NAUCRATES : les suivis ont démarré

Après la phase de prototypage de l’hiver dernier, nous avons récemment déployé les dispositifs NAUCRATES sur les bouées des deux réserves du Parc Marin de la Côte Bleue

Au cours de leurs premières plongées, le GIS Posidonie et le MIO ont relevé la présence des premiers occupants, famille des Centrolophidae (espèces caractéristiques des objets flottants).

Les suivis (en plongée et vidéo) sont réalisés sur l’ensemble des bouées a minima une fois par mois pendant une année. Ils visant notamment à évaluer la plus-value écologique des dispositifs NAUCRATES.

A suivre…

 

Etude de la fonctionnalité de nurserie de l’étang de Berre et évaluation d’un besoin de restauration écologique – JUVABERRE

L’industrialisation du pourtour de l’étang de Berre (Bouches du Rhône, France) au cours du XXème siècle a conduit à une profonde modification de cet écosystème lagunaire. Une des principales modifications observées a été la régression extrêmement importante des herbiers à magnoliophytes (zostères) présents dans l’étang. Ces herbiers occupaient 8000 ha en 1916, il n’y en avait plus que 1.2 ha en 2009. En 1994, puis en 2004, dans le cadre du plan Barnier, une régulation des rejets d’eaux douces de la station hydro-électrique de Saint-Chamas a été mise en place. Cette mesure a eu pour effet d’en limiter les impacts sur les différents habitats de l’étang. Entre 2009 et 2010, le projet ICHTYOBERRE (inventaire par pêches scientifiques) a permis de montrer que le peuplement en poissons est principalement dominé par des espèces sédentaires, dont des juvéniles d’espèces dont le cycle de vie s’accomplit partiellement en milieu lagunaire (anguilles, loups, dorades, muges). Ces dernières années de nombreux juvéniles ont été observés dans l’étang de Berre.

Ces observations ont inspiré le montage du programme JUVABERRE. Ce programme a pour objectif de réaliser des recensements de juvéniles dans les différentes catégories d’habitats présentes dans les petits fonds du pourtour de l’étang de Berre. Des recensements seront également faits sur des habitats artificiels en acier et en bois utilisés en tant qu’unités d’observation standardisée dans différentes lagunes méditerranéennes. Il s’articule autour de 3 axes de travail :

  • Evaluer la présence de juvéniles dans les différents habitats d’un point de vue qualitatif et quantitatif;
  • Comparer ces résultats et la qualité de nurserie de l’étang de Berre par rapport à d’autres lagunes méditerranéennes;
  • Proposer une stratégie d’optimisation de la fonctionnalité de nurserie de l’étang.

Les résultats de ce projet permettront d’apporter des éléments de compréhension quant au potentiel de l’étang de Berre à contribuer au maintien et au renouvellement des peuplements de poissons côtiers. L’évaluation de cette fonction de nurserie apparaît également comme étant un bon moyen d’évaluer l’état global du milieu ainsi que sa réhabilitation.

Ce projet qui a démarré au printemps 2018, se terminera à la fin de l’année 2019.

Adrien Lyonnet

Génie écologique côtier : début du projet pilote NAUCRATES

On dénombre plus de soixante-dix bouées délimitant les aires marines protégée
le long de la façade méditerranéenne française.
Peuvent-elles constituer un habitat propice à l’installation de poissons comme le sont les objets flottants dérivants ?

Quelles espèces de poissons peut-on observer sous ces bouées de balisage ?

Peut-on développer leur potentiel écologique ?

 Pour répondre à ces questions, le GIS Posidonie, SUEZ Consulting, le Parc Marin de la Côte Bleue et l’Institut Méditerranéen d’Océanologie, avec le soutien de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, lancent NAUCRATES, projet pilote de valorisation écologique des balisages d’aires marines protégées.

L’expérimentation, d’une durée d’un an et demi, aura lieu au sein du
Parc Marin de la Côte Bleue (Bouches-du-Rhône)

Au-delà de l’objectif opérationnel de développement d’une solution
de valorisation écologique, NAUCRATES a pour ambition d’apporter de
nouvelles connaissances scientifiques sur les peuplements
de poissons associés aux objets flottants.

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Fish assemblages of the Prado bay reefs: high volumes and complexity are keys of efficiency

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Poster présenté au congrès COAST 2017 et 17ème symposium franco-japonais d’océanologie (7-10 novembre 2017, Bordeaux). Ce congrès était dédié à l’évolution systémique et de la biodiversité des écosystèmes marins côtiers sous la pression du changement climatique et des facteurs naturels et anthropiques.

http://colloquebordeaux2017.socfjp.com

10ème CARAH – Turquie, 23-27 sept. 2013

Du 23 au 27 septembre 2013 s’est tenu le 10ème CARAH (International Conference on Artificial Reefs and related Aquatic Habitats) à Izmir en Turquie, organisé par Ege Üniversitesi.  Au cours de ces 5 jours, des chercheurs de 24 nations différentes ont présenté et échangé sur leurs travaux de recherches et leurs expériences. Des thématiques très variées ont été abordées comme l’écologie, la biologie, l’éthologie des espèces, les techniques de suivis acoustiques, la complexité des habitats et des designs, la gestion ou encore la perception socio-économique.

A cette occasion l’équipe du GIS Posidonie a présenté ses premiers résultats concernant l’étude et le suivi de la colonisation des récifs artificiels du Prado (Marseille) par les peuplements ichtyologiques et benthiques. Deux communications orales ont été présentées.

 

How to enhance coastal sparids biomass? Patterns and kinetic of colonization by fish from a seasonal monitoring of 6 reef types in Marseilles Prado reef area (France).

Le Diréach L., Astruch P., Bonhomme D., Bonhomme P., Rouanet E., S. Ruitton & J.G. Harmelin

 The deployment of 27 300 m3 in the Prado bay, Marseilles aimed to support the artisanal coastal fishery by restoring habitats in place of Posidonia beds that were previously destroyed. The reef deployment relied on diverse arrangements of 6 original reef types, different in size, shape, volume and materials, in order to copy the most productive natural benthic habitats. The horizontal spacing of reefs was designed in “villages” linked together by several reefs placed as functional connections. A seasonal survey of fish by 6 replicated census (number, size) on the 6 types of reefs spread in the 6 villages, started a few months after the end of deployment. This four years monitoring tells us that density, biomass, species richness, pattern and speed colonization kinetic are significantly different between the 6 reef types and present contrasting effects between species. The highest the height and the volume of the reef are, the highest the specific richness is. Seasonal variations are lower on these types of reefs. Smaller reef types present very good ratios of density and biomass per volume, but a high seasonal variability. The first phase of colonization characterized by a steep slope lasted no more than 1 year. Now the slope is still increasing but lower. The composition of fish assemblages varies among reef types according to their position in the Prado reef field. The design of the reefs succeeds in favouring coastal rocky fishing target species (sparids). The piles of quarried blocks (replicating natural rocky boulders) are one of the most efficient reef type in species richness, density and biomass. Sparids (major target species) benefited particularly from the design of these artificial reefs.

Keywords: fish monitoring, season, biomass, reef design.

 

The benthic sessile colonization can reveals the importance of seasonal patterns and artificial reef designs: the case of Prado reef area (Marseilles, France).

Rouanet E., Bonhomme P., Antonioli A., Astruch P., Bonhomme D., Fourt M., Le Direach L.

The colonization by benthic sessile communities of 5 of the 6 design types of the Prado artificial reefs (AR) in Marseilles has been seasonally monitored from summer 2009 through autumn 2012 at 30 m depth. Permanent 25 cm x 25 cm quadrats of the concrete, steel and quarry rock surfaces have been set up on 16 units among the 400 artificial reefs (27 300 m3). A total of 200 photos from each sampling seasons (12) were analyzed by an indirect visual estimation method to assess species richness and sessile taxa cover (percentage). This method doesn’t allow an exhaustive determination at species level, only photos identifiable species are taken into account otherwise the higher taxa is noticed. This high frequency temporal monitoring has revealed a rapid colonization (25 taxa 6 month after immersion and 57 taxa 3 years later) from pioneer taxa (serpulids, turf) to secondary taxa (calcareous algae, sponges, bryozoans, scleractinians, etc.). The taxa that were observed on hidden AR walls during the first seasons (e.g. Halocynthia papillosa) colonized exposed walls 3 years later. Seasonal patterns were evidenced with maximum peak diversity in spring. This monitoring indicates the importance of design of reefs for sessile benthic colonization. 3 groups of reef types are brought out (i) the photophilous quarry rocks related to sublittoral rocks, (ii) the chicanes compared to overhangs and semi-dark caves, (iii) fakir reef, metal baskets and cube piles constituted heterogeneous structures with both sciaphilous and photophilous habitats.

Keywords: benthic sessile monitoring, season, reef design, permanent photo-quadrats.

Participants

Participation au colloque euroméditerranéen sur les récifs artificiels (Marseille, 2013)

Récifs artificiels colloques Marseille Février 2013

Du 5 au 8 février 2013, la Ville de Marseille a organisé un colloque euroméditerranéen sur les récifs artificiels au Palais du Pharo à Marseille. A cette occasion le GIS Posidonie disposait d’un stand et a présenté une communication orale et plusieurs posters.

1 – Les récifs du Prado à Marseille après 4 ans d’immersion : bilan de colonisation de 6 types de récifs par les poissons

Laurence Le Diréach, Patrick Astruch, Elodie Rouanet, Patrick Bonhomme, Denis Bonhomme

2 – Benthic organisms : a tool to understanding the colonization of artificial reefs (poster)

Elodie Rouanet, Patrick Astruch, Patrick Bonhomme, Denis Bonhomme, Maïa Fourt, Adrien Goujard, Arthur Antonioli, Laurence Le Diréach, Marc Verlaque

3 – Artificial reefs in Marseilles (France): from complex natural habitats to concept of efficient artificial reef design (poster)

Eric Charbonnel, Jean-Georges Harmelin, François Carnus, Laurence Le Diréach, Sandrine Ruitton, Jean Beurois, Emilia Medioni

4 – De la recherche à l’innovation en ingénierie environnementale côtière : exemple des petits ports en Méditerranée (poster)

David de Monbrison, Nicolas Fraysse (BRLi, www.brl.fr ); Laurence le Diréach, Patrich Astruch, Loic Guilloux (GIS Posidonie-Pythéas), Sandrine Ruitton (Pythéas), Michel Cantou Université Montpellier 2)

5 – Dispositif d’habitat artificiel modulaire et évolutif simple et opérationnel pour les ports de plaisance (poster)

BRL Ingénierie & GIS Posidonie

Les aménagements côtiers : de bons récifs artificiels ? Cas des zones portuaires de la région marseillaise

Les résultats de différents suivis de la biodiversité portant sur des aménagements portuaires (digues, quais, pontons ou enrochements) de la baie de Marseille démontrent leur efficacité environnementale (programme ECONAUT – Fondation Total et le programme GIREL – Agence de l’Eau pour GPMM). Non conçus au départ pour prendre en compte les aspects environnementaux, ces aménagements s’avèrent pourtant être de nouveaux supports pour l’installation d’un peuplement benthique animal et végétal favorable au recrutement et au développement de stades juvéniles de nombreuses espèces de poissons côtiers. Ces ouvrages fournissent également un habitat fréquenté par une forte densité de poissons adultes, dont de nombreuses espèces d’intérêt halieutique. La structure architecturale des linéaires, les volumes aménagés, leur localisation en fonction des courants, de la profondeur et des différents habitats naturels en font d’excellents récifs artificiels. Les digues constituées d’enrochements qui ont certes remplacé des habitats naturels, pourraient remplir, depuis longtemps, un rôle fonctionnel indéniable pour les peuplements de poissons côtiers locaux. Cependant, l’impact sur les peuplements de poissons des polluants présents dans les eaux et les sédiments de ces environnements portuaires n’a pas encore été mesuré.

Mots clé : digues, ports, enrochements, biodiversité, densité, biomasse, juvéniles, adultes, poissons, invertébrés, recrutement

Cet article a fait l’objet d’une communication au colloque euroméditerranéen sur les récifs artificiels, organisé par la Ville de Marseille, du 5 au 8 février 2013 à Marseille, sous le titre :

Les aménagements côtiers : de bons récifs artificiels ? Cas des zones portuaires de la région marseillaise

Auteurs : Laurence Le Diréach, Patrick Astruch, Sandrine Ruitton, Elodie Rouanet, Loïc Guilloux

Pourquoi suivre la colonisation des récifs artificiels par les organismes benthiques ?

La colonisation des récifs artificiels par les organismes benthiques participe activement au processus de complexification structurale des nouveaux habitats qu’offrent les récifs. La compréhension de la mise en place de la chaîne trophique au niveau de ces modules passe par une analyse ciblée du compartiment benthique. La diversité des communautés benthiques récifales optimise la reproduction, le recrutement et l’alimentation des poissons et grands invertébrés vagiles (crustacés et céphalopodes), contribuant ainsi au bon fonctionnement du peuplement du récif. A l’exubérance du développement des espèces pionnières a succédé une complexification de la composition spécifique du peuplement avec un processus de compétition pour l’espace. Depuis l’été 2009, le suivi des peuplements benthiques des récifs artificiels de la baie du Prado montre une colonisation progressive et une maturation des assemblages d’espèces.

Les récifs du Prado : déjà 4 ans de suivi après immersion sur 6 catégories de modules

Les récifs artificiels de la baie du Prado ont été créés en vue d’une valorisation et de la conservation du milieu littoral marseillais. Ce projet entrait dans une stratégie globale de gestion concertée du milieu littoral en complémentarité avec la création d’une aire marine protégée dans les calanques de Marseille. L’objectif des aménagements visait donc à la fois une réhabilitation et une valorisation de milieux naturels dégradés, ainsi que le maintien, voire le développement de la pêche artisanale aux petits métiers. L’objectif était d’immerger des habitats artificiels sur des fonds meubles pour en augmenter la productivité et la diversité biologique, en apportant des abris nécessaires à la fixation de nombreuses espèces. Les récifs prévus pour l’opération Prado ont donc été de type enrochements au départ pour les zones superficielles et différents aménagements à partir de modules en béton pour les zones profondes. Ces récifs de production visaient une augmentation des ressources et une diversification des espèces, liée à un apport en habitats de type rocheux sur des fonds plats de matte morte et sablo-vaseux. Après 4 années de suivi saisonnier, un bilan comparatif est fait sur les résultats de la colonisation par les peuplements de poissons et d’invertébrés des 6 types de modules immergés, et mis en regard des objectifs initiaux et du choix des modules.

Mots clé : récifs artificiels, types de modules, poissons, invertébrés, richesse spécifique, densité, biomasse, espèces cibles

Cet article a fait l’objet d’une communication au colloque euroméditerranéen sur les récifs artificiels, organisé par la Ville de Marseille, du 5 au 8 février 2013 à Marseille, sous le titre :

Les récifs du Prado : bilan comparatif de la colonisation des 6 catégories de modules après 4 ans d’immersion

Laurence Le Diréach

Les récifs artificiels et le GIS Posidonie : de l’observation des poissons à la conception du plus grand récif de Méditerranée

Les récifs artificiels font beaucoup parler, il y a sans doute ce fantasme de vouloir ‘recréer’ la nature, de jouer avec des Lego® géants pour imaginer et construire des maisons à poissons. C’est pourtant une vieille idée, puisque dès 1897 Antoine-Fortuné Marion, le fondateur de la célèbre Station Marine d’Endoume à Marseille, proposait d’immerger des enrochements « pour y jouer le rôle de collecteurs, augmentant la faune et la flore par des surfaces nouvelles de fixation, pour y servir d’abri à des espèces comestibles…». Un visionnaire pour l’époque, car il aura fallu attendre 110 ans pour que, le 25 octobre 2007, les premières pierres de l’édifice soient enfin posées dans la baie du Prado, pour le chantier du plus grand récif de Méditerranée.

Des récifs artificiels, pour quoi faire ?

Face aux pressions constantes exercées par les activités humaines sur le littoral et aux dégradations de l’environnement marin et de ses ressources, les récifs artificiels représentent un des outils de gestion de la bande côtière et des ressources littorales les plus performants, après la mise en place d’aires marines protégées. Un récif artificiel peut se définir comme une structure immergée volontairement dans le but de créer, protéger ou restaurer un écosystème. Les récifs, qui imitent les caractéristiques des zones rocheuses naturelles, peuvent induire chez les animaux des réponses d’attraction, de
concentration, de protection et de production, avec une augmentation de la biomasse, du nombre d’espèces et de la reproduction de certaines espèces. Ils fonctionnent à la manière de mini-réserves, avec un ‘effet refuge’ observé, mais souvent amplifié car les récifs peuvent être plus performants que les habitats naturels, quand ils offrent une grande diversité d’habitats anfractueux. Les aménagements en récifs artificiels répondent autant à un objectif environnemental que socio-économique, avec un soutien attendu à la pêche artisanale. Bien souvent, ce sont d’ailleurs les pêcheurs professionnels, qui sont à l’initiative des projets. On distingue généralement trois grandes catégories de récifs artificiels :

(i) les récifs de ‘production’, véritables ‘maisons à poissons’, créateurs de biodiversité et de biomasse. Ces récifs visent un accroissement des ressources en vue d’une exploitation par la pêche ;

(ii) les récifs de ‘protection’. Différents types de structures ont été imaginés pour réduire les nuisances liées au chalutage illégal dans la bande côtière des 3 milles nautiques (5 556 m). Le principe de base est de constituer des obstacles physiques aux chaluts, par une action mécanique d’accroche, en disposant les modules un à un en ligne, afin d’occuper le maximum d’espace et de former une véritable barrière contre les chalutiers ;

(iii) les récifs ‘paysagers’, ayant un objectif plus récréatif et ludique pour la plongée sous-marine, tels que les ‘jardins d’épaves’. Ce type de récifs, encore en gestation, est certainement amené à se développer dans les années à venir sur le littoral, compte tenu de leur vocation touristique.

Les récifs et le GIS Posidonie, une histoire de pionniers

Les aménagements en récifs artificiels concernent une quarantaine de pays, dont les leaders sont le Japon et les USA. En France, les premières immersions débutent dès 1968, mais ne sont que des tentatives organisées à l’échelon local, sans concertation préalable et réalisées avec des matériaux de rebuts, souvent mal adaptés (par exemple, 400 m3 de carcasses de voitures à Palavas, 20 000 pneumatiques à Golfe-Juan). Le premier récif expérimental est conçu et immergé par Alexandre Meinesz en 1972 à Beaulieu-sur-mer. Patiemment, il assemble sous l’eau des dalles de jardin en calcaire pour créer une rague à sars de 10 m de long contre un tombant de matte à 8 m de profondeur. ‘Sir Alex’ récidivera plus tard avec son récif ‘Thalamé’. Au début des années 1980s, des récifs alvéolaires faits de briques et parpaings sont immergés dans les réserves de pêche du Parc Marin de la Côte Bleue et des Alpes-Maritimes. Hormis ces réalisations pionnières , il faut attendre 1985 pour que les pouvoirs publics français décident  d’organiser une véritable action nationale concertée, avec 35 000 m3 de récifs s’intégrant dans un programme de gestion de l’espace littoral et dans une stratégie de développement de la bande côtière.

A cette époque, la Station Marine d’Endoume, précurseur en la matière, impulse les premières recherches avec la thèse de Capucine Duval sur la colonisation de petites structures complexes par le benthos (1983), puis celle de Denis Ody (1987) sur les poissons des récifs artificiels de la Côte Bleue, thèses encadrées par Jean-Georges Harmelin (Fig.1) et Denise Bellan-Santini. Le GIS Posidonie participe aux suivis scientifiques des récifs artificiels dès 1985 et les contrats d’études conduisent les palmipèdes compteurs de poissons depuis l’Italie (Spotorno, Vintimille, 1990) et les Alpes-Maritimes (18 récifs sur 3 sites suivis entre 1987 et 1989, puis entre 1998 et 2000) aux rivages de la Camargue (Beauduc, 1991), de la Côte Bleue (suivi de 9 récifs en 1993 et de 18 récifs sur 5 sites en 2000) et du Languedoc (Agde et Marseillan, 12 récifs suivis en 1996-1997). Mais compter les poissons n’est pas une fin en soi et les membres de l’équipe permanente du GIS Posidonie (Patrice Francour et Eric Charbonnel, Fig.2) représentent également la France dans le réseau européen de recherche sur les récifs (EARRN) entre 1996 et 1998 et participent également à la conception de plusieurs types de récifs.

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Fig. 1 : De gauche à droite : Patrice Francour, Eric Charbonnel et Jean-Georges Harmelin, dont les travaux ont largement contribué à la connaissance du fonctionnement des récifs artificiels en Méditerranée.

A Port-Cros, le GIS Posidonie, aidé par Denis Ody, étudie les effets de la complexification de l’architecture des 2 récifs de La Palud durant 2 phases en ajoutant d’abord des dalles et des parpaings en 1988, puis, en 1997, des matériaux de petites mailles sur le récif à 15 m de profondeur. La structure tridimensionnelle de l’autre récif plus profond (-35 m) est aussi modifiée en y installant un réseau de filières et de cordages sur une hauteur de 16 m (Fig. 2). Dans un ballet aquatique étrange, Jo Harmelin, Denis Ody, Laurence Le Diréach et Eric Charbonnel façonnent un récif plus attractif que les cubes d’origine. La modification du design entraîne une augmentation des ressources trophiques disponibles et des abris disponibles et ainsi, une diversification des peuplements de poissons. Les filières permettent également au récif de travailler sur toute la colonne d’eau, des espèces de pleine eau, planctonophages, servant de poisson fourrage, aux carnivores erratiques.

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Fig. 2 : Récif expérimental de la baie de La Palud à Port-Cros à 15 m caractérisé par des filières (gros plan à droite) soutenues par des bouées au-dessus du récif artificiel.

Comment concevoir un récif efficace ?

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Fig. 3 : Modules des récifs de la baie du Prado avant immersion.

Le point d’orgue de l’aventure récifs arrive avec la conception et le suivi des récifs de la baie du Prado à Marseille, le plus vaste programme jamais réalisé en Méditerranée, avec 27 300 m3 de matériaux déployés sur 210 ha pour un budget global de 6 millions d’euros (Fig. 3). L’idée de départ est que pour être efficace, un récif doit copier au mieux les habitats naturels les plus productifs. Comme la nature aime le désordre, un agencement complexe et hétérogène doit favoriser une multiplicité de cavités, d’habitats et d’abris de tailles variées, donc l’installation d’un peuplement de poissons le plus diversifié possible. Cette démarche d’imitation de la nature est logique, les récifs devant copier le plus possible les habitats naturels performants. L’élément clef de la réussite biologique d’un récif artificiel, c’est à la fois la complexité de son architecture et son urbanisme : la façon dont sont agencés entre eux les modules. Les matériaux, les formes, les dimensions, l’architecture et la disposition des récifs sur le fond jouent un rôle prépondérant sur l’efficacité écologique et la pérennité de l’aménagement. La notion de discontinuité horizontale et verticale est importante dans l’agencement des récifs : discontinuité dans les hauteurs, dans les tailles, dans les volumes, dans la variété des types de récifs et leur forme, dans l’agencement et l’espacement horizontal entre récifs. Suite à une étude de faisabilité du GIS Posidonie réalisée en 1999, la ville de Marseille délègue la maitrise d’œuvre au bureau d’étude BRL Ingénierie, qui s’associe au GIS Posidonie en 2003 pour une aventure de plus de 3 ans, afin de concevoir les différents récifs, de proposer leur agencement, dans la baie et entre eux, et de réaliser les divers dossiers techniques et administratifs. Formidable expérience que de concevoir de nouveaux types de récifs, en essayant de se mettre dans la peau d’un poisson ! Une des originalités du projet consiste à agencer les différents récifs en les regroupant en ‘hameaux’ puis en ‘villages’ (concept d’urbanisation diffuse). Ces six ‘villages’, de forme triangulaire sont reliés entre eux par des ‘liaisons fonctionnelles’, véritables corridors biologiques permettant aux poissons de passer d’un récif à l’autre. Six types de modules de forme, taille, volume et matériaux différents sont spécialement conçus pour l’opération. Plusieurs types de matériaux de garnissage y sont ajoutés (pochons d’huîtres, éléments fins tels que parpaings et pots à poulpes, filières flottantes immergées), afin d’optimiser les récifs en les complexifiant pour créer du “chaos organisé”. Des amas d’enrochements (blocs de carrière de tailles variables) et des filières hautes complètent le dispositif (Fig. 4).

Au final, les récifs Prado ne sont sans doute pas le récif idéal sur le plan écologique, car de nombreux compromis et ajustements sont nécessaires, en raison des contraintes économiques, législatives, environnementales et sociales. Mais c’est une réelle réussite, grâce à une vaste concertation associant des acteurs et des compétences très variés. Les récifs artificiels agissent d’ailleurs en catalyseur d’idées, car ils font rêver et permettent de rassembler autour d’un projet fédérateur des acteurs venus d’horizons très différents (institutionnels, élus, pêcheurs, usagers de la mer, ingénieurs du BTP, bureaux d’études, scientifiques, etc.) pour la co-construction d’un récif adapté. Les récifs conjuguent aussi l’art et la science, celle basée sur l’observation des espèces pour leur offrir le gîte et le couvert et des niches adaptées. L’histoire du GIS Posidonie et des récifs artificiels se poursuit encore aujourd’hui dans la baie du Prado, avec l’obtention du marché de suivi pendant 5 ans. Depuis 2009, les plongeurs/compteurs/photographes arpentent les fonds aménagés et mesurent l’effet de ces cités sous-marines sur la reconquête de la biodiversité.

Les récifs artificiels : un outil d’avenir ?

Les récifs artificiels, tout comme les aires marines protégées (AMP), constituent des outils de gestion performants pouvant concerner à la fois :

(i) les usages (partage de l’espace et de la ressource entre les métiers de la pêche (récifs antichalutage), récifs à vocation récréative, plongée (épaves et récifs paysagers) ;

(ii) l’aspect halieutique (augmentation attendue des ressources exploitables et soutien à la pêche professionnelle artisanale locale aux petits métiers) ;

(iii) l’aspect écologique (protection d’habitats et d’espèces vulnérables, outils d’aide aux AMP, restauration de milieux dégradés, diversification de substrats naturellement pauvres). Au total, les récifs artificiels peuvent constituer une réponse possible aux nombreux problèmes concernant les ressources vivantes côtières, comme certaines surpêches et dégradations des écosystèmes et des habitats. Les récifs représentent un bon outil pour la gestion des ressources et peuvent contribuer au maintien des pêcheries et des pêcheurs, comme dans le Parc Marin de la Côte Bleue. Néanmoins, les récifs ne sont pas des ‘fontaines à poissons’, ni un remède miracle. Ils ne constituent qu’une facette d’une gestion globale et durable, qui doit prendre en compte toutes les phases de vie des espèces exploitées, en particulier les zones de frayères et de nurseries.

Au même titre que les AMP, les récifs artificiels sont des outils adaptés dans le contexte actuel de changement de la politique commune des pêches (PCP) en Europe, qui vise un développement durable de l’activité en respectant la ressource et les écosystèmes, en particulier l’intégrité des habitats, condition sine qua non au maintien des ressources. ‘Aménager la mer tout en la ménageant’ pourrait constituer le challenge des prochaines années.

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Fig. 4 . Récif filière dans la baie du Prado à Marseille

Auteur : Eric Charbonnel

Retrouvez cette article dans l’ouvrage du GIS Posidonie “Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin“.

Récifs artificiels de la baie du Prado à Marseille : le suivi des poissons

Depuis l’automne 2007, la Ville de Marseille s’est dotée d’une concession de récifs artificiels située dans la rade Sud de Marseille. Cette opération intitulée « RECIFS PRADO » est inédite en France de par son ampleur : 27 300 m³ immergés près de la côte dans un but de production et de réhabilitation des fonds (soit l’équivalent de toutes les concessions déjà immergées en France). Ces récifs artificiels, dont l’immersion s’est achevée en juillet 2008, offrent de nouveaux habitats à de nombreuses espèces, par l’apport de substrats durs à proximité de l’herbier de posidonies et des fonds meubles de la rade. Cette diversification des habitats favorise à moyen terme le développement d’un réseau trophique favorable au recrutement et à l’installation de nombreuses espèces de poissons d’intérêt commercial. L’objectif final de l’opération est de soutenir la pêche professionnelle artisanale côtière. En vue d’une gestion durable et en accord avec les principaux partenaires concernés, un secteur d’immersion en deux zones a été délimité :

– une zone sanctuaire de 110 hectares, au Nord, interdite à tous les usages, en dehors de la navigation de surface,

– une zone réglementée de 110 hectares, au Sud, dans laquelle la pêche, la plongée et le mouillage sont interdits durant une période transitoire jusque en décembre 2012. Ce délai doit être mis à profit pour convenir des futures modalités de gestion de cette zone avec l’ensemble des acteurs concernés.

Outre la dimension du projet, son caractère innovant (immersion et combinaison de structures inédites) et le cadre réglementaire, qui lui sera associé à terme (une zone protégée, une zone non protégée), lui confèrent un caractère expérimental particulièrement intéressant pour observer la colonisation des modules par les invertébrés et les poissons.

Parmi les missions qui lui sont confiées dans le cadre du suivi des récifs, le GIS Posidonie étudie la colonisation des récifs par les poissons à chaque saison. Outre le caractère très visible de leur présence sur le récif, qui permet de constater immédiatement l’efficacité de l’aménagement, les poissons, situés en bout de chaîne trophique, jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des récifs artificiels et différent selon les espèces. Les différents types de modules sont suivis au cours des saisons pour comparer l’évolution de leur peuplement en diversité, abondance et biomasse depuis l’immersion des récifs. Toutes les espèces visibles la journée sont prises en compte lors de comptages en plongée, y compris celles qui se trouvent en banc de pleine eau, à proximité des aménagements et particulièrement les espèces d’intérêt commercial et les espèces patrimoniales.

La comparaison de la production des récifs avec d’autres concessions méditerranéennes s’explique par une influence positive des conditions environnementales locales et de la complexité des habitats proposés par les modules immergés. La concession de récifs artificiels de la baie du Prado possède un contexte éminemment favorable au développement d’un peuplement ichtyologique riche par :

(i)            le courant qui est une composante favorable à la colonisation et au choix de ces structures pour habitat par certaines espèces prédatrices de haut niveau ;

(ii)           la proximité de l’herbier et de petits fonds à habitat fractionné extrêmement favorables aux juvéniles des espèces côtières ;

(iii)          la proximité de côtes rocheuses sur le pourtour de la baie, et même de la rade, dont deux secteurs en protection  intégrale sur la Côte Bleue;

(iv)          la diversité et la quantité significative des habitats proposés ;

(v)            l’actuel arrêté de protection, qui interdit la pêche sous toutes ses formes sur le champ de récifs.

La richesse spécifique est élevée, du même ordre voire supérieure à celle d’autres concessions parfois plus anciennes.  Le suivi des poissons comprenant déjà 4 cycles annuels complets sur tous les types de récifs a permis d’identifier les espèces saisonnières et celles qui sont toujours présentes sur les récifs et de voir se dessiner la dynamique de colonisation des récifs. La première phase de colonisation par les poissons a été rapide, maintenant la cinétique est plus lente, la diversité continue néanmoins à s’accroître, la densité et la biomasse moyennes varient selon les saisons et sont différentes selon le type de modules. Elles augmentent surtout pour les espèces cibles de la pêche par une combinaison de l’effet refuge offert par l’aménagement de nouveaux habitats et de l’effet réserve engendré par l’interdiction de pêche sur le site.

Laurence Le Diréach

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