoris\u00e9s et la taille minimale \u00e0 respecter, que ce soit pour les professionnels ou la p\u00eache de loisir. Mais, d\u2019autres solutions plus novatrices font l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes approfondies durant plus de 25 ans. On citera tout d\u2019abord, la plus simple, \u00e0 savoir la transplantation d\u2019individus de zones riches en oursins mais souvent insalubres et donc non exploit\u00e9es, vers des zones propices \u00e0 la croissance et \u2018propres\u2019. Dans ces essais, r\u00e9alis\u00e9s en particulier \u00e0 Marseille, il est important d\u2019analyser les capacit\u00e9s des zones d\u2019accueil pour ne pas engendrer de surpopulation de ces herbivores, ayant des cons\u00e9quences n\u00e9fastes sur les macrophytes. L\u2019objectif est aussi de d\u00e9terminer le parcage<br \/>\nn\u00e9cessaire pour aboutir \u00e0 une d\u00e9contamination des oursins avant commercialisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus complexe, le repeuplement, inspir\u00e9 du sea-ranching japonais qui associe intimement aquaculteurs et p\u00eacheurs. Les premiers assurent la ponte, la f\u00e9condation et l\u2019\u00e9levage larvaire des oursins jusqu\u2019\u00e0 leur m\u00e9tamorphose, les seconds s\u00e8ment, dans des zones bien pr\u00e9cises, des milliers voire des millions de jeunes oursins issus de l\u2019\u00e9levage pour les laisser se d\u00e9velopper et grossir jusqu\u2019\u00e0 la p\u00eache quelques ann\u00e9es apr\u00e8s. Pour que le sea-ranching soit plus efficace, l\u2019introduction des jeunes oursins est parfois accompagn\u00e9e d\u2019un am\u00e9nagement de la zone afin de la rendre propice au grossissement gr\u00e2ce \u00e0 des plantations d\u2019algues ou des constructions de r\u00e9cifs artificiels. Cette m\u00e9thode est utilis\u00e9e maintenant \u00e0 plus ou moins grande \u00e9chelle dans plusieurs pays comme le Japon, la Chine, les USA ou le Chili et est toujours \u00e0 l\u2019\u00e9tude pour certaines zones de M\u00e9diterran\u00e9e fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais c\u2019est l\u2019aquaculture qui mobilise le plus les chercheurs. Ces recherches sont men\u00e9es simultan\u00e9ment dans le monde entier sur plusieurs esp\u00e8ces d\u2019oursins comestibles avec les m\u00eames contraintes et les m\u00eames questionnements. En France, c\u2019est en Atlantique que les premiers essais ont lieu. Des toboggans en circuit ferm\u00e9 et un apport en algues fra\u00eeches permettent d\u2019obtenir une croissance assez rapide des oursins. Mais, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019approvisionnement en algues fraiches n\u2019est pas ais\u00e9 dans toutes les zones, les chercheurs menant les essais en M\u00e9diterran\u00e9e, comme dans de nombreux autres pays, optent pour la mise au point d\u2019aliment artificiel. Le d\u00e9fi est de trouver une composition permettant d\u2019obtenir un aliment capable de se maintenir dans l\u2019eau plusieurs heures voire plusieurs jours sans d\u00e9litement, et engendrant une bonne croissance somatique mais aussi une croissance gonadique importante. Les r\u00e9sultats obtenus dans les ann\u00e9es 1990s montrent que, techniquement, l\u2019\u00e9levage est possible, mais avec une croissance somatique lente qui rend l\u2019\u00e9levage difficile. Et si les aliments artificiels ont l\u2019avantage d\u2019engendrer des gonades tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9es tout au long de l\u2019ann\u00e9e, les qualit\u00e9s organoleptiques de ces oursins d\u2019\u00e9levage (fermet\u00e9, couleur, go\u00fbt) ne sont pas toujours \u00e9quivalentes \u00e0 celles des oursins issus du milieu naturel. Beaucoup investissent donc pour trouver une solution permettant de pallier ces d\u00e9fauts. Parall\u00e8lement \u00e0 ces exp\u00e9rimentations \u00e0 terre, des essais en cages en mer ont aussi eu lieu. En particulier des \u00e9levages mixtes oursins\/saumons en Ecosse. Malgr\u00e9 cela, l\u2019\u00e9levage massif d\u2019oursins n\u2019est pas encore op\u00e9rationnel \u00e0 ce jour. On notera tout de m\u00eame la production d\u2019un aliment sp\u00e9cifique aux oursins aux USA, un brevet d\u2019\u00e9levage en mer en cagettes en Irlande ou un petit \u00e9levage \u00e0 terre op\u00e9rationnel \u00e0 l\u2019\u00eele de R\u00e9. Compte tenu de l\u2019enjeu, les recherches sont toujours en cours aux 4 coins de la plan\u00e8te, et permettront d\u2019aboutir dans un futur peut-\u00eatre proche.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1848 aligncenter\" alt=\"6_Fernandez_Paracentrotus lividus_roche 10m_algues_Fig3\" src=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/6_Fernandez_Paracentrotus-lividus_roche-10m_algues_Fig3.jpg\" width=\"500\" height=\"349\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1847 aligncenter\" alt=\"6_Fernandez_IMG_1031_P. lividus_paturage_Fig3\" src=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/6_Fernandez_IMG_1031_P.-lividus_paturage_Fig3.jpg\" width=\"500\" height=\"320\" \/> Fig. 2 :<strong> A gauche<\/strong> : oursin <em>P. lividus<\/em> sur d\u2019algues photophiles \u00e0 10 m de profondeur, caract\u00e9ristique de la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne fran\u00e7aise. <strong>A droite<\/strong> : les oursins <em>P. lividus<\/em> ont consomm\u00e9 les algues fix\u00e9es \u00e0 la roche d\u00e9couvrant un faci\u00e8s dit de \u2018surp\u00e2turage\u2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un \u00e9quilibre complexe et fragile<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour pouvoir g\u00e9rer correctement les ressources, il est n\u00e9cessaire d\u2019acqu\u00e9rir les connaissances fondamentales sur les diff\u00e9rentes esp\u00e8ces. Parall\u00e8lement au travail sur la p\u00eache et l\u2019aquaculture, les chercheurs s\u2019investissent pour comprendre le r\u00f4le des oursins dans le fonctionnement des \u00e9cosyst\u00e8mes en se basant sur des \u00e9tudes de populations d\u2019oursins in situ. Les premiers travaux, men\u00e9s en partie par des chercheurs du GIS Posidonie, portent sur les relations trophiques macrophytes\/oursins. Il est montr\u00e9 que les oursins sont des herbivores ayant des pr\u00e9f\u00e9rences alimentaires strictes qui consomment prioritairement des esp\u00e8ces dites \u2018pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es\u2019 (souvent des algues brunes) et d\u00e9laissent des esp\u00e8ces \u2018\u00e9vit\u00e9es\u2019.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par leur broutage ils sont donc d\u00e9terminants dans la dynamique des macrophytes et dans le fa\u00e7onnage des paysages sous-marins. Lorsque les oursins sont tr\u00e8s abondants, ils peuvent totalement \u00e9liminer les algues dress\u00e9es et induire des zones d\u00e9nud\u00e9es domin\u00e9es par les algues encro\u00fbtantes, r\u00e9duisant ainsi la biodiversit\u00e9 et les fonctions \u00e9cosyst\u00e9miques (Fig. 3). L\u2019abondance des oursins peut donc d\u00e9terminer la composition, la structure et la persistance des communaut\u00e9s benthiques, qui seront domin\u00e9es par de grandes macroalgues ou des communaut\u00e9s surp\u00e2tur\u00e9es. Le contr\u00f4le des populations d\u2019oursins, comme Paracentrotus lividus, est donc fondamental pour comprendre la structuration des communaut\u00e9s benthiques. Le contr\u00f4le top-down (de haut en bas) par les poissons pr\u00e9dateurs est mis en \u00e9vidence gr\u00e2ce \u00e0 des observations entre aires marines<br \/>\nprot\u00e9g\u00e9es et non prot\u00e9g\u00e9es. Mais il semble que d\u2019autres facteurs \u00e0 basse fr\u00e9quence comme les maladies ou les \u00e9v\u00e8nements extr\u00eames (e.g. temp\u00eates, inondations) aient des r\u00e9percutions tr\u00e8s importantes sur les populations de cette esp\u00e8ce cl\u00e9. Suivre les populations d\u2019oursins \u00e0 long terme avec des fr\u00e9quences r\u00e9guli\u00e8res est donc un \u00e9l\u00e9ment essentiel, qui doit s\u2019appuyer sur les aires marines prot\u00e9g\u00e9es comme celles de Carry le Rouet ou de Port-Cros pour mieux conna\u00eetre le fonctionnement des \u00e9cosyst\u00e8mes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1846  aligncenter\" alt=\"6_Fernandez_IMG_0709_Sphaerechinus_Fig4\" src=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/6_Fernandez_IMG_0709_Sphaerechinus_Fig4.jpg\" width=\"500\" height=\"346\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fig. 3 : L\u2019oursin <em>Sphaerechinus granularis<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Auteur<\/strong> : Catherine Fernandez<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retrouvez cette article dans l&rsquo;ouvrage du GIS Posidonie \u00ab\u00a0<a title=\"Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin\" href=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/?p=1822\">Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les oursins sont pr\u00e9sents dans toutes les mers du globe, de l\u2019Arctique aux eaux australes en passant par les r\u00e9cifs coralliens et la M\u00e9diterran\u00e9e. 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