Un programme d’actions pour le bon état de conservation des habitats naturels marins – MarHa

L’Agence Française pour la Biodiversité porte le programme LIFE intégré MarHa d’une durée de 8 ans comprenant 11 partenaires, scientifiques et gestionnaires, dont le GIS Posidonie, afin de rétablir et maintenir le bon état de conservation des habitats naturels marins qui abritent une importante biodiversité et nous rendent de nombreux services. Le projet mobilise l’ensemble des acteurs du réseau Natura 2000 en mer : professionnels, usagers, gestionnaires et scientifiques.

 

Télécharger (PDF, 2.34MB)

 

Télécharger (PDF, 887KB)

 

 

Etude de la fonctionnalité de nurserie de l’étang de Berre et évaluation d’un besoin de restauration écologique – JUVABERRE

L’industrialisation du pourtour de l’étang de Berre (Bouches du Rhône, France) au cours du XXème siècle a conduit à une profonde modification de cet écosystème lagunaire. Une des principales modifications observées a été la régression extrêmement importante des herbiers à magnoliophytes (zostères) présents dans l’étang. Ces herbiers occupaient 8000 ha en 1916, il n’y en avait plus que 1.2 ha en 2009. En 1994, puis en 2004, dans le cadre du plan Barnier, une régulation des rejets d’eaux douces de la station hydro-électrique de Saint-Chamas a été mise en place. Cette mesure a eu pour effet d’en limiter les impacts sur les différents habitats de l’étang. Entre 2009 et 2010, le projet ICHTYOBERRE (inventaire par pêches scientifiques) a permis de montrer que le peuplement en poissons est principalement dominé par des espèces sédentaires, dont des juvéniles d’espèces dont le cycle de vie s’accomplit partiellement en milieu lagunaire (anguilles, loups, dorades, muges). Ces dernières années de nombreux juvéniles ont été observés dans l’étang de Berre.

Ces observations ont inspiré le montage du programme JUVABERRE. Ce programme a pour objectif de réaliser des recensements de juvéniles dans les différentes catégories d’habitats présentes dans les petits fonds du pourtour de l’étang de Berre. Des recensements seront également faits sur des habitats artificiels en acier et en bois utilisés en tant qu’unités d’observation standardisée dans différentes lagunes méditerranéennes. Il s’articule autour de 3 axes de travail :

  • Evaluer la présence de juvéniles dans les différents habitats d’un point de vue qualitatif et quantitatif;
  • Comparer ces résultats et la qualité de nurserie de l’étang de Berre par rapport à d’autres lagunes méditerranéennes;
  • Proposer une stratégie d’optimisation de la fonctionnalité de nurserie de l’étang.

Les résultats de ce projet permettront d’apporter des éléments de compréhension quant au potentiel de l’étang de Berre à contribuer au maintien et au renouvellement des peuplements de poissons côtiers. L’évaluation de cette fonction de nurserie apparaît également comme étant un bon moyen d’évaluer l’état global du milieu ainsi que sa réhabilitation.

Ce projet qui a démarré au printemps 2018, se terminera à la fin de l’année 2019.

Adrien Lyonnet

Etude et caractérisation de la fréquentation maritime et de son impact sur l’herbier de posidonie, le peuplement de poissons et le balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) dans la réserve marine de Scandola (Corse) – INTERREG GIREPAM

Les aires marines protégées, telles que la réserve naturelle de Scandola (Corse), sont confrontées à des enjeux de gestions importants. Ces enjeux concernent des zones géographiques abritant des habitats et des espèces avec un fort intérêt biologique mais également patrimonial. Ce faisant les gestionnaires de ces réserves ont un réel besoin de connaissance sur les usages pratiqués dans la zone. Le maintien et/ou le développement des usages doit se faire en prenant en compte la biodiversité ainsi que l’exploitation des ressources halieutiques si on veut qu’ils soient durables. L’évaluation de la fréquentation d’un site permet de qualifier, et de quantifier, les pressions engendrées sur les différents habitats pour chacun des usages. Cela permet de les intégrer du mieux possible dans les plans de gestions. 

Cette étude réalisée avec le Parc Naturel Régional de Corse, dans le cadre du programme européen INTERREG GIREPAM, a pour objectif principal :

  • De fournir des données à différentes échelles spatiales et temporelles sur la fréquentation de la réserve naturelle de Scandola (Corse). Cela sera permis par l’utilisation croisée de différentes méthodes d’évaluation de la fréquentation;
  • D’évaluer les impacts potentiels à partir de différents descripteurs mesurés sur les communautés pouvant être impactées. Cette évaluation sera faite à l’aide de plusieurs métriques et indicateurs. Les communautés concernées sont : l’herbier de posidonie, les peuplements de poissons et la population de Balbuzard pêcheur présent dans la réserve.

Le recoupement de l’ensemble des informations collectées permettra d’évaluer au mieux les pressions liées à la fréquentation dans la réserve naturelle de Scandola.

Ce projet commencé en 2018 a une durée de 2 ans et se terminera fin 2019.

Adrien Lyonnet

Mise au point d’un protocole d’évaluation de l’état de conservation du Détritique Côtier au sein du Parc national de Port-Cros

Depuis 2012, le territoire maritime du Parc national de Port-Cros (PNPC) représente près de 127 000 ha (cœurs de parc et aire marine adjacente). Dans ce contexte et dans le cadre de son activité scientifique, le PNPC s’intéresse particulièrement aux fonds de Détritique Côtier (DC). Cet habitat plus ou moins sableux constitué de débris coquilliers et organogènes plus ou moins colmatés se situe dans l’étage circalittoral entre 30 et 80 mètres de profondeur. Le DC peut présenter des associations à Corallinales libres (incluant le “maërl”) s’établissant généralement sous un régime de courants de fond relativement continus et unidirectionnels. Il est moins connu que les habitats rocheux de l’infralittoral ou du circalittoral (par ex. le coralligène), car difficile d’accès et moins prisé par les plongeurs. Il s’agit pourtant d’un habitat jouant un rôle fonctionnel primordial et significatif qui contribue à l’ensemble de la zone côtière. Pour répondre au besoin d’évaluer l’état de conservation du DC, le ‘BioCube’, un dispositif permettant la prise de photographies standardisées (photo-quadrats) et de vidéos au moyen d’une cage de 80 cm de côté et de 100 cm de haut a été conçu. L’intérêt d’un quadrat de grande taille est d’augmenter les chances d’observation d’espèces rares ou isolées, telles que les pennatulaires, les grands hydraires, ou encore les grands macrophytes dressés comme les cystoseires. Avec un objectif de comparaison de méthodes ‘traditionnelles’ et automatisées, ces images ont ensuite été traitées selon 2 méthodes visuelles (diagramme de fréquence et nuages de points aléatoires), et 2 méthodes automatisées (classification, analyse fractale et hétérogénéité spatiale). Ces méthodes permettent de caractériser le DC selon plusieurs descripteurs tels que la nature du substrat, la diversité taxonomique, le taux de recouvrement des fractions biotiques et abiotiques, la rugosité (à travers la dimension fractale), etc. En parallèle, des prélèvements en plongée scaphandre ont permis d’actualiser l’inventaire de macrophytes et d’évaluer la richesse spécifique des sites étudiés, ainsi 108 taxons ont été identifiés. Globalement, l’état de conservation du Détritique Côtier du Parc national de Port-Cros est excellent. Le contexte insulaire, ou d’apports continentaux réduits, favorise la transparence de l’eau et en conséquence le développement d’une diversité importante de macrophytes. Les fonds les plus remarquables s’observent autour de Port-Cros et dans une moindre mesure au Levant et à Porquerolles.

Référence : GOUJARD A., ROUANET E., ASTRUCH P., BERTHIER L., PETERCA A., HARMELIN, J.G., VERLAQUE M., THIBAUT T., 2016. Programme SYMBIOSIS. Mise au point d’un protocole d’évaluation de l’état de conservation du Détritique Côtier du Parc national de Port-Cros. Rapport final. GIS Posidonie publ. 69 p + 1 annexe.

Spatangue

Pollutions marines : les définitions

Les visages multiples des nuisances sur l’environnement

Les sources de pollution en Méditerranée sont nombreuses. La définition même de pollution, peut parfois faire l’objet d’interprétations contradictoires. En tout état de cause, la régulation des sources de pollution en mer doit être l’un des principaux enjeux des années à venir.

1. Définition :

La pollution marine a été définie par la Commission Océanographique Internationale de l’UNESCO comme étant :
“…l’introduction par l’homme, directement ou indirectement, de substances ou d’énergie dans l’environnement marin pouvant entraîner des effets délétères, tels que dommages aux ressources biologiques, dangers pour la santé humaine, entraves aux activités maritimes, y compris les pêcheries, détérioration des qualités de l’eau de mer pour son utilisation et réduction des possibilités dans le domaine des loisirs.”

On voit dans cette définition que la notion d’origine anthropique est importante ; l’accumulation de branchages dans le port de Port-Cros après une tempête est quelque chose de naturel alors que celle de débris plastique après la même tempête sera définie comme une pollution. La frontière théoriquement nette est en fait parfois délicate à établir.

2. Sources de pollutions

L’essentiel des polluants provient des activités terrestres, à plus ou moins long terme tous les polluants rejetés dans la nature aboutissent au milieu marin, et les sources de pollution sont nombreuses : rejets domestiques (égouts), directement à la côte ou au large, par le biais d’un émissaire, port et centre urbain (les hydrocarbures et les métaux lourds ruissellent lors des pluies ou du lavage des chaussées), fleuve apportant les pollutions continentales (rejets industriels, pesticides agricoles), centrale thermique, raffinerie, grosse industrie (eau chaude, produits chimiques), rejets en mer des navires (déballastage, peintures anti-fouling) ou naufrages, chute de la pollution atmosphérique par les précipitations, enfin la pollution humaine directe : mégots de cigarette, produits solaires, déchets alimentaires (entre autres) sont les corollaires de l’utilisation de la mer dans le domaine des loisirs.

2.1. Pollutions chimiques : Ce sont des pollutions dues au déversement de substances chimiques telles que les hydrocarbures, les détergents, les biocides (pesticides), métaux lourds.

2.2. Pollutions biologiques : Il peut s’agir de pollution par micro-organismes : les germes (bactéries, virus, champignons, etc.) provenant des égouts peuvent proliférer à leur arrivée dans le milieu marin, même s’il est vrai qu’il s’agit d’un milieu qui ne favorise pas la vie de la plupart des agents pathogènes. Il peut également s’agir de l’introduction d’une espèce marine dans une zone où elle est normalement absente et dans laquelle elle a un impact non négligeable (ex : {Caulerpa taxifolia}). En eau douce, l’exemple de la jacinthe d’eau est frappant : introduite par l’homme, elle a depuis colonisé une grande partie des cours d’eau de la zone intertropicale, éliminant la majorité des espèces de plantes aquatiques indigènes et affectant profondément les écosystèmes limniques (rivières et lacs).

2.3. Pollutions physiques : On parle de pollution physique lorsque le milieu marin est modifié dans sa structure physique par divers facteurs. Il peut s’agir d’un rejet d’eau douce qui fera baisser la salinité d’un lieu, comme la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas, au nord de l’étang de Berre, d’un rejet d’eau réchauffée ou refroidie (par une centrale électrique ou une usine de regazéification de gaz liquide), d’un rejet liquide ou solide de substances modifiant la turbidité du milieu (boue, limon…), d’une source de radioactivité… La plupart du temps, un rejet n’est jamais une source unique et les différents types de pollution sont mélangés et agissent les uns sur les autres (effet de synergie). Ainsi, un égout rejette des déchets organiques, des détergents dont certains s’accompagnent de métaux lourds (pollution chimique), des micro-organismes (pollution biologique), le tout dans de l’eau douce (pollution physique).

3. Effets de la pollution

Ils dépendent du type de pollution, de l’agent polluant, des organismes victimes (et de leur état général : âge, sexe, état de santé). On admet généralement que les effets sont beaucoup plus graves en milieu côtier qu’en pleine mer. Les écosystèmes peuvent être complètement déséquilibrés à la suite de disparition d’espèces sensibles et de prolifération d’espèces plus résistantes. A plus ou moins long terme, l’homme est touché par ces pollutions : empêchement à l’utilisation des zones polluées, interdiction de consommation d’organismes marins… Les coquillages (et autres filtreurs) concentrent les polluants par leur activité (très importante) de filtration. Les grands prédateurs en bout de chaîne alimentaire concentrent les polluants qui se sont accumulés à chaque maillon de la chaîne. Dans de tels cas, la pêche peut être interdite, la baignade également, selon la pollution décelée.
La DDASS publie annuellement des relevés de qualité des eaux de baignade, basés sur plusieurs paramètres physico-chimiques et disponibles sur le site du Ministère de la santé -http://baignades.sante.gouv.fr

4. Limitation des pollutions

Aujourd’hui, les pollutions domestiques et industrielles sont relativement limitées par l’implantation obligatoire (circulaire européenne récente) de stations d’épuration relativement efficaces (les réseaux de surveillance, notamment le Réseau de Surveillance Posidonie, ont mis en évidence, en plusieurs endroits, de nettes améliorations de la qualité du milieu).

Il n’en demeure pas moins que la pollution reste le problème de chacun et qu’un petit effort personnel de comportement apporterait une contribution importante au confort et à la qualité de vie de tous.

5. Autres atteintes au milieu marin

L’impact des constructions gagnés sur la mer (ports, plateformes d’aéroports, parking…) sur les fonds marins peut être très important. 10% des petits fonds entre 0 et 20 m ont été ainsi définitivement recouverts ou endigués par des ouvrages entre Menton et Martigues (200 ouvrages sur 650 km de côtes). L’augmentation de l’effort de pêche et l’évolution du matériel (bateaux et treuils de plus en plus puissants), ainsi que la surfréquentation de certains sites ont également un impact très important sur le milieu marin et ses ressources.

6. Problèmes à venir

L’explosion démographique sera, sans aucun doute, dans les années à venir, le principal enjeu à prendre en compte dans la régulation des sources de pollution. La concentration des populations dans les grands centres urbains (nombreux au bord de mer sur le bassin méditerranéen) obligera à la mise en oeuvre de centrales d’épuration toujours plus importantes et toujours plus performantes. De plus, si les pays industrialisés ont pris, depuis quelques années, conscience de l’intérêt à préserver l’environnement, les pays de la rive sud de la Méditerranée commencent à adopter le mode de vie des pays plus riches, sans encore accorder trop d’importance à leur environnement. Le problème de la pollution étant d’ordre mondial (les polluants ne s’arrêtent pas aux frontières), nos pays doivent d’ores et déjà prévoir des coopérations pour la gestion de ces problèmes, faute de quoi, les efforts faits depuis quelques années n’auront servi, à long terme, à rien.

Guillaume Bernard & Vincent Gravez