Récifs artificiels de la baie du Prado à Marseille : le suivi des poissons

Depuis l’automne 2007, la Ville de Marseille s’est dotée d’une concession de récifs artificiels située dans la rade Sud de Marseille. Cette opération intitulée « RECIFS PRADO » est inédite en France de par son ampleur : 27 300 m³ immergés près de la côte dans un but de production et de réhabilitation des fonds (soit l’équivalent de toutes les concessions déjà immergées en France). Ces récifs artificiels, dont l’immersion s’est achevée en juillet 2008, offrent de nouveaux habitats à de nombreuses espèces, par l’apport de substrats durs à proximité de l’herbier de posidonies et des fonds meubles de la rade. Cette diversification des habitats favorise à moyen terme le développement d’un réseau trophique favorable au recrutement et à l’installation de nombreuses espèces de poissons d’intérêt commercial. L’objectif final de l’opération est de soutenir la pêche professionnelle artisanale côtière. En vue d’une gestion durable et en accord avec les principaux partenaires concernés, un secteur d’immersion en deux zones a été délimité :

– une zone sanctuaire de 110 hectares, au Nord, interdite à tous les usages, en dehors de la navigation de surface,

– une zone réglementée de 110 hectares, au Sud, dans laquelle la pêche, la plongée et le mouillage sont interdits durant une période transitoire jusque en décembre 2012. Ce délai doit être mis à profit pour convenir des futures modalités de gestion de cette zone avec l’ensemble des acteurs concernés.

Outre la dimension du projet, son caractère innovant (immersion et combinaison de structures inédites) et le cadre réglementaire, qui lui sera associé à terme (une zone protégée, une zone non protégée), lui confèrent un caractère expérimental particulièrement intéressant pour observer la colonisation des modules par les invertébrés et les poissons.

Parmi les missions qui lui sont confiées dans le cadre du suivi des récifs, le GIS Posidonie étudie la colonisation des récifs par les poissons à chaque saison. Outre le caractère très visible de leur présence sur le récif, qui permet de constater immédiatement l’efficacité de l’aménagement, les poissons, situés en bout de chaîne trophique, jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des récifs artificiels et différent selon les espèces. Les différents types de modules sont suivis au cours des saisons pour comparer l’évolution de leur peuplement en diversité, abondance et biomasse depuis l’immersion des récifs. Toutes les espèces visibles la journée sont prises en compte lors de comptages en plongée, y compris celles qui se trouvent en banc de pleine eau, à proximité des aménagements et particulièrement les espèces d’intérêt commercial et les espèces patrimoniales.

La comparaison de la production des récifs avec d’autres concessions méditerranéennes s’explique par une influence positive des conditions environnementales locales et de la complexité des habitats proposés par les modules immergés. La concession de récifs artificiels de la baie du Prado possède un contexte éminemment favorable au développement d’un peuplement ichtyologique riche par :

(i)            le courant qui est une composante favorable à la colonisation et au choix de ces structures pour habitat par certaines espèces prédatrices de haut niveau ;

(ii)           la proximité de l’herbier et de petits fonds à habitat fractionné extrêmement favorables aux juvéniles des espèces côtières ;

(iii)          la proximité de côtes rocheuses sur le pourtour de la baie, et même de la rade, dont deux secteurs en protection  intégrale sur la Côte Bleue;

(iv)          la diversité et la quantité significative des habitats proposés ;

(v)            l’actuel arrêté de protection, qui interdit la pêche sous toutes ses formes sur le champ de récifs.

La richesse spécifique est élevée, du même ordre voire supérieure à celle d’autres concessions parfois plus anciennes.  Le suivi des poissons comprenant déjà 4 cycles annuels complets sur tous les types de récifs a permis d’identifier les espèces saisonnières et celles qui sont toujours présentes sur les récifs et de voir se dessiner la dynamique de colonisation des récifs. La première phase de colonisation par les poissons a été rapide, maintenant la cinétique est plus lente, la diversité continue néanmoins à s’accroître, la densité et la biomasse moyennes varient selon les saisons et sont différentes selon le type de modules. Elles augmentent surtout pour les espèces cibles de la pêche par une combinaison de l’effet refuge offert par l’aménagement de nouveaux habitats et de l’effet réserve engendré par l’interdiction de pêche sur le site.

Laurence Le Diréach

Plongeur_RA_Prado