{"id":2200,"date":"2013-06-20T11:14:41","date_gmt":"2013-06-20T10:14:41","guid":{"rendered":"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/?p=2200"},"modified":"2014-12-31T11:49:09","modified_gmt":"2014-12-31T10:49:09","slug":"les-recifs-artificiels-et-le-gis-posidonie-de-lobservation-des-poissons-a-la-conception-du-plus-grand-recif-de-mediterranee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/?p=2200","title":{"rendered":"Les r\u00e9cifs artificiels et le GIS Posidonie : de l&rsquo;observation des poissons \u00e0 la conception du plus grand r\u00e9cif de M\u00e9diterran\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9cifs artificiels font beaucoup parler, il y a sans doute ce fantasme de vouloir \u2018recr\u00e9er\u2019 la nature, de jouer avec des Lego\u00ae g\u00e9ants pour imaginer et construire des maisons \u00e0 poissons. C\u2019est pourtant une vieille id\u00e9e, puisque d\u00e8s 1897 Antoine-Fortun\u00e9 Marion, le fondateur de la c\u00e9l\u00e8bre Station Marine d\u2019Endoume \u00e0 Marseille, proposait d\u2019immerger des enrochements \u00ab pour y jouer le r\u00f4le de collecteurs, augmentant la faune et la flore par des surfaces nouvelles de fixation, pour y servir d\u2019abri \u00e0 des esp\u00e8ces comestibles\u2026\u00bb. Un visionnaire pour l\u2019\u00e9poque, car il aura fallu attendre 110 ans pour que, le 25 octobre 2007, les premi\u00e8res pierres de l\u2019\u00e9difice soient enfin pos\u00e9es dans la baie du Prado, pour le chantier du plus grand r\u00e9cif de M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Des r\u00e9cifs artificiels, pour quoi faire ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face aux pressions constantes exerc\u00e9es par les activit\u00e9s humaines sur le littoral et aux d\u00e9gradations de l\u2019environnement marin et de ses ressources, les r\u00e9cifs artificiels repr\u00e9sentent un des outils de gestion de la bande c\u00f4ti\u00e8re et des ressources littorales les plus performants, apr\u00e8s la mise en place d\u2019aires marines prot\u00e9g\u00e9es. Un r\u00e9cif artificiel peut se d\u00e9finir comme une structure immerg\u00e9e volontairement dans le but de cr\u00e9er, prot\u00e9ger ou restaurer un \u00e9cosyst\u00e8me. Les r\u00e9cifs, qui imitent les caract\u00e9ristiques des zones rocheuses naturelles, peuvent induire chez les animaux des r\u00e9ponses d\u2019attraction, de<br \/>\nconcentration, de protection et de production, avec une augmentation de la biomasse, du nombre d\u2019esp\u00e8ces et de la reproduction de certaines esp\u00e8ces. Ils fonctionnent \u00e0 la mani\u00e8re de mini-r\u00e9serves, avec un \u2018effet refuge\u2019 observ\u00e9, mais souvent amplifi\u00e9 car les r\u00e9cifs peuvent \u00eatre plus performants que les habitats naturels, quand ils offrent une grande diversit\u00e9 d\u2019habitats anfractueux. Les am\u00e9nagements en r\u00e9cifs artificiels r\u00e9pondent autant \u00e0 un objectif environnemental que socio-\u00e9conomique, avec un soutien attendu \u00e0 la p\u00eache artisanale. Bien souvent, ce sont d\u2019ailleurs les p\u00eacheurs professionnels, qui sont \u00e0 l\u2019initiative des projets. On distingue g\u00e9n\u00e9ralement trois grandes cat\u00e9gories de r\u00e9cifs artificiels :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(i) les r\u00e9cifs de \u2018production\u2019, v\u00e9ritables \u2018maisons \u00e0 poissons\u2019, cr\u00e9ateurs de biodiversit\u00e9 et de biomasse. Ces r\u00e9cifs visent un accroissement des ressources en vue d\u2019une exploitation par la p\u00eache ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(ii) les r\u00e9cifs de \u2018protection\u2019. Diff\u00e9rents types de structures ont \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9s pour r\u00e9duire les nuisances li\u00e9es au chalutage ill\u00e9gal dans la bande c\u00f4ti\u00e8re des 3 milles nautiques (5 556 m). Le principe de base est de constituer des obstacles physiques aux chaluts, par une action m\u00e9canique d\u2019accroche, en disposant les modules un \u00e0 un en ligne, afin d\u2019occuper le maximum d\u2019espace et de former une v\u00e9ritable barri\u00e8re contre les chalutiers ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(iii) les r\u00e9cifs \u2018paysagers\u2019, ayant un objectif plus r\u00e9cr\u00e9atif et ludique pour la plong\u00e9e sous-marine, tels que les \u2018jardins d\u2019\u00e9paves\u2019. Ce type de r\u00e9cifs, encore en gestation, est certainement amen\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper dans les ann\u00e9es \u00e0 venir sur le littoral, compte tenu de leur vocation touristique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les r\u00e9cifs et le GIS Posidonie, une histoire de pionniers<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les am\u00e9nagements en r\u00e9cifs artificiels concernent une quarantaine de pays, dont les leaders sont le Japon et les USA. En France, les premi\u00e8res immersions d\u00e9butent d\u00e8s 1968, mais ne sont que des tentatives organis\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon local, sans concertation pr\u00e9alable et r\u00e9alis\u00e9es avec des mat\u00e9riaux de rebuts, souvent mal adapt\u00e9s (par exemple, 400 m3 de carcasses de voitures \u00e0 Palavas, 20 000 pneumatiques \u00e0 Golfe-Juan). Le premier r\u00e9cif exp\u00e9rimental est con\u00e7u et immerg\u00e9 par Alexandre Meinesz en 1972 \u00e0 Beaulieu-sur-mer. Patiemment, il assemble sous l\u2019eau des dalles de jardin en calcaire pour cr\u00e9er une rague \u00e0 sars de 10 m de long contre un tombant de matte \u00e0 8 m de profondeur. \u2018Sir Alex\u2019 r\u00e9cidivera plus tard avec son r\u00e9cif \u2018Thalam\u00e9\u2019. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980s, des r\u00e9cifs alv\u00e9olaires faits de briques et parpaings sont immerg\u00e9s dans les r\u00e9serves de p\u00eache du Parc Marin de la C\u00f4te Bleue et des Alpes-Maritimes. Hormis ces r\u00e9alisations pionni\u00e8res , il faut attendre 1985 pour que les pouvoirs publics fran\u00e7ais d\u00e9cident\u00a0 d\u2019organiser une v\u00e9ritable action nationale concert\u00e9e, avec 35 000 m3 de r\u00e9cifs s&rsquo;int\u00e9grant dans un programme de gestion de l&rsquo;espace littoral et dans une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement de la bande c\u00f4ti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cette \u00e9poque, la Station Marine d\u2019Endoume, pr\u00e9curseur en la mati\u00e8re, impulse les premi\u00e8res recherches avec la th\u00e8se de Capucine Duval sur la colonisation de petites structures complexes par le benthos (1983), puis celle de Denis Ody (1987) sur les poissons des r\u00e9cifs artificiels de la C\u00f4te Bleue, th\u00e8ses encadr\u00e9es par Jean-Georges Harmelin (Fig.1) et Denise Bellan-Santini. Le GIS Posidonie participe aux suivis scientifiques des r\u00e9cifs artificiels d\u00e8s 1985 et les contrats d\u2019\u00e9tudes conduisent les palmip\u00e8des compteurs de poissons depuis l\u2019Italie (Spotorno, Vintimille, 1990) et les Alpes-Maritimes (18 r\u00e9cifs sur 3 sites suivis entre 1987 et 1989, puis entre 1998 et 2000) aux rivages de la Camargue (Beauduc, 1991), de la C\u00f4te Bleue (suivi de 9 r\u00e9cifs en 1993 et de 18 r\u00e9cifs sur 5 sites en 2000) et du Languedoc (Agde et Marseillan, 12 r\u00e9cifs suivis en 1996-1997). Mais compter les poissons n\u2019est pas une fin en soi et les membres de l\u2019\u00e9quipe permanente du GIS Posidonie (Patrice Francour et Eric Charbonnel, Fig.2) repr\u00e9sentent \u00e9galement la France dans le r\u00e9seau europ\u00e9en de recherche sur les r\u00e9cifs (EARRN) entre 1996 et 1998 et participent \u00e9galement \u00e0 la conception de plusieurs types de r\u00e9cifs.<\/p>\n<div id=\"attachment_1854\" style=\"width: 617px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1854\" class=\"wp-image-1854\" src=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_poissonniers-jo-patrice-eric-2009_Fig-1024x962.jpg\" alt=\"8_Charbonnel_poissonniers jo patrice eric 2009_Fig\" width=\"607\" height=\"570\" srcset=\"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_poissonniers-jo-patrice-eric-2009_Fig-1024x962.jpg 1024w, https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_poissonniers-jo-patrice-eric-2009_Fig-300x281.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 607px) 100vw, 607px\" \/><p id=\"caption-attachment-1854\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 1 : De gauche \u00e0 droite : Patrice Francour, Eric Charbonnel et Jean-Georges Harmelin, dont les travaux ont largement contribu\u00e9 \u00e0 la connaissance du fonctionnement des r\u00e9cifs artificiels en M\u00e9diterran\u00e9e.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Port-Cros, le GIS Posidonie, aid\u00e9 par Denis Ody, \u00e9tudie les effets de la complexification de l\u2019architecture des 2 r\u00e9cifs de La Palud durant 2 phases en ajoutant d\u2019abord des dalles et des parpaings en 1988, puis, en 1997, des mat\u00e9riaux de petites mailles sur le r\u00e9cif \u00e0 15 m de profondeur. La structure tridimensionnelle de l\u2019autre r\u00e9cif plus profond (-35 m) est aussi modifi\u00e9e en y installant un r\u00e9seau de fili\u00e8res et de cordages sur une hauteur de 16 m (Fig. 2). Dans un ballet aquatique \u00e9trange, Jo Harmelin, Denis Ody, Laurence Le Dir\u00e9ach et Eric Charbonnel fa\u00e7onnent un r\u00e9cif plus attractif que les cubes d\u2019origine. La modification du design entra\u00eene une augmentation des ressources trophiques disponibles et des abris disponibles et ainsi, une diversification des peuplements de poissons. Les fili\u00e8res permettent \u00e9galement au r\u00e9cif de travailler sur toute la colonne d\u2019eau, des esp\u00e8ces de pleine eau, planctonophages, servant de poisson fourrage, aux carnivores erratiques.<\/p>\n<div id=\"attachment_1852\" style=\"width: 617px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1852\" class=\"wp-image-1852\" src=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_GEM-port-cros-eric-recif-artificiel-35m-sandrine-ruitton-2011.jpg\" alt=\"8_Charbonnel_GEM port cros eric &amp;recif artificiel 35m sandrine ruitton 2011\" width=\"607\" height=\"405\" srcset=\"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_GEM-port-cros-eric-recif-artificiel-35m-sandrine-ruitton-2011.jpg 1500w, https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_GEM-port-cros-eric-recif-artificiel-35m-sandrine-ruitton-2011-300x200.jpg 300w, https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_GEM-port-cros-eric-recif-artificiel-35m-sandrine-ruitton-2011-1024x682.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 607px) 100vw, 607px\" \/><p id=\"caption-attachment-1852\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 2 : R\u00e9cif exp\u00e9rimental de la baie de La Palud \u00e0 Port-Cros \u00e0 15 m caract\u00e9ris\u00e9 par des fili\u00e8res (gros plan \u00e0 droite) soutenues par des bou\u00e9es au-dessus du r\u00e9cif artificiel.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> Comment concevoir un r\u00e9cif efficace ?<\/strong><\/p>\n<div id=\"attachment_1856\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1856\" class=\"wp-image-1856 size-medium\" src=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_recifs-prado-03-2008-cubes-Eric-charbonnel-300x224.jpg\" alt=\"8_Charbonnel_recifs prado 03-2008 cubes Eric charbonnel\" width=\"300\" height=\"224\" srcset=\"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_recifs-prado-03-2008-cubes-Eric-charbonnel-300x224.jpg 300w, https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_recifs-prado-03-2008-cubes-Eric-charbonnel-1024x767.jpg 1024w, https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_recifs-prado-03-2008-cubes-Eric-charbonnel.jpg 1969w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-1856\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 3 : Modules des r\u00e9cifs de la baie du Prado avant immersion.<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le point d\u2019orgue de l\u2019aventure r\u00e9cifs arrive avec la conception et le suivi des r\u00e9cifs de la baie du Prado \u00e0 Marseille, le plus vaste programme jamais r\u00e9alis\u00e9 en M\u00e9diterran\u00e9e, avec 27 300 m3 de mat\u00e9riaux d\u00e9ploy\u00e9s sur 210 ha pour un budget global de 6 millions d\u2019euros (Fig. 3). L\u2019id\u00e9e de d\u00e9part est que pour \u00eatre efficace, un r\u00e9cif doit copier au mieux les habitats naturels les plus productifs. Comme la nature aime le d\u00e9sordre, un agencement complexe et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne doit favoriser une multiplicit\u00e9 de cavit\u00e9s, d\u2019habitats et d\u2019abris de tailles vari\u00e9es, donc l\u2019installation d\u2019un peuplement de poissons le plus diversifi\u00e9 possible. Cette d\u00e9marche d\u2019imitation de la nature est logique, les r\u00e9cifs devant copier le plus possible les habitats naturels performants. L\u2019\u00e9l\u00e9ment clef de la r\u00e9ussite biologique d\u2019un r\u00e9cif artificiel, c\u2019est \u00e0 la fois la complexit\u00e9 de son architecture et son urbanisme : la fa\u00e7on dont sont agenc\u00e9s entre eux les modules. Les mat\u00e9riaux, les formes, les dimensions, l\u2019architecture et la disposition des r\u00e9cifs sur le fond jouent un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant sur l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9cologique et la p\u00e9rennit\u00e9 de l\u2019am\u00e9nagement. La notion de discontinuit\u00e9 horizontale et verticale est importante dans l\u2019agencement des r\u00e9cifs : discontinuit\u00e9 dans les hauteurs, dans les tailles, dans les volumes, dans la vari\u00e9t\u00e9 des types de r\u00e9cifs et leur forme, dans l\u2019agencement et l\u2019espacement horizontal entre r\u00e9cifs. Suite \u00e0 une \u00e9tude de faisabilit\u00e9 du GIS Posidonie r\u00e9alis\u00e9e en 1999, la ville de Marseille d\u00e9l\u00e8gue la maitrise d\u2019\u0153uvre au bureau d\u2019\u00e9tude BRL Ing\u00e9nierie, qui s\u2019associe au GIS Posidonie en 2003 pour une aventure de plus de 3 ans, afin de concevoir les diff\u00e9rents r\u00e9cifs, de proposer leur agencement, dans la baie et entre eux, et de r\u00e9aliser les divers dossiers techniques et administratifs. Formidable exp\u00e9rience que de concevoir de nouveaux types de r\u00e9cifs, en essayant de se mettre dans la peau d\u2019un poisson ! Une des originalit\u00e9s du projet consiste \u00e0 agencer les diff\u00e9rents r\u00e9cifs en les regroupant en \u2018hameaux\u2019 puis en \u2018villages\u2019 (concept d\u2019<strong>urbanisation diffuse<\/strong>). Ces six &lsquo;villages&rsquo;, de forme triangulaire sont reli\u00e9s entre eux par des &lsquo;liaisons fonctionnelles&rsquo;, v\u00e9ritables <strong>corridors biologiques<\/strong> permettant aux poissons de passer d\u2019un r\u00e9cif \u00e0 l\u2019autre. Six types de modules de forme, taille, volume et mat\u00e9riaux diff\u00e9rents sont sp\u00e9cialement con\u00e7us pour l\u2019op\u00e9ration. Plusieurs types de mat\u00e9riaux de garnissage y sont ajout\u00e9s (pochons d\u2019hu\u00eetres, \u00e9l\u00e9ments fins tels que parpaings et pots \u00e0 poulpes, fili\u00e8res flottantes immerg\u00e9es), afin d\u2019optimiser les r\u00e9cifs en les complexifiant pour cr\u00e9er du \u00ab\u00a0chaos organis\u00e9\u00a0\u00bb. Des amas d\u2019enrochements (blocs de carri\u00e8re de tailles variables) et des fili\u00e8res hautes compl\u00e8tent le dispositif (Fig. 4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au final, les r\u00e9cifs Prado ne sont sans doute pas le r\u00e9cif id\u00e9al sur le plan \u00e9cologique, car de nombreux compromis et ajustements sont n\u00e9cessaires, en raison des contraintes \u00e9conomiques, l\u00e9gislatives, environnementales et sociales. Mais c\u2019est une r\u00e9elle r\u00e9ussite, gr\u00e2ce \u00e0 une vaste concertation associant des acteurs et des comp\u00e9tences tr\u00e8s vari\u00e9s. Les r\u00e9cifs artificiels agissent d\u2019ailleurs en catalyseur d\u2019id\u00e9es, car ils font r\u00eaver et permettent de rassembler autour d\u2019un projet f\u00e9d\u00e9rateur des acteurs venus d\u2019horizons tr\u00e8s diff\u00e9rents (institutionnels, \u00e9lus, p\u00eacheurs, usagers de la mer, ing\u00e9nieurs du BTP, bureaux d\u2019\u00e9tudes, scientifiques, etc.) pour la co-construction d\u2019un r\u00e9cif adapt\u00e9. Les r\u00e9cifs conjuguent aussi l\u2019art et la science, celle bas\u00e9e sur l\u2019observation des esp\u00e8ces pour leur offrir le g\u00eete et le couvert et des niches adapt\u00e9es. L\u2019histoire du GIS Posidonie et des r\u00e9cifs artificiels se poursuit encore aujourd\u2019hui dans la baie du Prado, avec l\u2019obtention du march\u00e9 de suivi pendant 5 ans. Depuis 2009, les plongeurs\/compteurs\/photographes arpentent les fonds am\u00e9nag\u00e9s et mesurent l\u2019effet de ces cit\u00e9s sous-marines sur la reconqu\u00eate de la biodiversit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les r\u00e9cifs artificiels : un outil d&rsquo;avenir ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9cifs artificiels, tout comme les aires marines prot\u00e9g\u00e9es (AMP), constituent des outils de gestion performants pouvant concerner \u00e0 la fois :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(i) les usages (partage de l&rsquo;espace et de la ressource entre les m\u00e9tiers de la p\u00eache (r\u00e9cifs antichalutage), r\u00e9cifs \u00e0 vocation r\u00e9cr\u00e9ative, plong\u00e9e (\u00e9paves et r\u00e9cifs paysagers) ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(ii) l&rsquo;aspect halieutique (augmentation attendue des ressources exploitables et soutien \u00e0 la p\u00eache professionnelle artisanale locale aux petits m\u00e9tiers) ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(iii) l\u2019aspect \u00e9cologique (protection d&rsquo;habitats et d&rsquo;esp\u00e8ces vuln\u00e9rables, outils d\u2019aide aux AMP, restauration de milieux d\u00e9grad\u00e9s, diversification de substrats naturellement pauvres). Au total, les r\u00e9cifs artificiels peuvent constituer une r\u00e9ponse possible aux nombreux probl\u00e8mes concernant les ressources vivantes c\u00f4ti\u00e8res, comme certaines surp\u00eaches et d\u00e9gradations des \u00e9cosyst\u00e8mes et des habitats. Les r\u00e9cifs repr\u00e9sentent un bon outil pour la gestion des ressources et peuvent contribuer au maintien des p\u00eacheries et des p\u00eacheurs, comme dans le Parc Marin de la C\u00f4te Bleue. N\u00e9anmoins, les r\u00e9cifs ne sont pas des \u2018fontaines \u00e0 poissons\u2019, ni un rem\u00e8de miracle. Ils ne constituent qu\u2019une facette d\u2019une gestion globale et durable, qui doit prendre en compte toutes les phases de vie des esp\u00e8ces exploit\u00e9es, en particulier les zones de fray\u00e8res et de nurseries.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au m\u00eame titre que les AMP, les r\u00e9cifs artificiels sont des outils adapt\u00e9s dans le contexte actuel de changement de la politique commune des p\u00eaches (PCP) en Europe, qui vise un d\u00e9veloppement durable de l\u2019activit\u00e9 en respectant la ressource et les \u00e9cosyst\u00e8mes, en particulier l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des habitats, condition sine qua non au maintien des ressources. \u2018Am\u00e9nager la mer tout en la m\u00e9nageant\u2019 pourrait constituer le challenge des prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n<div id=\"attachment_1853\" style=\"width: 617px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1853\" class=\"wp-image-1853\" src=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_IMG_8045_SR-1024x682.jpg\" alt=\"8_Charbonnel_IMG_8045_SR\" width=\"607\" height=\"405\" srcset=\"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_IMG_8045_SR-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/wp-content\/uploads\/2014\/01\/8_Charbonnel_IMG_8045_SR-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 607px) 100vw, 607px\" \/><p id=\"caption-attachment-1853\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 4 . R\u00e9cif fili\u00e8re dans la baie du Prado \u00e0 Marseille<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Auteur : <\/strong>Eric Charbonnel<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Retrouvez cette article dans l&rsquo;ouvrage du GIS Posidonie \u00ab\u00a0<a title=\"Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin\" href=\"http:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/?p=1822\">Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin<\/a>\u00ab\u00a0.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les r\u00e9cifs artificiels font beaucoup parler, il y a sans doute ce fantasme de vouloir \u2018recr\u00e9er\u2019 la nature, de jouer avec des Lego\u00ae g\u00e9ants pour imaginer et construire des maisons \u00e0 poissons. C\u2019est pourtant une vieille id\u00e9e, puisque d\u00e8s 1897 Antoine-Fortun\u00e9 Marion, le fondateur de la c\u00e9l\u00e8bre Station Marine d\u2019Endoume [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":1855,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20],"tags":[63],"class_list":["post-2200","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recifs-artificiels-et-amenagements","tag-poissons"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2200","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2200"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2200\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2202,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2200\/revisions\/2202"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1855"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2200"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2200"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/gisposidonie.osupytheas.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2200"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}