Un Grec à Marseille ou l’histoire du logo du GIS Posidonie

En arrivant  à Luminy en 1977, j’ai  été accueilli à Marseille par l’équipe de Charles François Boudouresque au Laboratoire de Biologie Végétale Marine.

Je me souviens  du sixième  étage du bâtiment TPR1 à Luminy animé avec plus de dix enseignants et leurs élèves. Le paradis sur terre pour un jeune diplômé   en  Sciences   Naturelles   ayant l’ambition  de faire  des études supérieures  en biologie marine (Fig. 1).

Le laboratoire travaillait entre-autres sur Posidonia oceanica. Je m’y suis mis aussi. Trois ans plus tard ma thèse était presque prête. Gérard Giraud venait de terminer sa thèse et Gérard Pergent commençait  la sienne.

C’est vers les années 1980s que l’idée de créer un Groupement d’Intérêt Scientifique  « Posidonie  » a été lancée. Pourquoi pas ?

Le trident de Neptune (Poséidon en Grec), qui décorait la couverture de ma thèse, a servi de logo au GIS Posidonie. J’en étais fier.

En 2007, je me suis retrouvé à Marseille pour une réunion de travail avec les anciens amis et collègues. Le sixième étage du bâtiment TPR1 était encore comme je l’avais connu, 30 ans auparavant. J’ai demandé : « qui travaille ici maintenant  ? » Et l’on m’a répondu : « mais  le GIS Posidonie  bien sûr ! »

Maintenant,  il y a vraiment de quoi être fier !

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Fig. 1. Panayotis Panayotidis étudiant à Marseille en 1977.

Auteur : Panayotis Panayotidis

Retrouvez cette article dans l’ouvrage du GIS Posidonie “Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin“.

De la naissance aux premiers pas du G.I.S : témoignage de ses fondateurs

‘Nous vous parlons d’un temps que les moins  de vingt ans ne peuvent pas connaitre’  : les années 1980s. La France vivait alors de grands changements, changement politique avec l’arrivée   du  premier  gouvernement de gauche de la Vème République, changements technologiques avec le lancement du Train à Grande Vitesse (TGV), mais aussi scientifiques : découverte du virus du SIDA, naissance d’Amandine : 1er bébé – éprouvette français.

Pendant ce temps, dans le Var, d’autres chercheurs, réunis autour des gestionnaires du Parc national de Port-Cros, s’interrogeaient sur le devenir du vaste herbier de posidonie qui ceinture l’île  et occupe une grande partie des rades d’Hyères  et de Giens. Prendre  des mesures adaptées à la sauvegarde  d’un écosystème quel qu’il soit, suppose de bien le connaitre, mais aussi d’être capable d’évaluer les impacts des activités humaines sur son existence.

Depuis sa création en 1963, le Parc national avait amassé un certain nombre de données sur l’herbier, mais elles étaient insuffisantes pour comprendre  la totalité de son fonctionnement. Quant aux effets de la pêche,  du mouillage, de la plaisance, aucune étude ne leur avait été consacrés. Le Comité Scientifique de Port-Cros présidé alors par le Professeur Roger Molinier, attirait régulièrement l’attention de la Direction du Parc, sur les signes de régression de l’herbier que ses membres constataient au cours de leurs plongées. Certes, ces régressions, Molinier et Picard dans un travail fondamental sur les herbiers de posidonie, les avaient abordées dès 1952.

Molinier et Picard puis, quelques années plus tard Augier et Boudouresque, avaient décrit aussi, dans des secteurs où le  faible  dynamisme provoquait   davantage de sédimentation, la constitution de ‘récifs-barrières’ de posidonie   affleurant à la surface de l’eau. C’était le cas dans le fond de l’anse de Port-Cros. Dès 1975, Boudouresque et ses collaborateurs notaient

la régression  du récif-barrière de Port-Cros.  Quelle pouvait être la  cause de ces régressions ? C’est la question  que le Parc national posa à son Comité scientifique. Certains membres avancèrent  une origine  naturelle.  Face à des conditions  hydrologiques et climatologiques changeantes en Méditerranée occidentale, cette plante millénaire avait pu se désadapter. La rareté de sa floraison comme celle de sa fructification, l’épuisement de ses mattes attestaient sans aucun doute du vieillissement des individus. Pour la grande majorité des scientifiques du Comité, ces régressions étaient plutôt  le résultat  de  perturbations  humaines agissant en synergie. Cette hypothèse restait toutefois à vérifier. Mais comment  s’y prendre, lorsqu’on ne dispose pas de suffisamment  de données sur le   fonctionnement   naturel  de l’herbier,  sa dynamique, ses peuplements ? L’enjeu était pourtant de taille, d’autant plus qu’on commençait à entrevoir la forte valeur de cet écosystème marin, pôle probable de biodiversité.

Se lancer dans l’étude de l’herbier de posidonie allait requérir des moyens humains importants, de nombreux scientifiques de disciplines diverses capables de travailler ensemble et de croiser leurs données, des moyens financiers adéquats et du temps, beaucoup de temps. Or, en tant que gestionnaire, le Parc national de Port-Cros avait besoin de réponses concrètes et rapides pour mener une politique de protection de l’herbier qui soit exemplaire. Il fallait donc apprendre à concilier  recherche fondamentale  et recherche appliquée  et trouver les  financements correspondants. Le budget alloué annuellement par le Parc national aux activités scientifiques, ne constituerait jamais qu’un apport limité, d’autant que son patrimoine naturel ne se limite pas au domaine marin. Pendant ce temps, à Paris, le Ministère  de l’Environnement et la Mission Interministérielle de la Mer étaient régulièrement assaillis de demandes d’études sur la posidonie, émanant tant de laboratoires que de bureaux d’études ou d’associations écologistes.

Face à une pression constante, le Ministère de l’Environnement décida de n’avoir qu’un seul et même interlocuteur sur cette ‘thématique herbier’. La Mission Interministérielle de la Mer en décida également.   Ensemble, ils se tournèrent  vers le Parc national de Port-Cros. Véritable laboratoire en grandeur nature, le Parc avait démarré quelques années plus tôt, une politique scientifique. Une Attachée scientifique avait été nommée pour sa mise en place et pour assurer les relations avec le Comité Scientifique. Les premiers tomes des ‘Travaux Scientifiques du Parc national de Port-Cros’ recensant  les recherches  effectuées  sur l’île,  étaient régulièrement publiés. Des contrats d’étude avaient été institués avec chaque chercheur ou laboratoire bénéficiant d’un financement du parc, obligation  leur étant faite en retour, de publier leurs travaux en priorité dans la revue scientifique  du Parc. Enfin, la Direction  du Parc travaillait en parfaite osmose avec son Comité Scientifique lequel regroupait la majorité des laboratoires et organismes intervenant en milieu marin méditerranéen. Le Parc national présentant toutes les références nécessaires pour être la cheville ouvrière souhaitée, scientifiques, gestionnaires du Parc national, Ministère de l’Environnement et mission Interministérielle de la Mer décidèrent la création d’un «Groupement d’intérêt  scientifique» (GIS)  sur le thème de la posidonie.  Ils confièrent alors cette mission, à une équipe de quatre personnes composée de :

– Roger Molinier, Président du Comité scientifique du Parc national de Port-Cros,

– Alain Jeudy de Grissac, sédimentologue marin et membre de ce Comité,

– Patrice Lardeau, Chargé des relations extérieures du CNEXO et membre de ce Comité,

– Jannick Olivier, Attachée Scientifique du Parc national de Port-Cros.

L’équipe chercha dans un premier temps à définir la forme juridique de la  future structure. L’acronyme GIS existait déjà en France, le CNRS l’avait initié pour regrouper ses laboratoires sur des thématiques communes afin de mutualiser les   moyens et  de  faire   avancer plus rapidement la recherche. Le GIS Posidonie devait-il être un ‘GIS  CNRS’ ? C’est la question  que se posa le  groupe des quatre. Si l’exemple leur plut, en revanche son élaboration se révéla rapidement  fort laborieuse. Considérant  alors que la structure GIS  n’était  pas une ‘marque déposée’ par le CNRS, le groupe décida de s’en affranchir. Le futur GIS ne devait être ni un laboratoire de recherche  ni un bureau d’étude, mais une interface entre le monde des chercheurs et le monde des utilisateurs. Pour concilier facilement recherche fondamentale  et  recherche appliquée,  le  modèle  qui  parut le plus adapté par sa souplesse de fonctionnement et sa rapidité de mise en œuvre, fut celui d’une «Association Loi 1901». Ce modèle fut donc retenu.

 Alain Jeudy de Grissac et Jannick Olivier furent chargés ensuite d’étudier de plus près les spécificités d’une telle structure. Ils se retrouvèrent donc entre Marseille et Hyères, d’où ils provenaient respectivement, pour entamer une rédaction du projet d’association. C’est ainsi, que sur une table d’un petit bistrot de Sanary, dans l’enthousiasme de leurs trente ans, un bloc- note dans une main et le ‘Dalloz’ dans l’autre, ils élaborèrent,  article par article, les statuts du futur GIS Posidonie. Cette écriture se déroula dans une atmosphère à la fois studieuse – il fallait terminer l’exercice avant la fin de l’après-midi – et détendue. Plus d’une fois, des éclats de rire vinrent ponctuer  leurs réflexions. Après un sandwich avalé à la hâte, chacun repartit dans sa direction. De retour au siège du Parc, le document  fut mis en forme puis faxé aux deux autres membres du groupe qui l’approuvèrent aussitôt.  Il ne restait plus qu’à apposer, au bas du document,  la signature de chacun des quatre membres fondateurs. De nouvelles allées et venues eurent lieu à cet effet entre les Bouches-du-Rhône  et le Var. Une fois ces formalités accomplies, Jannick et Alain se retrouvèrent à nouveau, mais à Toulon cette fois, au siège de la Préfecture  du Var pour faire enregistrer le document.  C’était le 29 mars 1982. Quelle ne fut leur surprise – et aussi leur déception  – de constater  la célérité avec laquelle ce document fut enregistré au ‘Bureau des Associations’ : une poignée de secondes ! En échange, on leur remit un petit bordereau. Le GIS Posidonie était né ! Dans une sorte de mouvement d’humour, celui- ci parut au Journal Officiel le…1er  avril 1982 !

A ce ‘GIS de papier’, il fallait maintenant donner corps et vie. Le groupe des quatre convoqua alors une ‘Assemblée Générale Constitutive’. Forte déjà de 25 adhérents, elle examina un à un les statuts existants et en proposa quelques améliorations pertinentes. Ainsi, par crainte que le nom de la structure  ‘GIS Posidonie’ ne limitât son action qu’à l’espèce végétale, l’intitulé fut modifié en  ‘GIS sur la posidonie  et les herbiers qu’elle constitue’. De même, les conditions d’adhésion furent remaniées : désormais pour être membre du GIS Posidonie,  il fallait ‘effectuer, avoir effectué, diriger ou avoir dirigé, financer ou avoir financé des études sur la posidonie  et les herbiers qu’elle constitue’. Enfin l’article relatif à ses ‘moyens d’action’ fut élargi   pour y inclure des cours, des conférences, des colloques.

Puis, aux 2/3 des voix des présents – comme l’exige le règlement  – ‘l’Assemblée Générale Constitutive’ se transforma en ‘Assemblée Générale Extraordinaire’. Celle-ci lança un appel à candidatures pour constituer  le ‘Conseil d’Administration du GIS Posidonie’. Outre les quatre membres fondateurs qui  étaient  candidats   à  ce  titre  et  de  droit,   le  premier  Conseil d’Administration du GIS se composa donc de : Charles-François Boudouresque, André Guerin (Mission Interministérielle pour la Protection  et l’Aménagement de l’Espace naturel méditerranéen), Mireille Harmelin-Vivien, Philippe Tailliez, André Manche  (Directeur du Parc national de Port-Cros) et Alexandre Meinesz.

Dans la foulée, le Conseil d’Administration du GIS Posidonie désigna un Bureau :

– le Président : Charles-François Boudouresque,

– la Secrétaire : Jannick Olivier,

– le Trésorier : Alain Jeudy de Grissac.

Ce Bureau se mit aussitôt à l’œuvre pour présenter, au Conseil d’Administration réuni deux mois après, un logo et une politique d’information. Le logo du GIS (sous forme d’une vague) fut adopté.1_Olivier-Jeudy_herbier posidonie_logo1

On passa ensuite aux propositions destinées à faire connaitre  le Groupement,  à savoir des dépliants d’information rédigés par le Bureau ainsi qu’un ‘Cahier sur l’herbier’ en cours de rédaction par Charles-François Boudouresque  et Alexandre Meinesz et financé par le Parc national de Port-Cros et le Parc naturel régional de Corse. Le Président lança aussi l’idée d’un « colloque  sur la posidonie  » qui rassemblerait  60 à 100 personnes. Les administrateurs virent là un excellent moyen de faire connaitre  la nouvelle structure  tant au niveau régional que national, à condition que l’événement soit bien relayé par les médias et les ‘actes’ du colloque publiés rapidement. Ces considérations furent actées et on arrêta les dates du 12 au 15 octobre 1983 pour cette manifestation.  Il ne restait plus désormais qu’à trouver le lieu. Il devait être de qualité, situé sur les rivages de la Méditerranée  française et…. peu onéreux.

 Le Parc national de Port-Cros proposa que cette manifestation se tint, non pas sur l’île de Port- Cros où les capacités d’accueil sont limitées, mais sur l’île de Porquerolles. Le Parc y assurait déjà la gestion du domaine privé de L’Etat (soit la plus grande partie de l’île) et le siège du GIS Posidonie avait été fixé statutairement   au ‘Hameau agricole de Porquerolles’ tout comme le Service Scientifique du Parc et sa filiale, le ‘Conservatoire Botanique National méditerranéen de Porquerolles’. En outre, l’année 1983 correspondait au 20ème anniversaire du Parc national de Port-Cros. Marquer cette étape par un colloque portant sur la caractéristique  marine principale  du parc, la  posidonie,  ne pouvait  être qu’une excellente  initiative.  Le site  de Porquerolles fut donc retenu pour le séminaire.  Le Conseil d’Administration chargea alors le Bureau, de l’organisation de cette manifestation.

Sur l’île de Porquerolles,  le ‘Centre de Perfectionnement des Gendarmes Auxiliaires’ (CPGA aujourd’hui IGESA), disposait d’une superficie intéressante pour accueillir un tel événement : un mess, une grande salle, plusieurs salles de travail et quelques possibilités d’hébergement. Jannick prit l’attache des Autorités militaires pour disposer du site aux dates convenues, puis elle  se  tourna vers les  hôteliers   et  les  loueurs   privés  pour  s’assurer des  capacités d’hébergement possibles en cette période de l’année, enfin elle se rapprocha des compagnies de navigation afin d’obtenir un forfait pour le transfert aller-retour de l’ensemble des participants. Face à l’ampleur d’une telle organisation, la fièvre gagna chaque membre du Bureau.  Elle alla grandissant, au fur et à mesure que s’élevait le nombre de participants annoncés. Les prévisions de départ (60 à 100 personnes) furent rapidement dépassées. Deux mois après, on relevait déjà 160 inscrits (92 français et 76 étrangers). Le laboratoire de Charles-François Boudouresque était  devenu une ruche où arrivaient  quotidiennement   des essaims  de propositions  de communications et de posters qu’il fallait photocopier,  lire, examiner et discuter les unes après les autres.

Sur l’île de Porquerolles, le compte à rebours avait également commencé. C’était pour l’équipe du Parc, son tout premier séminaire. Aucun détail ne devait être laissé de côté, le moindre oubli sur une île  prenant rapidement  des allures  catastrophiques.   Les réunions  internes  se multipliaient pour répartir les tâches entre personnels du Parc et du Conservatoire de Botanique. Philippe Robert pour le Parc et Jean-Paul Roger pour le Conservatoire  furent chargés de la couverture-photo de l’événement ainsi que des tirages immédiats pour les participants.  Un labo-photo artisanal fut même installé à la hâte dans une pièce aveugle du Conservatoire, pour permettre les développements rapides. Cette initiative remportera un franc succès auprès des participants,  chacun pouvant ainsi repartir chez lui avec sa photo-souvenir du séminaire. Les agents du Conservatoire intégrèrent dans leur planning de travail, la remise en état des abords du site de la manifestation ainsi que la végétalisation des salles et des extérieurs des bâtiments. Alain et Jannick continuaient à ‘lister’ le matériel indispensable  au séminaire : banderoles, badges, photocopieuse, rétroprojecteurs, projecteurs de diapos, écrans, paper-board, micros… Parallèlement, le Bureau avait choisi le logo du séminaire, logo en forme de trident de Neptune qui allait devenir l’emblème définitif du GIS. Décliné en autocollants,  il permit  le balisage du trajet de la manifestation,  depuis la Tour-Fondue  à Giens jusqu’au lieu-même du séminaire, à Porquerolles. C’est en effectuant ce balisage qu’on se rendit compte de la nécessité d’avoir un ‘point d’accueil’ à l’arrivée des bateaux sur l’île, pour enregistrer les participants,  leur remettre badges et information et les orienter vers leur lieu d’hébergement. La chambre de Commerce de Porquerolles nous prêta gracieusement un local en bois désaffecté mais idéalement placé sur le port. Il avait été construit des années auparavant pour les besoins du film ‘Pierrot le Fou’. Ce local, une fois nettoyé devint notre ‘point d’accueil’ ainsi que le lieu de stockage et de regroupement souhaité des bagages des participants avant leur acheminement par un véhicule du parc vers les lieux d’hébergement correspondants.  En effet, le déplacement sur l’île se faisant essentiellement à pied, les participants se rendirent à la manifestation  en marchant, pendant que leurs bagages étaient acheminés par un véhicule du parc jusqu’à leur hôtel.

 Si, avec Alain, nous pensions  avoir pensé tous les détails  de l’organisation  et planifié les différentes  étapes, c’était  sans compter sur la  visite  impromptue   de Charles-François Boudouresque sur l’île. Ce matin-là, nous allâmes l’accueillir à l’arrivée du premier bateau : il était serein, le nombre  de participants ne cessait d’augmenter, la presse était prête à couvrir l’événement, les communications  allaient être de bon niveau. Le soleil brillait ce jour-là. La nuit précédente avait été particulièrement dure : un orage s’était abattu sur l’île et l’électricité avait été coupée par instants. De la boue, des sentiers détrempés, des nids de poule sur les chemins d’accès, de l’herbe folle un peu partout, c’était le décor que Charles-François découvrait au fur et à mesure de son avancée vers le site de la manifestation  : le Cadran Solaire. Son visage commençait à s’assombrir. Nous pénétrâmes enfin dans les différentes salles du bâtiment. Elles étaient toutes occupées. De jeunes gendarmes jouaient au ping-pong en déployant une force peu commune, d’autres écoutaient de la musique  à décibels élevés, un petit nombre s’était réfugié un peu plus loin pour  jouer aux cartes tout en ponctuant  leur jeu de cris de victoire magistraux. Des verres, des bouteilles jonchaient le rebord des fenêtres. Ce lieu abritait en fait la salle de cinéma et les salles de détente des jeunes auxiliaires de la gendarmerie.  L’entretien des locaux, leur aménagement, le nettoyage des abords, la végétalisation de l’ensemble, avaient été programmés pour la manifestation,  mais n’étaient pas encore réalisés. Pour des raisons évidentes  de fonctionnement, nous étions convenus  avec la Gendarmerie  de ne prendre possession du lieu que deux jours avant la manifestation.

Nous eûmes beau commenter cette contrainte à Charles-François et l’assurer que tout serait fait à temps, son visage se fermait de plus en plus. A un certain moment,  il arrêta ses pas, se tut et se mit à triturer nerveusement sa barbe : mauvais signe pour ceux qui le connaissent  ! Nous continuâmes néanmoins à commenter  les aménagements prévus salle par salle. C’était peine perdue,  il ne nous entendait plus. Soudain, d’un ton rageur il évoqua l’annulation pure et simple de la manifestation à Porquerolles ! Notre bel enthousiasme venait d’en prendre un coup. C’est alors qu’Alain  eut une idée de génie : il proposa à Charles-François d’aller  visiter le logement qui lui avait été réservé ainsi que ceux, identiques, prévus pour les autres présidents de séance. Nous partîmes dans un silence pesant vers le ‘Pré des Palmiers’. Quand  il découvrit ces constructions de style tunisien, toutes baignées de lumière, aux pièces agréablement meublées et aux balcons ouverts sur la mer, son visage s’éclaircit… sa voix aussi.  Il laissa échapper : « enfin un endroit sympa où je vais pouvoir  travailler avec d’autres scientifiques et partager sur les communications présentées ». Ouf, la situation  se débloquait.  Puis vint l’heure pour lui, de quitter l’île. En montant à bord du bateau,  il nous regarda fixement et d’un ton ferme,  il nous adressa cette mise en garde qui, des années après, résonne toujours à nos oreilles : « Attention, ne vous plantez-pas ! ». Ces paroles nous motivèrent encore plus. Nous savions que nous n’avions pas le droit à l’erreur. A compter de ce jour-là, nos nuits furent courtes, nos journées longues. Finalement tout fut près à temps. Le site put accueillir 250 participants, on nota une présence très active des élus ainsi qu’une participation de toutes les Administrations intéressées à la sauvegarde  du milieu marin. Le séminaire fut un succès.

 Désormais  le GIS Posidonie  pouvait  voguer,  il était connu et reconnu, déjà en route pour de nouvelles aventures.

 Auteurs : Jannick Olivier et Alain Jeudy De Grissac

Retrouvez cette article dans l’ouvrage du GIS Posidonie “Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin“.

Le GIS Posidonie : beaucoup plus qu’une aventure humaine et scientifique

 Introduction

 Le GIS Posidonie a été créé pour répondre à un objectif précis : sauver l’herbier à Posidonia oceanica.  Depuis les années 1950s, on devinait le rôle de l’herbier. Depuis les années 1960s, on assistait à sa régression. Mais que faire ? Pour agir, il faut comprendre.  Pour comprendre,  il faut étudier. Pour étudier, il faut un programme de recherches cohérent, optimisé, géré. L’idée du Ministère français de l’Environnement, au début des années 1980s, a été de confier au Parc national de Port-Cros la création d’une structure souple, un ‘Groupement d’Intérêt Scientifique’ (GIS), susceptible de gérer ce programme de recherche.

Olivier et Jeudy de Grissac et Boudouresque racontent l’histoire de la création du GIS Posidonie et l’aventure de la posidonie.  La ‘feuille de route’ fixée par le Ministère  de l’Environnement était simple : rassembler tous les acteurs, les scientifiques, bien sûr, dispersés dans de multiples structures  de recherche (laboratoires, universités, CNRS, CNEXO – l’ancêtre de l’IFREMER), souvent en compétition,  mais aussi les gestionnaires, encore plus dispersés, et enfin, les ‘amateurs’,  du professeur de lycée aux membres d’associations de protection de l’environnement, du bénévole au journaliste, amateurs dont le rôle est incontournable pour informer le grand public et obtenir son adhésion. On ne parlait pas encore de ‘gouvernance’.

Qui aurait pu imaginer, en 1982, que le GIS Posidonie existerait encore au-delà de l’an 2000, cet horizon si lointain qu’on avait du mal à l’imaginer autrement que dans la science-fiction

(‘2001, Odyssée de l’espace’), pour ne pas parler de la deuxième décennie du 21ème siècle ? Dans une France caractérisée par la ‘stratégie de la poule’, une telle longévité est étonnante. La stratégie de la poule,  c’est le besoin compulsif  de changer sans cesse les structures,  les apparences.  Quand arrive une voiture (un problème), sur une route, la poule qui est à droite éprouve le besoin impératif de passer à gauche ; celle qui est à gauche traverse vers la droite. Il ne faut pas dramatiser : il est rare qu’elles se fassent écraser. De plus, la question ‘Why does the chicken cross the road’ est une source inépuisable de devinettes et de réflexions plus profondes qu’il n’y parait. Quoi qu’il en soit, entre 1982 et 2013, le Ministère de l’Environnement a changé (au moins) 10 fois de nom, des universités ont été créées, ont changé de nom, ont fusionné, aucun des laboratoires universitaires de l’époque n’a survécu, pas plus que la plupart des structures administratives, à l’exception du Parc national de Port-Cros. Et cette conver- gence dans la survivance est sans doute plus qu’une coïncidence : un symbole.

Comment expliquer la longévité du GIS Posidonie ?

Plusieurs pistes se présentent, qui ne s’excluent pas. (i) Il répondait  à un réel besoin, et ce besoin existe toujours. (ii) Les femmes et les hommes qui ont présidé à son destin (e.g. Conseil Scientifique et d’Administration, CSA) ont été de ‘remarquables gestionnaires’ (à considérer bien sûr avec humour) et des ‘visionnaires’ (idem).   (iii) Les femmes et les hommes qui ont réalisé, au jour le jour, ses objectifs (chargés d’études, chargés de recherches, contractuels, bénévoles), ont été exceptionnels.  (iv) Le GIS Posidonie a su évoluer, sans perdre ses repères ni son âme.  (v) Il a su ‘rester à sa place’, celle d’une structure-outil, efficace mais discrète.

Le GIS Posidonie a répondu à un besoin qui existe toujours

C’est sans doute vrai. Entre la recherche universitaire de haut niveau ponctuée par des publi- cations dans des revues à Impact Factor  (IF) élevé,  et les bureaux d’étude, chargés principale- ment de mettre en œuvre des routines,  il existe une zone de recouvrement et d’interaction. C’est l’espace occupé par le GIS Posidonie.  Et cet espace correspond, de plus, aux recom- mandations récurrentes des organismes de recherche nationaux (CNRS, IRD, Universités, etc.). C’est pour cela que le GIS Posidonie  est officiellement associé à plusieurs grandes universités françaises (Aix-Marseille Université, Università di Corsica Pasquale Paoli, Université de Nice Sophia-Antipolis, etc.). Les gestionnaires expriment des besoins ; les scientifiques  (au sens large) ont des idées, mais n’ont pas toujours le temps ni les moyens humains de les tester ; le GIS Posidonie, grâce à son équipe permanente, a souvent constitué la synthèse entre besoins, idées et validation.

Les responsables du GIS Posidonie ont été remarquables et visionnaires

Il s’agit ici des membres du CSA, le Conseil Scientifique et d’Administration. Lors de sa création, le CSA réunissait des scientifiques (au sens large) et des gestionnaires. La judiciarisation crois-

sante de la société française, sur le modèle nord-américain,  et les recommandations  de la Cour des Comptes, ont conduit  les gestionnaires à se désengager progressivement,  ce qui est regrettable sur le plan intellectuel, mais logique et compréhensible. Quoi qu’il en soit, le CSA, en réunissant autour de projets communs des scientifiques issus de laboratoires très divers, a permis de dépasser  les antagonismes  et les rivalités. Aussi loin que je me souvienne, les réunions du CSA et les Assemblées Générales (AG) ont été des moments de consensus et de convivialité. Des idées y ont émergé ; étaient-elles ‘visionnaires’ ? Probablement pas (même s’il est trop tôt pour en juger) ; ces idées étaient simplement ‘dans l’air du temps’ ; l’originalité consistait à les exprimer clairement, puis à les mettre en œuvre concrètement.

Le GIS Posidonie a bénéficié de la collaboration de femmes et d’hommes exceptionnels.

C’est certainement  vrai. La commémoration des 30 ans du GIS Posidonie est l’occasion de leur rendre hommage. La liste de tous ceux qui, pour un stage, un contrat de courte durée ou une collaboration de longue durée, ont accompagné  le GIS Posidonie, est impressionnante. Ceux qui sont partis occupent aujourd’hui des postes de responsabilité, parfois prestigieux, dans des organismes en charge de la gestion de l’environnement et dans des institutions de recherche, en France et à l’étranger. Si le GIS Posidonie les a aidés à réaliser leur projet, il peut en retirer une légitime fierté. Il est difficile de citer ici tous ceux qui ont joué un rôle majeur dans l’aventure du GIS Posidonie,  mais il est impossible de ne pas mentionner Delphine Willsie et Alain Jeudy de Grissac (organisation du workshop fondateur sur Posidonia oceanica de 1983, puis publication des Actes), Vincent Gravez (le moteur du GIS Posidonie pendant 15 ans),  Eric Charbonnel,  Patrice Francour  et, pour l’époque  actuelle, Laurence Le Diréach et l’équipe permanente, Genny Astier, Patrick Astruch, Denis Bonhomme, Patrick Bonhomme, Maia Fourt, Adrien Goujard et Elodie Rouanet.

Les thématiques du GIS Posidonie ont évolué

Le peuplement éponyme et fondateur, l’herbier à Posidonia oceanica, a parfois été minoritaire par rapport aux questions abordées. Le GIS Posidonie a joué un rôle important, en particulier, dans (i) des programmes consacrés à la sauvegarde  du phoque moine Monachus monachus (une  espèce en danger critique d’extinction),  (ii) dans la protection  d’un certain nombre d’espèces (en France, puis en Europe), (iii) dans les réseaux de surveillance de la qualité du milieu marin (basés en particulier sur un indicateur biologique,  la posidonie), (iv) dans l’étude et la gestion  des invasions biologiques (en particulier Caulerpa taxifolia et C. cylindracea), (v) dans la compréhension  de l’effet-réserve (effet des Aires Marines Protégées, AMPs) et (vi) dans l’étude de la pêche artisanale (une forme de pêche dont le rôle écologique  et social est majeur en Méditerranée, mais qui est souvent négligée en Europe, par rapport à la pêche hauturière et/ou industrielle).  Cette évolution  des thématiques  épouse l’émergence  successive  de problèmes de gestion. Le CSA a fait preuve d’une grande sagesse, d’un certain côté ‘anglo- saxonne’, en conservant  le nom de ‘GIS Posidonie’. L’une des qualités des anglo-saxons (qui ont peut-être aussi quelques défauts) est en effet de savoir conserver, parfois pendant des siècles, des noms emblématiques qui, en France, auraient été changés 20 fois dans le même laps de temps ; c’est le cas par exemple du PhD (Philosophiae Doctor, docteur en philosophie), doctorat qui, depuis très longtemps, n’a plus rien à voir avec la seule philosophie.

Le GIS Posidonie a su ‘rester à sa place’

Le GIS Posidonie n’est ni un laboratoire universitaire, cherchant une reconnaissance nationale et internationale,  ni une administration, en quête de légitimité. Sa place est celle d’une struc- ture-outil, au service de la recherche et des administrations. Là aussi, le CSA a fait preuve de sagesse, en veillant toujours à maintenir  le GIS Posidonie  à la place qui est la sienne.  Pour l’équipe  permanente du GIS Posidonie,   il peut être frustrant de rester généralement dans l’ombre, et de laisser la lumière, la ‘gloire’ aux universitaires et aux administrations. Mais c’est à la fois la règle du jeu et le passeport  pour la longévité exceptionnelle mentionnée plus haut : il n’y a jamais eu de compétition  entre le GIS Posidonie,  les institutions  universitaires et les structures  administratives. Ceci étant dit,  pour ceux qui cherchent à tracer le rôle du GIS Posidonie dans l’avancement des idées, il est possible de trouver son logo, souvent discrètement repoussé en deuxième page ; il est possible de trouver son nom parmi les co-auteurs de centaines de publications et de documents ; il est possible de trouver son nom sur la couverture  de la vingtaine d’ouvrages qu’il a publiés en qualité d’éditeur.

‘Et si tu n’existais pas ?’

Et si le GIS Posidonie n’avait pas existé, ou n’existait plus ? L’avancement de la science serait- il aujourd’hui différent, dans les thématiques dans lesquelles il a été impliqué ? La protection et la gestion  des milieux naturels méditerranéens auraient-elles pris des directions différentes, peut-être moins efficaces, mais peut-être éventuellement meilleures ? Il est évidemment  difficile, sinon impossible, de répondre à cette question (mais voir plus bas !).

Il s’agit d’une question générale concernant la Science. Si Charles Darwin n’avait pas formalisé en 1859 ses idées sur l’évolution, en serions-nous restés au créationnisme ? Bien sûr que non ! L’idée de l’évolution constituait un concept en marche depuis longtemps. D’autres que Charles Darwin l’auraient portée, éventuellement un peu plus tard et avec des nuances. Par exemple Alfred Russel Wallace. Si James Watson et Francis Crick n’avaient pas publié en 1953 la struc- ture en double hélice de l’ADN, serait-elle restée inconnue ? Bien sûr que non ! De même, bien qu’infiniment  plus modestes que les découvertes  mentionnées  ci-dessus,  la plupart  des avancées que l’on peut mettre en relation avec le GIS Posidonie auraient certainement existé. Mais est-ce bien sûr ? Examinons en détail l’une de ces avancées.

La protection légale de Posidonia oceanica en France (Arrêté du 19 Juillet 1988), constitue un évènement majeur, fondateur, pour la protection  et la gestion de la Méditerranée. Désormais, il est interdit de la détruire, de la transporter  (…), de l’utiliser, vivante ou morte, en totalité ou en partie. Tout d’abord, il convient  de noter que, sur le plan de la communication,  c’est un coup de maître, car l’espèce est ‘visible’, aisément reconnaissable, présente le long de toutes les côtes méditerranéennes et facile à populariser auprès du grand public. Ensuite, c’est ‘l’effet parapluie’ car, en protégeant la posidonie, on protège les immenses zones marines où elle vit et les  milliers  d’espèces qui  fréquentent  les herbiers,  espèces affublées  de noms latins rébarbatifs, parfois reconnaissables par les seuls spécialistes et peu susceptibles d’émouvoir le grand public. Enfin, c’est ‘l’effet boule de neige’ : la posidonie a été reprise dans la ‘Directive Habitats’ de 1992 de l’Union Européenne (UE) et va ainsi constituer l’un des principaux éléments servant à déterminer les ‘zones Natura 2000’, dans tous les pays méditerranéens de l’UE. La posidonie a été également insérée dans les annexes des Conventions de Berne et de Barcelone (1996) et dans le Plan d’Action pour la Méditerranée  (PAM, UNEP).

 Il serait  tout à fait incorrect d’attribuer le mérite de la protection de Posidonia oceanica au seul GIS Posidonie. Quand un Ministre signe un arrêté de protection (s’agissant du milieu marin, il y en a en fait deux : celui de l’environnement et celui de la mer), il y a des membres de son cabinet (conseillers) qui ont glissé l’arrêté dans son parapheur, il y a de nombreux gestionnaires qui ont convaincu  les conseillers de la nécessité  de cet arrêté, il  y a enfin toute la communauté scientifique qui, pendant des années, a démontré aux gestionnaires l’utilité de la protection, tout en en popularisant l’idée, c’est-à-dire en la rendant socialement acceptable.  L’arrêté de protection est donc le sommet d’une immense pyramide. Le mérite n’en revient certes pas au seul GIS Posidonie, mais le GIS Posidonie a d’autant plus joué un rôle significatif qu’il réunissait deux niveaux, celui des scientifiques et celui des gestionnaires, tout en contribuant à rendre la protection non seulement socialement acceptable mais aussi revendiquée par la Société.

On peut penser que, avec ou sans le GIS Posidonie, avec ou sans les gestionnaires et la com- munauté scientifique des années 1980s, l’importance des herbiers de posidonie et des services écosystémiques qu’ils génèrent auraient tôt ou tard abouti à leur protection.   Leur protection, certainement. Mais sous quelle forme ? Il existe de nombreuses formes de protection, au niveau juridique. Le fait de doter la posidonie d’un statut de protection très fort, le même que celui qui est affecté à une espèce en danger critique de disparition, comme le phoque moine Monachus monachus, ou à des espèces en danger de disparition, comme certaines espèces de mammi- fères marins, n’allait pas de soi. Les herbiers de posidonie étaient certes en régression, cette régression avait de graves conséquences, en particulier au vu des services écosystémiques qu’ils fournissent, mais la menace n’était pas de même nature que celle qui plane sur l’avenir du phoque moine. Le choix d’un statut de protection très fort n’allait donc pas de soi. Ce choix a été rendu possible grâce à une extraordinaire dynamique, à une sorte de lame de fond. Si la protection de la posidonie  était intervenue plus tard (années 2000 par exemple), le statut de protection aurait été plus souple, plus flou et donc inefficace, comme tant d’autres statuts de protection. L’effet parapluie, puis l’effet boule de neige n’auraient pas existé.

L’histoire, l’évolution, sont-elles déterministes ou contingentes ? Cela fait l’objet de vastes débats. Le déterminisme signifie qu’un évènement doit se produire, dans un contexte donné, tôt ou tard. La contingence signifie qu’il peut se produire ou ne pas se produire, qu’il y a une part de hasard. Dans le cas de la posidonie,  on peut considérer  que sa protection était déterministe, mais  que le  statut fort  de  protection  dont  elle  a  bénéficié,  avec ses conséquences en cascade, était contingent. La protection des milieux naturels de Méditerranée, telle qu’elle est mise en œuvre en ce début de 21ème siècle, est donc sous l’influence des choix qui ont été faits par des femmes et des hommes des années 1980s, en particulier au sein ou autour du GIS Posidonie.

Des séquences similaires à celle qui concerne la protection  de Posidonia oceanica peuvent être retracées : protection d’autres espèces, invasions biologiques, etc. Elles font l’objet d’un certain nombre d’articles du présent volume.

Conclusions

La posidonie Posidonia oceanica fait aujourd’hui l’objet de plusieurs centaines de publications par an. Des dizaines de laboratoires, plus d’une centaine de chercheurs, s’y consacrent. Malgré cet effort considérable, qui traduit bien l’importance qui lui est reconnue,  la posidonie  garde beaucoup de mystère.   Il est probable que la plupart  des jeunes chercheurs  qui travaillent aujourd’hui sur la posidonie,  en Méditerranée et en Europe du Nord, n’aient jamais entendu parler du GIS Posidonie. C’est compréhensible. Les travaux antérieurs à ‘l’ère pdf’ ont du mal à exister, surtout quand ils ne sont pas écrits en anglais. Du reste, comme indiqué plus haut, la vocation du GIS Posidonie n’est pas, et n’a jamais été, de constituer une structure de recherche. Il en va de même de toutes les thématiques abordées, pendant trois décennies, par le GIS Posidonie, soit au travers des chercheurs et des gestionnaires qui en sont membres, soit grâce à son équipe permanente.

Pour tous ceux qui ont participé à l’aventure du GIS Posidonie, pour quelques mois, quelques années ou plus d’une décennie, que ce soit en qualité de scientifiques, de gestionnaires ou de salariés, peu importe  la reconnaissance  officielle. Cette reconnaissance a d’ailleurs eu lieu, paradoxalement non pas en France, mais en Italie. Les acteurs ‘historiques’ sont aujourd’hui dispersés dans le monde,  ils appartiennent  à de multiples structures scientifiques et adminis- tratives, mais ils gardent  le souvenir ému de cet engagement fort et efficace, d’une aventure humaine et scientifique.

Je me souviens en particulier de l’agitation frénétique, dans les semaines précédant les congrès scientifiques organisés par le GIS Posidonie. Je me souviens du désarroi de l’équipe permanente (les salariés) face à des attaques ‘à la kalachnikov’, dont l’origine est ici hors-sujet, lors des programmes sur Caulerpa taxifolia et les invasions biologiques.  Je me souviens de la fierté de tous et j’entends encore  le bruit caractéristique du bouchon de champagne, lorsque l’arrêté sur la protection  d’une dizaine d’espèces méditerranéennes a été publié au journal officiel.

A côté des ‘success stories’,  il y a eu également des échecs. Celui qui me marque le plus est en relation avec les invasions biologiques. Après deux programmes européens et de multiples programmes  nationaux gérés par le GIS Posidonie,  programmes  qui démontraient  le risque d’une part, la faiblesse dramatique  de la législation française en matière d’espèces exotiques d’autre part, il est triste de constater que rien n’a évolué au cours des deux dernières décennies. La France était et reste l’un des pays les plus arriérés au monde en matière de prévention des introductions d’espèces. Sa législation n’est même pas au niveau de celle du Zimbabwe. Les ministres successifs en ont été conscients,  mais le lobby des animaleries et des jardineries a été le plus fort, alors même que leur poids économique n’est pas démontré. Comment expliquer cette surprenante complaisance ? Oui, je suis en colère.

Mais je préfère terminer sur les succès. Ils sont nombreux, même quand le GIS Posidonie, ses membres et ses salariés n’y ont été que des acteurs parmi d’autres. Ma conviction est que ce rôle a été plus important que ce qu’il parait, au vu de la littérature scientifique et des documents officiels.

 Au fond, le plus grand succès du GIS Posidonie  n’est-il pas que ses partenaires se soient appropriés ses idées, ses méthodes et ses succès ?

 Auteur : Charles F. Boudouresque

Retrouvez cette article dans l’ouvrage du GIS Posidonie “Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin“.

La fondation du GIS Posidonie. Une structure originale pour protéger et connaître l’environnement marin

Comment apporter des réponses concrètes aux nombreux problèmes de conservation de l’environnement marin méditerranéen ? En 1982, un groupe de scientifiques et de gestionnaires du littoral marin méditerranéen se réunissait afin de créer une structure originale d’étude et de protection de l’environnement marin : le Groupement d’Intérêt Scientifique pour la Posidonie, le G.I.S. Posidonie.

Voilà plus de 30 ans, à la demande de la Mission d’Etude et de Recherche du Ministère de l’Environnement français, le Parc national de Port-Cros réunissait les participants au programme général sur l’herbier de posidonie qui s’achevait, afin de susciter la création d’un groupement sur le thème de l’herbier, groupement réunissant à la fois les gestionnaires des espaces protégés et les scientifiques travaillant sur cet écosystème.

Un tel groupement devait avoir pour caractéristiques :
– de permettre à des chercheurs isolés (personnes physiques), à des laboratoires et à des organismes publics ou privés (personnes morales), d’adhérer au groupement et de travailler conjointement;
– de pouvoir accéder à des financements de toute provenance : CNEXO, LEP, CNRS, ministères, collectivités, conseil régional, conseil général, organismes publics, fonds privés;
– d’avoir une existence juridique incontestée.
Par conséquent, la formule qui paraissait la plus adaptée tant dans sa souplesse que dans le respect de la législation française était le statut d’association loi 1901.

Le Professeur Roger Molinier de l’Université de Marseille, le Commandant Philippe Taillez, pionnier de la plongée sous-marine, Patrice Lardeau du CNEXO, qui allait devenir l’IFREMER et Jannick Olivier du Parc national de Port-Cros ont été les fondateurs de cette structure d’expertise des herbiers de posidonie. Les statuts de ce groupe ayant pour ambition de protéger et d’étudier la posidonie ont été déposés le 29 mars 1982 en Préfecture du Var. La création du Groupement d’Intérêt Scientifique Posidonie – GIS Posidonie paraissait au Journal Officiel du 14 avril 1982.

Le nom de l’association GIS Posidonie fait référence à une plante marine à fleur Posidonia oceanica indispensable à la vie en Méditerranée. Les fondateurs, tout en rendant hommage à la nature, soulignaient l’impérieuse nécessité d’étudier l’environnement marin et de le préserver.

C’est précisément la tâche à laquelle s’appliquent, depuis plus de 30 ans, les scientifiques et gestionnaires du GIS Posidonie et son équipe permanente, sous la présidence du Professeur Charles-François Boudouresque. Le GIS Posidonie a réalisé à ce jour plus de 400 études sur la côte méditerranéenne française et hors de France avec des partenaires étrangers et organisé 8 colloques internationaux. Il oeuvre pour la connaissance et développe des méthodes de suivi des écosystèmes côtiers.

Le GIS Posidonie participe, aussi souvent que possible, à la diffusion à la communauté scientifique, aux gestionnaires et aux décideurs, parfois aussi au grand-public, d’un savoir objectif et scientifiquement étayé. Aujourd’hui, le bilan des connaissances mises à la disposition de la communauté est important. Des lois, des outils de protection et de suivi, des systèmes de surveillance ont été mis en place avec l’aide des chercheurs de l’Université et du CNRS pour une meilleure conservation et une gestion durable des écosystèmes marins méditerranéens.