Un programme d’actions pour le bon état de conservation des habitats naturels marins – MarHa

L’Agence Française pour la Biodiversité porte le programme LIFE intégré MarHa d’une durée de 8 ans comprenant 11 partenaires, scientifiques et gestionnaires, dont le GIS Posidonie, afin de rétablir et maintenir le bon état de conservation des habitats naturels marins qui abritent une importante biodiversité et nous rendent de nombreux services. Le projet mobilise l’ensemble des acteurs du réseau Natura 2000 en mer : professionnels, usagers, gestionnaires et scientifiques.

 

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Cartographie, fonctionnalités de nurserie et de protection contre l’érosion côtière des récifs de posidonie, vulnérabilité face aux changements globaux – CANOPé

Les récifs de posidonie sont des bioconstructions considérées comme de vrais monuments naturels des côtes Méditerranéennes. Ils sont cependant peu connus : leur nombre, leur répartition, leur état de conservation et les fonctions écologiques qu’ils remplissent ont été peu étudiés. Leur localisation dans des zones peu profondes et abritées les rend très vulnérables au changement global et en particulier au développement des activités humaines sur le littoral.

Le projet CANOPé est un projet pluridisciplinaire englobant les domaines de la cartographie, de la biologie, de l’écologie et de la géoscience. Ses objectifs sont de réaliser un inventaire et une cartographie exhaustive de ces récifs sur le littoral français, de déterminer leur état de conservation, d’améliorer les connaissances sur leur fonction de nurserie pour les poissons côtiers, de déterminer leur rôle contre l’érosion côtière et d’évaluer leur vulnérabilité face aux changements globaux.

Ce projet comporte deux échelles de travail :

  • une approche générale pour la cartographie, la typologie, l’état de conservation et la vulnérabilité des récifs de posidonie;
  • une approche locale sur quelques sites ateliers afin d’étudier leur fonction de nurserie et leur rôle contre l’érosion côtière.

Les résultats de ce programme feront l’objet de présentations lors d’un colloque organisé par le GIS Posidonie sur les structures bio-construites en Méditerranée. A la fin du programme, un ouvrage de synthèse comprenant un atlas complet des récifs de posidonie de la côte méditerranéenne française regroupera l’ensemble des connaissances et des résultats concernant ces configurations particulières de l’herbier de posidonie méditerranéen.

Le projet CANOPé dure 3 ans et se terminera en mai 2020.

 

 

Adrien Lyonnet

Des récifs de posidonie en Méditerranée française

Peu de gens le savent, mais en Méditerranée il existe des formations bio-construites à partir d’une plante, la posidonie, qui jouent un rôle écologique et de protection de la côte équivalent à celui des récifs coralliens. Les formations récifales de posidonie sont des structures morphologiques particulières des herbiers de posidonie. Dans les baies calmes et abritées, l’herbier, au cours du temps, et simultanément à la montée lente du niveau marin et de la matte sous-jacente, a pu se développer très près de la surface pour former des récifs barrières de posidonie. Il s’agit d’une formation construite par l’herbier dont la partie proximale des feuilles émerge de la surface, au moins à marée basse, en particulier au printemps et au début de l’été, lorsque la longueur de la feuille est à son maximum. Ces récifs sont considérés comme de véritables monuments patrimoniaux naturels. Ils font actuellement l’objet d’un recensement sur les côtes françaises par le GIS Posidonie.

Elodie Rouanet

Du conte de “la petite sirène” à la transplantation des posidonies : une aventure parsemée de rencontres

De la lecture à la plongée : un petit pas ‘géant’

« Bien loin dans la mer, l’eau est bleue…, pure comme le verre le plus transparent, mais si profonde…, il y croît des plantes et des arbres bizarres, et si souples que le moindre mouvement de l’eau les fait s’agiter comme s’ils étaient vivants… », ce monde mystérieux, fascinant, m’impressionnait, j’essayais de m’en imprégner. Je relisais le conte des dizaines de fois, je passais des heures à regarder la couverture de “la petite sirène” en rêvant, en essayant de dessiner ou de peindre des paysages sous-marins décrits par Andersen en 1835.

Les années passent et je me retrouve en octobre 1986 devant le choix de ma troisième année universitaire à Nice : je veux faire de la biologie et de l’écologie marines. Je me mets aussi à la recherche d’une école de plongée et quelques jours plus tard je fais mon ‘baptême’ dans la rade de Villefranche-sur-Mer. Tout ce matériel me fait peur mais je vais enfin découvrir le monde de la petite sirène et ce jour-là, je rencontre pour la première fois la posidonie. Il y a ce vert intense, à perte de vue : les champs de posidonies ! C’est un spectacle magnifique, d’abord le bleu tellement lointain, tellement profond, tellement ‘libre’, puis le bruit de notre respiration, qui résonne dans cette immensité, et autour : le silence. Je comprends ce jour-là, que tout ce que j’ai toujours essayé d’exprimer sur papier avec des crayons ou de la peinture, ne peut me satisfaire complètement. Je baigne enfin, comme la petite sirène, de tout mon corps dans ce monde mystérieux et féerique à quelques mètres sous la surface et je sais que la mer va devenir mon milieu favori de détente, de bien être, de travail, mon laboratoire d’expérimentation. Mon choix est fait. Pourtant mes enseignants me découragent de continuer dans cette voie.

De rencontre en rencontre vers l’expérimentation

Je poursuis pourtant mes études et j’apprends à plonger pendant mon temps libre. Au cours de cette troisième année, à l’occasion d’une sortie d’algologie, un de mes enseignants remarque un autocollant de plongée sous-marine sur ma voiture : c’est Alexandre Meinesz. A la rentrée universitaire suivante, je retourne le voir et lui demande si je peux participer, l’été suivant, à une de ses missions. Il accepte. J’ai eu le courage de frapper à la bonne porte et j’ai appris à plonger en toute sécurité. C’est le début de mon aventure avec Posidonia oceanica. Pendant cette mission mon chemin croise celui de Charles-François Boudouresque sans lequel je n’aurais pu intégrer la formation de Marseille. Un an plus tard, j’obtiens avec mention, mon D.E.A. d’Océanographie ! Durant cette année je fais plus ample connaissance avec les posidonies en mettant en place un grand nombre d’expériences de transplantations de boutures, qui aboutissent à l’élaboration de mon sujet de thèse.

De l’expérimentation au brevet d’invention, en passant par la publication

Lorsqu’en 1767, Carl von Linnaeus décrit cette plante sous le nom de Zostera oceanica, puis qu’en 1813 Alire Delile la transfère dans le genre Posidonia, créé quelques années auparavant du nom du Dieu grec de la Mer : Poséidon, ils ne se doutent pas qu’ils baptisent alors un des végétaux essentiels dans l’équilibre écologique de la mer Méditerranée. Ils ne savent pas non plus que ces plantes capables de bien des caprices peuvent offrir une vision sous-marine éblouissante : des champs à perte de vue, les ‘herbiers’. Mais ces herbiers subissent parfois de vastes régressions dues aux activités humaines (pollutions, ancrages, aménagements, etc. La recolonisation de milieux endommagés peut se faire par l’extension lente des herbiers en place situés aux alentours, par la fixation de boutures naturelles ou par le développement de graines. Le bouturage naturel est estimé à 3 boutures fixées/ha/an car les fragments de plante détachés sous l’action de l’hydrodynamisme, n’ont que de rares chances de pouvoir se fixer sur un sol favorable. La reproduction sexuée est rare et souvent autogame (interfécondation des organes mâles et femelles d’une même fleur). Les fruits se détachent, flottent à la surface et lorsqu’ils s’ouvrent à maturité, les graines libérées ne tombent pas souvent sur un substrat ou à une profondeur favorables permettant leur germination. Devant ce faible espoir que les herbiers puissent reconquérir seuls des zones anciennement endommagées et grâce aux connaissances acquises sur la biologie de la plante, sur l’architecture des herbiers, il est nécessaire de répondre à un besoin. Ainsi, nous testons pendant plus de quatre années, un grand nombre de paramètres pouvant agir sur la survie, la croissance et le développement de boutures transplantées in situ. L’objectif de nos travaux est de répondre à moyen puis à long terme à une question : face au recul généralisé des herbiers de posidonies, l’Homme peut-il intervenir pour régénérer des espaces sous-marins endommagés après avoir limité ou supprimé l’agent destructeur ? Des boutures sont alors récoltées dans des herbiers où la densité autorise un prélèvement, jouant même un rôle d’élagage. Elles sont transplantées dans des sites expérimentaux en Corse : près de la Réserve de Scandola, près des îles Lavezzi et dans les Alpes Maritimes : dans la baie de Cannes et la baie de Nice. Nous testons les profondeurs de récolte et de transplantation, les substrats, les morphologies des boutures, la longueur des boutures, les saisons favorables, les dispositions des boutures, les densités favorables.

Ainsi, la meilleure saison de transplantation pour la survie et le développement est le printemps pour les boutures plagiotropes (qui se développent horizontalement à la périphérie de l’herbier) avec un taux moyen de survie de 92% après 3 ans et l’automne pour les boutures orthotropes (qui se développent verticalement dans l’herbier) avec un taux de survie de 45%. Les boutures à morphologie plagiotrope donnent de meilleurs résultats (75% de survie) que les boutures à morphologie orthotrope (30-60% de survie), et, leur croissance est plus rapide. Les boutures plagiotropes portant entre 3 et 5 faisceaux foliaires survivent mieux et la longueur optimale du rhizome pour les boutures orthotropes est de 10 à 15 cm. Les boutures transplantées à une profondeur plus faible que leur profondeur de récolte donnent de meilleurs résultats que celles provenant d’herbiers superficiels et transplantées plus profond. Les boutures montrent un comportement grégaire, elles donnent de meilleurs résultats lorsqu’elles sont disposées avec un espacement n’excédant pas 5 cm. Si l’on prend en compte tous ces éléments, le taux de survie des boutures de posidonies peut être très bon et atteindre plus de 84% après 4 années. La recolonisation est toutefois lente, le nombre total de faisceaux foliaires change peu les deux premières années. La formation de nouvelles ramifications compense simplement la mortalité. Ce n’est qu’à partir de la troisième année qu’on observe un accroissement du nombre de faisceaux. Les boutures sont alors bien enracinées et amorcent la colonisation du milieu. Le substrat de transplantation a une importance lorsqu’on réalise la réimplantation, qui est la réintroduction de la plante dans une zone où elle a existé dans le passé et d’où elle a disparu du fait de l’action de l’Homme. Lorsqu’on veut simplement effectuer un renforcement des populations c’est-à-dire transplanter des boutures dans une zone où les effectifs sont trop faibles, le substrat a moins d’importance puisque l’espèce existe déjà dans cette zone. Dans ces différentes expériences, les boutures sont fixées soit sur des grillages en plastique, eux même fixés au sol par des piquets, soit elles sont fixées individuellement par des piquets métalliques. Dans un souci de respect de l’environnement, ces piquets sont retirés après l’enracinement des boutures. L’ensemble de ces travaux a donné lieu à de nombreuses publications scientifiques, à l’aboutissement de ma thèse de doctorat et a permis de mettre au point une véritable technique de transplantation de boutures de Posidonia oceanica. Ainsi, dans le but de contribuer à la protection de l’environnement marin et dans le souci de l’aboutissement d’un projet de recherche appliquée, cette technique a fait l’objet d’un brevet d’invention déposé à l’Institut National de la Propriété Industrielle par l’Université de Nice-Sophia Antipolis, le 15 septembre 1992.

Du brevet d’invention à la reforestation sous-marine : un parcours bien cadré

Les orientations techniques de ces recherches (maîtrise des techniques de plongée sous-marine, maîtrise du repérage visuel du matériel à récolter, maîtrise de la logistique et de l’efficacité des opérations, maîtrise de la biologie de la plante pour un suivi dans le temps in situ) peuvent trouver des applications pratiques puisqu’elles contribuent au rapprochement entre la science et le grand public. En effet, au cours de ces recherches nous faisons fréquemment appel à différents partenaires, dont le GIS Posidonie. Leur logistique, l’aide qu’ils apportent sur le terrain et au laboratoire ou leur compétence en information et prévention, permettent de faire connaître un peu mieux le milieu marin et la recherche scientifique qu’on peut y effectuer hors des laboratoires traditionnels. Ces aides sont précieuses et permettent la mise en place in situ de près de 6 000 boutures expérimentales.

Néanmoins, bien qu’ayant une technique brevetée à disposition et une volonté de valoriser le milieu, il reste difficile de vouloir passer à une reforestation massive du milieu marin, telle qu’elle est pratiquée dans le milieu continental. Une opération de transplantations de grande envergure présenterait un coût trop élevé par rapport à d’autres opérations de préservation de la qualité des milieux ou de restauration des écosystèmes littoraux.

De plus, il existe un risque : celui des ‘mesures compensatoires’ qui peuvent être utilisées comme un alibi permettant de poursuivre des aménagements littoraux destructeurs en donnant bonne conscience aux élus mais en trompant le public. Il est bien clair que la destruction d’un herbier de posidonies par recouvrement sous un ouvrage est irréversible car le biotope est définitivement détruit et aucune compensation ne peut rétablir l’équilibre initial.

Quoi qu’il en soit, en France, du fait de la protection légale de Posidonia oceanica, les opérations de transplantations, qui impliquent la récolte et le transport de boutures en épaves ou non, ne sont autorisées que sous réserve d’appliquer le « code de bonne conduite » établi par les scientifiques à la demande du Ministère de l’Environnement et par dérogation accordée par le même Ministère.

Ainsi, s’achève ma petite contribution à l’avancement des connaissances sur ces plantes dont parlait Andersen dans mon livre d’enfance, ces plantes rencontrées lors de ma première plongée et qui m’émerveillent encore autant à chacune de mes plongées actuelles.

Auteur : Heike Molenaar

Retrouvez cette article dans l’ouvrage du GIS Posidonie “Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin“.

De Port-Cros à Port-Cros, en passant par Bruxelles : l’histoire d’un écosystème-miracle, l’herbier à Posidonia oceanica

Un peu d’histoire

L’histoire de la posidonie Posidonia oceanica commence  longtemps avant la création du Parc national de Port-Cros, puis du GIS Posidonie, ce qui n’étonnera personne.

Son nom, tout d’abord. C’est le naturaliste  suédois  Linnaeus,  le ‘père’ de la nomenclature binomiale moderne, qui la baptise (sous le nom initial de Zostera oceanica), au milieu du 18ème siècle. Pourquoi ‘oceanica’ ? Chacun sait aujourd’hui que la posidonie  est une endémique méditerranéenne, et donc qu’elle est totalement absente de ‘l’océan’. En fait, on se déplaçait peu à l’époque de Linnaeus ; le grand naturaliste travaillait surtout sur des spécimens qui lui étaient envoyés par ses correspondants  d’outre-Suède. Sans doute a-t-il mélangé deux envois, et cru que la planche d’herbier venait de ‘l’océan’ (peut-être Biarritz ou le golfe de Gascogne), nom qui désignait alors l’océan Atlantique. Quoi qu’il en soit, l’une des règles de base qui régissent la nomenclature  est celle de l’antériorité : le nom légitime d’une espèce est le plus ancien nom qui lui a été attribué (sauf homonymies). Un nom mal choisi ne peut pas être invalidé sous le prétexte qu’il est mal choisi. Après tout, il en va de même des noms de famille que nous portons. Nous connaissons des Lepetit qui ne sont pas petits et des Legrand qui sont petits. Et c’est ainsi que Posidonia oceanica porte le nom d’un océan dont elle est absente.

L’histoire  moderne de la posidonie  commence  avec Roger Molinier et Jacques Picard. Le premier  vient d’être nommé assistant à la Faculté  des Sciences de Marseille. Le second également,  mais il est affecté à la Station marine d’Endoume, dirigée par le professeur  Jean- Marie Pérès. Ensemble, à la nage et en plongée,  ils parcourent  les côtes françaises et ne s’intéressent  pas seulement à la posidonie,  mais aux herbiers qu’elle  édifie. Ensemble, ils publient en 1952 l’un des ouvrages fondateurs de  l’océanographie méditerranéenne (Recherches  sur les herbiers de phanérogames marines du littoral méditerranéen français) (Fig. 1 et 2). Roger Molinier et Jacques Picard comprennent  le rôle fondamental que jouent les herbiers de posidonies en Méditerranée,  bien  que ce soient parfois de simples intuitions ; en particulier l’édification  de la matte (et donc le piégeage  de carbone) et l’édification  des récifs-barrières (dont celui de la baie de Port-Cros).

Picard_MolinierFig. 1 : Jacques Picard (à gauche) et Roger Molinier (à droite).

Au secours  ! L’herbier  recule !

Les recherches concernant les herbiers de posidonie, l’un des habitats dominants des rivages méditerranéens,  n’ont jamais cessé, en particulier en France. On peut citer par exemple les thèses de Michel Ledoyer et de Jean-Georges Harmelin. Le déclic vient du rapprochement de deux constats : (i) L’herbier joue un rôle essentiel dans le fonctionnement des systèmes littoraux (même si ce rôle n’est pas démontré à l’époque) ; et (ii) l’herbier régresse de façon dramatique. Cette régression est perçue d’autant plus fortement qu’elle concerne les alentours des grandes villes méditer-ranéennes,  où sont localisés les principaux laboratoires de biologie marine : Alger (Algérie), Barcelone (Catalogne), Gènes et Naples (Italie) et Marseille (France).

 Mais pourquoi l’herbier de posidonie régresse-t-il ? Dans les années 1970s, le grand public découvre le  concept de pollution,  et  la  pollution  constitue   une explication  logique  et probablement  réaliste. Mais en fait, on sait peu de choses sur l’herbier à Posidonia oceanica, et donc sur les mécanismes  de sa régression. Roger Molinier, devenu professeur à la Faculté des Sciences de Marseille, lance ses assistants sur la piste : Henry Augier, Alain Crouzet, Liliane et Max Pellegrini, Claude Zevaco et moi-même.

Il faut sauver le soldat Posidonia

Les évènements s’accélèrent. Il est difficile de préciser une chronologie et de déterminer  les relations de cause à effet. Dans un contexte de connaissances donné, des idées émergent naturellement, et il est difficile de déterminer celui ou ceux qui ont été les premiers à les exprimer. A la  fin  des années  1970s, le  CNEXO  (ancêtre  de l’IFREMER)  commande une synthèse bibliographique sur Posidonia oceanica. Le Ministère de l’Environnement sollicite le Parc national de Port-Cros, la Station marine d’Endoume (aujourd’hui MIO et IMBE) et le CNEXO pour qu’ils proposent des programmes de recherche susceptibles  de répondre aux questions qui se posent. Le Parc national de Port-Cros constitue  le principal  site  atelier des programmes proposés.

La trilogie (i) science, (ii) décideurs et gestionnaires, (iii) grand public, qui nous est aujourd’hui familière, se met en place de façon informelle.  Concernant  la posidonie,  il faut sensibiliser le grand public. Le Parc national de Port-Cros (sous l’impulsion de son directeur, André Manche) et le Parc naturel régional de Corse (directeur  : Michel Leenhardt)  publient un ouvrage de vulgarisation intitulé ‘Découverte de l’herbier de posidonie’ (Boudouresque C.F et Meinesz A., 1982). Cet ouvrage aura un très grand retentissement. Concernant le milieu scientifique, l’idée d’un séminaire international se fait jour (voir plus bas). Concernant la gestion des programmes scientifiques, c’est plus compliqué.

 Afin de contourner  la compétition  entre les laboratoires,  d’optimiser les financements  venant de diverses origines (Europe, Ministères, régions, etc.), d’éviter les redondances et d’être certain que tous les points  nécessaires à la cohérence  d’ensemble  soient  traités,  le Ministère  de l’environnement propose la création d’un GIS (Groupement d’intérêt Scientifique). C’est l’origine du GIS Posidonie,  porté sur les fonts baptismaux par le Parc national de Port-Cros et par le CNEXO (Olivier et Jeudy de Grissac, ce volume, pp : 15-21). La coédition (avec le Parc national de Port-Cros et le Parc naturel régional de Corse),  en 1982, de l’ouvrage  ‘Découverte  de l’herbier de posidonie’ constitue la première apparition publique du GIS Posidonie.

1983 : le séminaire fondateur

La première tâche du tout nouveau GIS Posidonie est d’organiser un séminaire international sur les herbiers à Posidonia oceanica, dont les actes seront publiés en 1984 (Fig. 2). Ce séminaire se tient du 12 au 15 Octobre 1983 à Porquerolles, île dont la gestion a été confiée au Parc national de Port-Cros. Ce colloque est un grand succès. Il réunit plusieurs centaines de participants, venus de tous les pays riverains de la Méditerranée (Espagne, France, Italie, Grèce, Turquie, Liban, Tunisie, Algérie, etc.) et au-delà (e.g. Autriche et Belgique). Plus de 50 communications scientifiques y sont présentées, qui constituent un premier bilan des connaissances sur les herbiers à Posidonia oceanica, depuis la géologie jusqu’à la gestion, en passant par l’écologie, la physiologie, la flore et la faune accompagnatrices.

 Un point important est la participation active au séminaire de Porquerolles de représentants des administrations en charge de l’environnement (France, Espagne, Italie), de représentants des régions et des villes, et enfin de nombreux journalistes. Cela assure à l’évènement une couverture médiatique impressionnante.

Posidonia_Institut oceanographique_WorkshopFig. 2 : A gauche. La publication fondatrice de Roger Molinier et Jacques Picard (Molinier R., Picard J., 1952. Recherches sur les herbiers de phanérogames marines du littoral mé­di­terranéen français. Ann. Inst. océanogr., 27 (3) : 157-234). A droite.  International workshop on Posidonia oceanica beds. Boudouresque C.F., Jeudy de Grissac A., Olivier J. (édit.), GIS Posidonie publ. : i-xxiii +1-454.

La protection de l’environnement peut être imposée d’en haut (top-down). C’est ce qui a eu cours de la fin du 19ième siècle jusqu’aux années 1960s. Mais ce n’est déjà plus le cas dans les années 1980s. L’adhésion du public est devenue indispensable.

 C’est de l’édition de ‘Découverte de l’herbier de posidonie’ par le Parc national de Port-Cros, en 1982, puis du séminaire de Porquerolles, en 1983, que date l’intérêt du grand public pour la posidonie. Des dizaines de brochures, dans toutes les langues du bassin méditerranéen, parlent de la posidonie. Les professeurs en parlent dans les écoles primaires et secondaires. La presse régionale et nationale consacre des articles à la posidonie et aux herbiers. La télévision en parle ! La posidonie devient un thème populaire, comme en témoignent les ‘micro-trottoir’ de l’époque, que ce soit à Barcelone, à Marseille ou à Gènes : la majorité des passants, surtout les jeunes, ont entendu parler de la posidonie, parfois même savent pourquoi elle est importante.

 Mais pourquoi les herbiers de posidonie sont-ils si importants ? (Fig. 3) 1. Leur énorme production primaire en fait une source de nourriture majeure pour le réseau trophique. 2. L’herbier est une frayère (lieu de ponte) et une nurserie pour de nombreuses espèces, en particulier pour des espèces d’intérêt économique. 3. L’herbier exporte des feuilles mortes vers d’autres écosystèmes, dans le médiolittoral, l’infralittoral, le circalittoral et le bathyal, où elles seront à la base du réseau trophique. 4. L’herbier atténue la force des vagues et des houles, et contribue ainsi à protéger les plages de l’érosion. 5. Les feuilles mortes, sur les plages, les protègent contre l’érosion due à l’hydrodynamisme. 6. La production d’oxygène par la posidonie, dans le cadre de la photosynthèse, contribue réellement à l’oxygénation du milieu, dans la mesure où du carbone est séquestré définitivement dans la matte. Quand ce n’est pas le cas, cette production d’oxygène est en effet provisoire : la minéralisation de la matière organique morte consomme la même quantité d’oxygène que celle produite par la photosynthèse. 7. La séquestration du carbone dans la matte contribue à atténuer les effets des rejets de dioxyde de carbone par l’Homme. 8. La posidonie fixe (dans la matte) les sédiments meubles et contribue à réduire la turbidité de l’eau, en empêchant leur re-suspension lors des tempêtes. Les herbiers de posidonie peuvent donc être qualifiés d’écosystème miracle.

Role_PosidoniaFig. 3. Rôle de l’herbier à Posidonia oceanica dans le fonctionnement des systèmes littoraux en Méditerranée. Figure originale (Charles F. Boudouresque).

La posidonie superstar

 Le GIS posidonie et la Stazione Zoologica di Napoli (Italie) ont organisé à Ischia (près de Naples), du 7 au 11 octobre 1985, le second séminaire international sur les herbiers de posidonies. Les actes ont été publiés en 1989 par le GIS Posidonie. Par la suite, l’intérêt pour les écosystèmes à magnoliophytes marines, dont font partie les herbiers de posidonies, est devenu tel que d’autres structures ont pris le relai. C’est le cas du RAC/SPA (Regional Activity Center on Specially Protected Areas, Tunis) pour ce qui concerne la Méditerranée.

 L’herbier à Posidonia oceanica est devenu le thème principal de recherche d’un grand nombre de laboratoires, autour de la Méditerranée. Ce sont des centaines de publications qui lui ont été consacrées depuis les années 1980s. Le rythme a tendance à s’accélérer. Dans les années 2000s, la moyenne est de presque une publication par semaine ! Cela traduit à la fois l’importance, largement reconnue, des herbiers et la complexité extraordinaire de l’écosystème.

 La posidonie est devenue une espèce protégée en France (1988). La communauté européenne a inscrit les herbiers a Posidonia oceanica dans l’annexe I de la Directive habitats de 1992. La posidonie a ensuite rejoint la liste des espèces protégées au niveau de l’Europe (convention de Berne) et de la Méditerranée (convention de Barcelone), en 1996. Dans le cadre de la Directive habitats, la posidonie constitue un élément majeur pour la désignation des zones ‘Natura 2000’ en mer. C’est le cas de la zone Natura 2000 du golfe d’Hyères, dont la gestion a été confiée au Parc national de Port-Cros.

 En simplifiant, on peut dire que l’aventure moderne de la posidonie est partie du Parc national de Port-Cros, puis est passée par le Ministère de l’environnement (Arrêté de protection) et par Bruxelles (Directive habitats). De là, inscrite dans l’annexe I, elle a servi de base à la désignation des zones Natura 2000 en Méditerranée, dont celle de Hyères dont le Parc national de Port-Cros est gestionnaire.

 C’est donc l’histoire d’un aller-rerour : de Port-Cros à Port-Cros, en passant par Bruxelles. La gestion des herbiers de posidonie est devenue un enjeu d’une telle importance que l’accord RAMOGE (Italie, Monaco et France) a perçu la nécessité d’un ouvrage consacré à sa gestion. Il est l’œuvre d’une quinzaine de spécialistes et a été publié en français (2006), italien (2008) et anglais (Boudouresque et al., 2012. Protection and conservation of Posidonia oceanica meadows. Ramoge, RAC/SPA, GIS Posidonie publ. : 1-202).

 Auteur : Charles-François Boudouresque

Retrouvez cette article dans l’ouvrage du GIS Posidonie “Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin“.

Le Réseau de Surveillance Posidonies – Toujours copié, jamais égalé…

Le GIS Posidonie – Un précurseur des Réseaux de Surveillance

Au début des années 1980s, les gestionnaires,  les scientifiques et les politiques  prennent conscience  de la dégradation  du milieu  marin et plus  particulièrement des écosystèmes littoraux. De nombreux projets destinés à améliorer cette situation (construction de stations d’épuration,  création  d’aires  marines  protégées, mise  en place  d’une législation  plus contraignante, etc.), sont initiés. Mais comment évaluer l’impact de ces mesures coûteuses et vérifier  leur  efficacité ? Si  quelques  réseaux de surveillance  existent,  ils concernent essentiellement le suivi de la qualité physico-chimique  ou bactériologique de l’eau de mer, mais en aucun cas le suivi des écosystèmes.

C’est également au cours de cette période que les connaissances scientifiques confirment le rôle majeur joué par l’herbier de posidonie dans les équilibres littoraux et mettent en exergue sa sensibilité aux pressions humaines et sa régression à proximité des grands centres urbains et industriels. Cet écosystème emblématique de la Méditerranée va devenir en quelques années l’objet de toutes les attentions et son suivi apparaît comme une priorité pour les acteurs du milieu marin.

Fruit d’une collaboration exemplaire entre les services de l’Etat (Cellules  Qualité des Eaux Littorales), la Région Provence  Alpes Côte d’Azur et les scientifiques, coordonné  par le GIS Posidonie, le premier Réseau de Surveillance Posidonies (RSP) est initié en 1984 avec le double objectif , (i) de surveiller à long terme l’évolution de l’état des herbiers de posidonies, et (ii) d’utiliser ces herbiers comme indicateur biologique de la qualité globale des eaux littorales. Dans un premier temps ce sont 24 sites qui sont ainsi surveillés le long de ce littoral, en limite supérieure (près de la côte) et inférieure (extension bathymétrique maximale), puis 33 quelques années plus tard. C’est ensuite en Corse, en 2004, que le GIS Posidonie  est chargé de mettre en place un réseau similaire dans 30 sites dans le cadre d’une collaboration avec l’Office de l’Environnement  de la  Corse ; ce réseau est renforcé en 2012 par la mise  en place de 8 nouveaux sites dans la Réserve Naturelle des Bouches de Bonifacio.

Le succès du RSP déborde  les frontières puisqu’il est étendu dès la fin des années 1980s en région Euro-Méditerranée (Espagne, Italie et Grèce) à travers le programme  COST 647, puis, dès 1995, dans l’ensemble du bassin méditerranéen grâce aux initiatives du Centre d’Activités Régionales pour les Aires Spécialement Protégées (CAR-ASP) et plus particulièrement depuis l’adoption du Plan d’Action pour la Conservation  de la Végétation Marine en Mer Méditerranée du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (Plan d’Action pour la Méditerranée) et la mise  en place d’un programme  spécifique  MEDPOSIDONIA (Algérie  , Tunisie, Libye  et Turquie). Le RSP est aujourd’hui utilisé, avec une certaine variabilité d’un pays à l’autre, dans douze pays méditerranéens et plus de 360 sites et bénéficie d’une approche  actualisée et standardisée (Fig. 1). Suivant l’exemple de la Méditerranée,  un nouveau réseau de suivi des herbiers de magnoliophytes  marines au niveau mondial,  le SeagrassNet  (Global  Seagrass Monitoring Network), voit le jour dans les années 2000s, il concerne  126 sites dans 33 pays, dont deux en Méditerranée.

Au-delà du RSP au sens strict, les méthodes développées et validées par les scientifiques sont aujourd’hui classiquement utilisées pour évaluer la vitalité de l’herbier de posidonie et l’utiliser comme un bio-indicateur particulièrement performant (e.g. Directive Cadre sur l’Eau, Directive Habitat  Faune Flore, suivi de l’impact des aménagements  littoraux, évaluation de la qualité écologique d’un site, etc.).

RSP_MediterraneeFig. 1 : Principaux Réseaux de Surveillance Posidonies mis en place en Méditerranée.

Une méthode éprouvée et régulièrement optimisée

Deux zones de l’herbier sont particulièrement prises en compte : la limite supérieure – qui correspond à la portion  d’herbier la plus proche de la côte – et la limite inférieure – qui correspond à l’extension bathymétrique maximale – car elles constituent en effet des secteurs particulièrement sensibles à toutes modifications du milieu. La surveillance de ces limites est réalisée de manière à disposer d’un repérage précis de leur position dans l’espace et dans le temps, et sont complétées par l’analyse de descripteurs de la vitalité de la plante.  Au début des années 2000s une troisième zone située à 15 m de profondeur est ajoutée afin de disposer d’une profondeur intermédiaire homogène sur tous les sites.

Le suivi des limites supérieures a bénéficié au cours de ces trente dernières années de progrès technologiques permettant de passer d’une interprétation manuelle à partir d’orthophotoplans en niveaux de gris à un traitement d’images couleur géoréférencées et leur intégration dans un système d’informations géographiques très précis.

Dans le même temps, les balisages mis en place en limite inférieure sont localisés de façon beaucoup plus précise (le GPS remplace les alignements remarquables) et la qualité des prises de vues sous-marines (caméras haute résolution) permet de disposer d’une image, verticale et horizontale, très précise et reproductible de l’ensemble de la limite (Fig. 2).

Enfin, la stratégie retenue dans la définition, la validation et l’interprétation des descripteurs de vitalité de l’herbier permet de disposer d’échelles d’évaluation de plus en plus précises et d’indices  synthétiques permettant  également d’évaluer  la qualité  de la masse d’eau dans laquelle les herbiers se développent.  Certains indices ne nécessitent plus le recours à des prélèvements et l’évaluation de la vitalité peut être réalisée in situ, sans aucun dommage pour la plante (espèce protégée).

RSP_Mosaique_PhotosFig. 2 : Assemblage de photographies verticales pour préciser la structure de la limite inférieure de l’herbier à Posidonia oceanica (Balises 1 à 2, îles Lavezzi – Corse).

Si la précision  des données  acquises  lors de la mise  en place du RSP ‘Corse’ est plus importante que celle du RSP ‘PACA’, la stratégie  reste la même  et les résultats peuvent être facilement comparés. En outre, ces évolutions s’accompagnent également par la mise au point de protocoles  standardisés simplifiés (au niveau technique et financier) pouvant être mis en œuvre dans l’ensemble des pays méditerranéens et permettant de disposer ainsi d’une base de données à l’échelle du bassin. Ainsi, à l’initiative du CAR/ASP quatre pays du Sud et de l’Est du bassin ont pu initier un RSP dans le cadre du programme  MEDPOSIDONIA (2006-2009). A l’heure où de nouvelle techniques,  souvent très onéreuses et moins précises, sont proposées aux gestionnaires, la méthode du RSP reste une valeur sure, validée par les parties contractantes à la Convention  de Barcelone pour suivre les herbiers de Méditerranée.

Les premiers enseignements du RSP

Les résultats enregistrés globalement à l’échelle de la Région PACA, sur une vingtaine d’années, sont contrastés. En effet, si de manière générale le nombre  de sites en régression en limite supérieure diminue de façon drastique (de  42% entre 1988-1990 à 8% entre 2000-2002),  il augmente légèrement en limite inférieure (de 50% à 67% au cours du même intervalle de temps) ; il est toutefois intéressant de noter que le pourcentage  de limites inférieures qui progressent reste stable pour l’ensemble de la période (33%). Une analyse plus détaillée des données met en évidence des différences notables entre secteurs, notamment en réponse aux modifications des conditions  de milieu.  Ainsi,  dans la  région  de Marseille,  suite  au détournement  de l’Huveaune et à la mise en service d’une station d’épuration, les limites inférieures progressent significativement (Marseille-Prado, Marseille-Cortiou), alors qu’à Golfe-Juan la construction  d’un nouveau port, en 1988, semble être à l’origine d’une régression régulière de cette limite. D’autre part, il est intéressant de noter que ce sont les limites inférieures les plus profondes  qui sont concernées par ces régressions.

Les autres réseaux de surveillance mis en place plus récemment par le GIS Posidonie  ou en collaboration avec lui, permettent  de disposer d’un état de référence précis (Figure 3). Leur suivi est d’ores et déjà programmé (2012-2013 pour le RSP Corse) ou en cours d’instruction (MEDPOSIDONIA, CAR/ASP). En effet, il faut garder à l’esprit que la mise en place d’un réseau de surveillance constitue la première étape et que seule la disponibilité de séries chronologiques longues constitue un outil irremplaçable pour suivre et comprendre l’évolution de l’herbier de posidonies et le milieu  dans lequel  il se développe.  Aussi,  la pérennisation  des RSP doit apparaître comme une priorité dans les futures actions à envisager d’autant plus qu’en termes de moyens, ce suivi est généralement moins lourd que la phase de mise en place. Loin de constituer une ‘économie’, l’interruption du suivi de ces réseaux de surveillance constituerait un gaspillage considérable à l’heure où les gestionnaires  et les politiques ont besoin d’informations de plus en plus précises sur l’état du milieu littoral (Directive Habitat Faune Flore, Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin de l’Union Européenne).

Enfin, depuis quelques années, plusieurs auteurs s’opposent à propos de la régression  des herbiers de posidonie et sur les conséquences  qui en découleraient au niveau du bassin Méditerranéen (perte des fonctionnalités des herbiers, impact sur le climat  – puits de carbone). Toutefois, l’ampleur et éventuellement la réalité même de ces régressions méritent une analyse critique car les valeurs annoncées  doivent  être considérées avec prudence au regard des connaissances  actuelles, encore très fragmentaires, sur la répartition  (présente  et surtout passée) de l’herbier de posidonie en Méditerranée. Dans cette optique, il apparaît indispensable de disposer d’états de références précis à l’échelle de l’ensemble du bassin et de leur suivi au cours du temps. Les RSP demeurent un outil particulièrement pertinent pour répondre à cette question.

RSP_BalisageFig. 3 : Balise mise en place le long de la limite inférieure de l’herbier à Posidonia oceanica des îles Kerkennah (Tunisie).

Auteurs : Gérard Pergent et Mary-Christine Bertrandy

Retrouvez cette article dans l’ouvrage du GIS Posidonie “Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin“.

The Posidonia oceanica seagrass meadow of the Mediterranean : legal protection and management.

All around the Mediterranean, the marine Phanerogam Posidonia oceanica forms vast underwater meadows between the surface and 30-40 m depth. These seagrass meadows play a major ecological and economic role : exceptional richness of flora and fauna, strong primary production, spawning ground and nursery for numerous species (in particular for fishes that have economic value), fixing of sediments and control of the profile of equilibrium of sandy shorelines. Posidonia oceanica, and the meadows it constructs, are protected by law in France (Arrêté of July 19, 1988, Décret of September 20, 1989), in Catalonia (Ordre of July 31, 1991) and in the Communidad Valenciana (Ordre of January 23, 1992). In addition, various international documents (European Union, Conference on Security and Cooperation in Europe, etc) make specific mention of the P. oceanica meadows. The regression of P. oceanica meadows has become generalised around much of the Mediterranean coastline. This regression is due to encroachment by coastal development installations (harbours, sea walls, etc), pollution, trawling and the pressure of anchoring in open berth moorings. In the Provence-Alpes-Côte d’Azur Région, the Réseau de Surveillance Posidonies (Posidonia Monitoring Network) has made possible detailed monitoring of the recent evolution of the meadow : in a few sites, regression seems to be abated. Nevertheless, for the Mediterranean as a whole, there are no proper measures to afford real protection of the P. oceanica meadow. Mooring and trawling continue in an uncontrolled fashion, the areas of meadow that are included in protected areas remain modest in size and development shemes continue to be carried out on the meadows. The setting up of antitrawl artificial reefs is proposed to avoid trawling in Posidonia beds. The development of transplanting technics in order to restore areas where the P. oceanica meadows have been reduced or destroyed by human activity is promising, provided that it is not used as a set-off against new deliberate destruction.

Posidonia_ramoge

Vincent Gravez et Charles-François Boudouresque

L’herbier à Posidonia oceanica

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

L’herbier à P. oceanica, grâce à la densité des feuilles (plusieurs milliers par m²), piège des quantités importantes de sédiment. Les rhizomes réagissent par une croissance verticale de quelques mm à quelques cm par an (BOUDOURESQUE et al., 1984) et édifient ainsi la “matte“, ensemble constitué par le lacis des rhizomes et des racines, très peu putrescibles, et par le sédiment qui colmate les interstices. La matte peut-être érodée par l’hydrodynamisme (intermattes). Au cours du temps, la matte s’élève lentement au dessus du niveau initial (1 m par siècle selon MOLINIER et PICARD, 1952), constituant des épaisseurs pouvant atteindre au moins 8 m. Lorsque, près de la côte et en mode calme, l’herbier à P. oceanica approche de la surface, l’extrémité de ses feuilles s’y étale ; on parle alors de récif-frangeant. Entre la zone d’émersion des feuilles et la côte, l’eau circule mal, s’échauffe en été, se dessale lors des orages, de telle sorte que les Posidonies y meurent tandis que la poursuite de la croissance en hauteur de l’herbier conduit, côté large, à l’émersion de nouvelles Posidonies : ainsi se constitue un récif-barrière séparé de la côte par un lagon (MOLINIER et PICARD, 1952 ; BOUDOURESQUE et MEINESZ, 1982), et dont il sera question plus particulièrement à propos des paysages menacés.

Distribution géographique

D’une façon générale, les herbiers ont la même répartition que la plante elle-même ; les plus vastes herbiers sont localisés :

en Espagne : aux Baléares et dans la région d’Alicante ;

en France : dans les rades de Giens et de Hyères et sur la côte orientale de Corse ;

en Italie : la région de Marsala (Sicile) ;

en Grèce : sur les côtes Ioniennes ;

en Turquie : dans la baie d’Edremit ;

en Tunisie et en Lybie du golfe de Gabès à la Petite Syrte.

Ecologie

Par l’importance de sa production primaire, par la richesse de sa flore, de sa faune, de ses épiphytes, par son rôle déterminant pour l’ensemble des équilibres biologiques et sédimentologiques du littoral, l’herbier de Posidonies est actuellement considéré comme l’écosystème pivot de la Méditerranée.

Menaces naturelles

Les herbiers superficiels sont durement attaqués par les vagues et la houle qui, malgré la relative résistance des mattes, arrachent de nombreux rhizomes et créent des intermattes et des chenaux (BLANC, 1958). Une partie des épaves ainsi constituées est détruite (rejet sur les plages, entraînement en profondeur par les courants, etc) ; une autre partie, très faible, constituera des boutures assurant l’essentiel de la propagation de l’espèce.

Menaces humaines

La modification des apports sédimentaires peut conduire à l’ensevelissement des points végétatifs, ou au contraire au déchaussement des rhizomes et à l’écroulement de l’herbier (BOUDOURESQUE et al., 1984 ; BOUDOURESQUE et JEUDY DE GRISSAC, 1986). D’une façon générale, les aménagements littoraux provoquent les deux phénomènes, selon que l’on se trouve en amont ou en aval de l’ouvrage par rapport au courant dominant ; l’aménagement des fleuves littoraux, et la rétention du sédiment en arrière des barrages, provoque le déficit en sédiment. L’aménagement du littoral (construction de ports, endigages) provoque la destruction de l’herbier par ensevelissement ou modification du milieu (MEINESZ et LEFEVRE, 1976 ; MEINESZ et al., 1981). La turbidité contribue à la remontée de la limite inférieure et l’eutrophisation entraîne une surcharge en épiphytes. Enfin, la pollution (rejet en mer d’effluents domestiques ou industriels non épurés) est considérée comme responsable de la régression des herbiers aux alentours des grands centres industriels et portuaires (PERES, 1984).

Les navires jetant leur ancre dans un herbier de posidonies ne le détruisent pas directement. Mais, en ouvrant des brèches dans la matte, ils initient la formation d’intermattes (sortes de marmites de géants creusées dans l’herbier).

Mesures de protection

La destruction d’un herbier de posidonies peut être considérée, à l’échelle humaine, comme irréversible : la recolonisation naturelle est très lente, et la réimplantation, bien que techniquement possible par endroits (CINELLI, 1980 ; COOPER, 1982), n’est également qu’une solution à long terme (BOUDOURESQUE et MEINESZ, 1982). La destruction des herbiers doit donc absolument être évitée : les aménagements (ports, plages alvéolaires, endigages) sont donc à proscrire dans les zones d’herbiers (MEINESZ et LEFEVRE, 1978), de même que les rejets d’effluents ; les mouillages forains devraient être réglementés afin de respecter les capacités d’accueil de l’herbier.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

L’herbier tigré à Posidonia oceanica

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

L’herbier tigré de Posidonie a été nommé par analogie avec la brousse tigrée de l’Afrique sahélienne (BOUDOURESQUE et BEN MAIZ, inédit). Ce type d’herbier se développe entre 0.5 et 3 m de profondeur ; il se présente, en vue aérienne, comme des rubans assez étroits, larges de 0.9 à 1.7 m (moyenne 1.3 m), longs de plusieurs dizaines de mètres, de forme rectiligne ou sinueuse, rarement ramifiés. Ces rubans sont séparés par des étendues de matte morte colonisées par une pelouse mixte à Cymodocea nodosa (Ucria) Ascherson et à Caulerpa prolifera (Forsskål) Lamouroux.

En coupe, ces rubans sont asymétriques, avec un petit tombant de matte d’un côté et une pente douce de l’autre. Du côté en pente douce, des rhizomes plagiotropes colonisent les mattes mortes, en donnant naissance à des rhizomes orthotropes-fils dont la longueur augmente au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’apex plagiotrope. De l’autre coté, le petit tombant correspond à une zone d’érosion et de démantellement du ruban. Ces rubans sont des structures dynamiques, se déplaçant parallèlement à eux-mêmes. La lépidochronologie permet d’estimer cette vitesse à 10-15 cm/an. Il semble que le déplacement des rubans se fasse en sens inverse de celui des courants dominants.

Un type d’herbier voisin de l’herbier tigré est le micro-atoll de Posidonies (CIRIK, inédit). Il se développe entre 0.5 et 2.5 m de profondeur, se présente en vue aérienne comme un micro-atoll de 3 à 6 m de diamètre. A la périphérie de celui-ci se trouve un cercle de Posidonies large de 0.5 à 2 m. Des rhizomes plagiotropes se développent de façon centrifuge, à la périphérie du microatoll, qui s’accroît donc, tandis que les faisceaux de posidonies meurent du côté interne du cercle. Ces atolls sont séparés par des étendues colonisées par une pelouse mixte à Cymodocea nodosa, Stypocaulon scoparium (Linnaeus) Kützing, Padina pavonica (Linnaeus) Thivy, et Cystoseira ercegovicii. A l’intérieur de l’atoll, Padina pavonica est abondant parmi les Cymodocea nodosa et les Stypocolon scoparium.

Distribution géographique

L’herbier tigré est surtout développé dans le golfe de Gabès, en Tunisie, principalement autour des îles de Kerkennah (BLANPIED et al., 1979 ; BOUDOURESQUE et BEN MAIZ, inédit). Sous une forme moins typique, il se rencontre également en France (Corse) et en Italie (Sicile). Quant aux micro-atolls, ils ont été observés dans le golfe d’Izmir, près d’Urla Iskelesi (CIRIK, inédit) et à Marsala, Sicile (CALVO et FRADA-ORESTANO, 1984).

Menaces

L’herbier tigré apparaît, en l’état actuel des connaissances, comme extrêmement localisé. La pollution dans le golfe de Gabès, provenant surtout des zones industrielles des régions de Sfax et de Gabès, et quelques aménagements ponctuels, sont donc susceptibles de causer la disparition de ce type d’herbier tout à fait remarquable, alors même que les conditions de sa formation et de son maintien restent mal connues.

La formation de micro-atolls a été observée, en Turquie, dans une zone qui subit un aménagement littoral important avec parfois des rejets pollués. L’herbier de Posidonie étant en régression dans cette région, ce paysage y est donc menacé.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Le récif barrière à Posidonia oceanica

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

Les modalités de l’édification d’un récif-barrière à Posidonia oceanica ont été envisagées plus haut, dans le chapitre consacré à l’herbier à Posidonia oceanica. Un récif-barrière est bordé, côté côte, par un lagon, généralement occupé par Cymodocea nodosa et Zostera noltii ; côté large, il se prolonge normalement par un herbier en pente douce. Au printemps et en été, lorsque la longueur des feuilles est maximale, celles-ci s’étalent à la surface, matérialisant l’extension du récif-barrière.

Distribution géographique

En Espagne  : des récifs-barrières ont été signalés au sud de Port-Bou (MOLINIER et PICARD, 1956), à El Pilar de la Horadada (Alicante), à Estany des Peix (île de Formentera, Baléares) (GARRETA et RIBERA, com. pers.). A l’île de Tabarca (Santa Pola, Alicante, Espagne), le récif n’est pas très typique puisqu’en réalité, il est constitué de prairies localisées dans des endroits protégés de l’hydrodynamisme où les feuilles viennent à la surface BOISSET, (com. verb.).

En France  : quatre récifs-barrières subsistent, si l’on s’en tient aux données de la littérature (BOUDOURESQUE et al., 1985) : Baie de Port-Cros (Var), Baie du Brusc (Var), Sainte-Marguerite (Iles de Lérins, Alpes-Maritimes), San-Fiurenzu (= Saint-Florent, Haute Corse). Il convient d’y ajouter quelques petits récifs-barrières, brièvement mentionnés dans la littérature sans description précise : Avant-port de Centuri (Haute Corse) (MOLINIER, 1960), Marina di Malfaco (Agriates, Haute Corse) : ce dernier est très dégradé (CASTA, 1981), baie de Saint-Tropez.

En Italie  : à Portofino (ISSEL, 1918) et à Marsala en Sicile (CALVO et FRADA- ORESTANO, 1984).

En Algérie  : à El Kala (marge située vers l’entrée du chenal menant au Lac Mellah) ; dans l’anse de Kouali, près de Tipaza (MOLINIER et PICARD, 1953b ; LE GALL, 1969) ; il existe également de petits récifs entre Bou-Ismail (anciennement Castiglione) et Sidi-Ferruch (MOLINIER et PICARD, 1953b).

En Tunisie  : à La Marsa dans le golfe de Tunis (MOLINIER et PICARD, 1954).

En Egypte  : Abu-Qir, à l’Est d’Alexandrie (ALEEM, 1955).

Menaces

Il y a quelques milliers d’années, des récifs-barrières à P. oceanica ont dû exister dans un grand nombre de baies abritées du Nord de la Méditerranée ; mais celles-ci ont également intéressé les hommes…

Les récifs-barrières ont donc payé un lourd tribut à l’aménagement des ports, depuis les temps les plus anciens ; nous ne saurons sans doute jamais s’il en a existé (ce qui est probable) dans le Lacydon (Vieux-Port de Marseille), à Port-Vendre, Gênes, ou Calvi (BOUDOURESQUE et al., 1985). BOURCIER et al. (1979) émettent l’hypothèse que des récifs-barrières ont existé autrefois dans les baies de la Seyne et du Lazaret (rade de Toulon). Le récif-barrière le plus récemment disparu (PERES et PICARD, 1963) est, en France, celui de Bandol (étudié par MOLINIER et PICARD, 1952 et par LEDOYER, 1962) : il se trouvait sous l’emplacement actuel du terre-plein du Casino. Dans la rade de Toulon, le récif-barrière des Vignettes a été récemment partiellement détruit (ASTIER, 1975).

En ce qui concerne le récif-barrière de la baie de Port-Cros (Var, France), situé dans un Parc National depuis 1963, il pourrait être considéré comme protégé ; en fait, il a été montré, en fonction de documents photographiques anciens, puis d’observations effectuées depuis 1952, que ce récif n’a cessé de se dégrader (AUGIER et BOUDOURESQUE, 1970 ; BOUDOURESQUE et al., 1975, 1980) : la pollution de la baie surtout et peut-être sa surfréquentation par les plaisanciers en sont responsables ; plus de 200 bateaux ont été dénombrés dans la baie en une seule journée d’Août ; outre la pollution engendrée par ce véritable village flottant, de nombreux plaisanciers surestiment la profondeur et viennent s’échouer sur le récif-barrière, d’autres y sont poussés par le vent à la suite d’une erreur de manoeuvre ou en raison d’un mauvais mouillage : pour se dégager, ils contribuent à détruire ou à éroder le récif (AUGIER et BOUDOURESQUE, 1970). Depuis 1981, une ligne de bouées protège la baignade dans le fond de la baie de Port-Cros, et par la même occasion le récif-barrière contre l’érosion par les bateaux de plaisance. En fin de compte, il n’est pas sûr qu’il ne soit pas trop tard ; ce qui reste du récif-barrière de Port-Cros est peut-être, malheureusement condamné (BOUDOURESQUE et al., 1975) : sa situation dans une petite baie occupée par un port consacré en grande partie au mouillage rend peut-être vaine toute tentative de protection.

En Espagne, un récif-barrière dégradé existe à l’Escala (Costa Brava,). Une régression a été constatée également à : Moraira (Alicante), à Playa Lisa (Santa Paula, Alicante), où la destruction du récif-barrière résulte des travaux de “régénération de la plage” effectués par le MOPU (ministère des travaux publiques) qui ont entraînés colmatage et envasement. Ont également disparus : les récifs de La Escala, dans la région d’Alicante et ceux de Torredembarra, dans la région de Tarragona (BALLESTEROS, obs. inéd.).

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Importance des herbiers

Parmi les écosystèmes marins, l’herbier de posidonie est l’écosystème emblématique de la Méditerranée. Posidonia oceanica est à la fois espèce-clé et ingénieur d’écosystèmes marins et l’herbier joue un rôle écologique et économique majeur en Méditerranée, qui n’est probablement égalé par aucun autre écosystème marin, hormis les récifs coralliens : production d’oxygène, production de biomasse végétale dont une partie est exportée vers d’autres milieux et écosystèmes, production de biomasse animale. Cette formidable production a pour effet d’attirer et de concentrer une faune variée, souvent d’intérêt économique pour la zone littorale concernée. Les herbiers constituent également une protection hydrodynamique, sans équivalent, de la frange côtière.
La reconnaissance de l’importance des herbiers s’est traduite au plan réglementaire par l’instauration d’un statut de protection des magnoliophytes marines P. oceanica, Cymodocea nodosa, Zostera noltii et Z. marina. Ces espèces sont protégées par la loi en France et dans plusieurs autres pays.

Posidonie : réimplantations et transplantations

Diverses techniques de réimplantation de Posidonia oceanica ont été mises au point (COOPER, 1976, 1979, 1982 ; CINELLI, 1980 ; GIACCONE et CALVO, 1980 ; MEINESZ et al., 1990, 1992 ; MOLENAAR, 1992 ; MOLENAAR et MEINESZ, 1992 ; MOLENAAR et al., 1993 ; GENOT et al., 1994). Des sites de réimplantations, généralement expérimentaux, totalisant plus de 150 000 boutures, existent en particulier à Marseille, Giens, Cannes, Golfe-Juan, Nice (France continentale), Monaco et Galeria (Corse). La mise au point des techniques de réimplantation apparaît comme une nécessité : la régénération naturelle des herbiers étant très lente (MEINESZ et LEFEVRE, 1984), il pourrait s’avérer nécessaire, dans les secteurs où la régression a été considérable (Genova, Marseille, par exemple) d’accélérer la régénération naturelle par des réimplantations. Naturellement, il conviendrait de s’assurer au préalable que les causes de la régression de l’herbier ont cessé d’agir : les contraintes propres au milieu marin rendent en effet ces réimplantations relativement coûteuses, et il ne serait pas cohérent d’essayer de régénérer quelques hectares d’herbier (en 10 à 50 ans) dans un secteur ou plusieurs hectares d’herbier disparaissent chaque année du fait des activités humaines. Au total, les réimplantations doivent s’intégrer à une stratégie globale de gestion des herbiers prenant en compte les éléments suivants : (1) Surface totale des herbiers existants ; (2) surfaces perdues chaque année du fait de la régression et causes de cette régression ; (3) surfaces gagnées chaque année du fait de la régénération naturelle (si elle existe) ; (4) surfaces que l’on peut espérer gagner par réimplantation, avec un échéancier à 10, 20 et 50 ans ; (5) coût des réimplantations, et comparaison des effets d’un investissement identique alternatif dans la maîtrise des causes de la régression (épuration des eaux, mise en place de récifs anti-chaluts, équipement des mouillages forains, création d’espaces protégés, etc.).

Il existe malheureusement un risque sérieux que la possibilité technique de réimplanter soit détournée de ses objectifs pour servir d’alibi à de nouvelles destructions. Dans plusieurs secteurs, il semble que l’on ait planté pour planter, sans aucune stratégie d’ensemble, au gré de sollicitations liées au désir de se refaire une ‘virginité écologique’. On a planté dans des secteurs où P. oceanica n’existe pas naturellement, et semble ne jamais avoir existé : quelle justification y a-t-il à vouloir tenter de remplacer un fond de sable infralittoral (qui n’a rien d’un désert biologique, ce que certains élus ne savent pas) par quelques touffes de P. oceanica ? On a planté dans des zones où la régression de l’herbier se poursuit rapidement. A Cannes, une partie des réimplantations ont été effectuées dans un herbier stable et ancien à Cymodocea nodosa, autre phanérogame marine également protégée par la loi (arrêté du 19 Juillet 1988). Détruire une espèce protégée pour la remplacer par une autre espèce protégée ne constitue pas, à l’évidence, une stratégie bien cohérente. Plus grave, des réimplantations de P. oceanica ont été proposées comme mesure compensatoire dans le cadre de projets de construction ou d’agrandissement de ports de plaisance. C’est le cas par exemple du projet d’agrandissement du port de Sanary-sur-Mer : en compensation de la destruction (certaine) d’une importante surface d’herbier, il était prévu de planter quelques milliers de boutures dans une zone où rien n’indiquait que des herbiers aient existé dans le passé, ni que P. oceanica soit capable de s’y maintenir, en vue de la reconstitution (éventuelle ; dans un futur indéterminé) d’un herbier. La délibération du Conseil municipal de Sanary-sur-Mer du 6 Août 1992 approuvant ce projet a été ultérieurement annulée par le Tribunal Administratif de Nice (jugement du 3 Décembre 1992).

Du fait de la protection légale de Posidonia oceanica, les opérations de réimplantation, qui impliquent la récolte et le transport de boutures, nécessitent la demande d’une autorisation au Ministère de l’Environnement (CREBASSA, 1992). Jusqu’en 1992, ce dernier a délivré des autorisations permanentes (qui devaient toutefois être validées chaque année) ; ces autorisations ne précisaient pas les dates, quantités concernées et localités. Face à la dérive constatée en matière de réimplantations, le Ministère de l’Environnement (sur avis du Conseil National de Protection de la Nature) a décidé en 1993 de ne plus accorder d’autorisations permanentes. Cependant, des dérogations ponctuelles (avec indication de date, quantité et localité) ont été accordées en 1993 (100 boutures dans le “posidonium” de la baie de La Palud, à Port-Cros, et 1000 boutures à Golfe Juan) et en 1994.

Afin d’éviter que les techniques de réimplantation de Posidonia oceanica ne servent d’alibi à la poursuite de la destruction des herbiers existant, il conviendrait de mettre au point un code de bonne conduite. Les bases de ce code pourraient être les suivantes. (1) Le site précis (et le biotope) de réintroduction ont été autrefois occupés par P. oceanica ; la présence de mattes mortes (enfouies ou non sous le sédiment), ou des cartes anciennes, doivent en témoigner. La réimplantation dans des biotopes qui n’ont pas été occupés autrefois par P. oceanica ne peut être envisagée que si une étude démontre que les conditions du milieu ont été profondément modifiées par un aménagement littoral (réalisé plus de 10 ans auparavant) et sont devenues favorables à P. oceanica; (2) Les causes de la disparition de P. oceanica (pollution, chalutages, ancrages, etc) doivent avoir cessé d’agir ; on doit donc démontrer que les herbiers ou les touffes isolées les plus proches du site ont amorcé un processus de re-colonisation naturelle. (3) La réimplantation ne doit pas se faire à proximité d’herbiers très étendus ; en effet, il n’y a pas lieu de planter pour planter ; il est inutile d’ajouter quelques dizaines ou centaines de m² (0.001 à 0.01 ha) à un herbier de plusieurs centaines ou milliers d’hectares. (4) La réimplantation ne peut se faire en compensation de la destruction d’un herbier ; pour éviter cette dérive, aucune réimplantation ne devrait avoir lieu dans un rayon de 10 km autour d’une destruction délibérée (dans le cadre d’un aménagement littoral), pendant une période de 10 ans ; des dispositions similaires existent en milieu continental, où les zones incendiées sont déclarées inconstructibles. (5) La réimplantation sur le site même d’une destruction provisoire devrait toutefois être autorisée ; c’est le cas de la fermeture d’une tranchée ouverte à l’occasion de fouilles archéologiques, ou de l’ensouillage d’une canalisation. (6) A l’exception du cas particulier qui précède (point 5), toute réimplantation doit être précédée par une réimplantation expérimentale : elle portera sur 200 à 500 boutures (avec éventuellement la comparaison de plusieurs méthodes) ; un suivi scientifique, pendant trois ans, devra démontrer le succès de l’expérience pour que puisse être envisagé une opération de réimplantation à plus grande échelle. (7) Le prélèvement des boutures destinées à la réimplantation ne devrait pas mettre en péril les herbiers existants ; les boutures ne seront prélevées dans un herbier qu’après étude de la dynamique de ramification des rhizomes (production naturelle de nouveaux faisceaux), permettant de déterminer le nombre maximal de boutures susceptibles d’être prélevées par an et par m². L’utilisation de boutures-épaves, théoriquement intéressante, devrait être évitée en raison du caractère irrégulier et imprévisible du succès. (8) Les réimplantations devront s’insérer dans une stratégie globale de gestion des herbiers (voir plus haut).

Charles François BOUDOURESQUE, Vincent GRAVEZ, Alexandre MEINESZ, Heike MOLENAAR, Gérard PERGENT et Pierre VITIELLO