BABYCROS : recherche des habitats potentiels de nurserie pour les poissons dans les petits fonds de l’aire maritime adjacente du Parc national de Port-Cros

Les petits fonds côtiers sont caractérisés par une mosaïque d’habitats et des conditions physico-chimiques (température, salinité, lumière, hydrodynamisme) extrêmement contrastées selon les saisons et les sites et souvent peu étudiés entre 0 et 5 m de profondeur. Ces fonds sont le lieu privilégié de refuge et de croissance d’un grand nombre d’espèces de poissons au stade juvénile. Leur séjour près du bord, à faible profondeur est rendu possible par des conditions d’habitat et d’environnement particulières et favorables à une période donnée, qui leur confèrent la fonction de nurserie pendant une durée variable, selon les espèces, de quelques semaines à quelques mois.

A partir d’une exploration systématique des principaux habitats représentés entre 0 et 5 m de profondeur : herbier de posidonie, sable, roche infralittorale, galets etc., de la cartographie des habitats benthiques de ces petits fonds et de nouvelles explorations sur le terrain, une recherche et une caractérisation des habitats potentiels de nurserie peuvent être faites sur le territoire de l’aire maritime adjacente du Parc national de Port-Cros incluant les cœurs de Parc.

Le rôle fonctionnel de nurserie des petits fonds côtiers du territoire du Parc national est exploré à partir de recensements visuels des juvéniles de poisson par comptages en plongée libre ou en scaphandre autonome (transect, quadrat). Dans ce vaste territoire, les sites présentant des caractéristiques optimales sont visités, les espèces sont identifiées, les juvéniles dénombrés et leur taille estimée à 5 mm près. A chaque station, les paramètres abiotiques et biotiques de l’habitat sont relevés : profondeur, rugosité, pente, température, salinité, couverture végétale. L’échantillonnage sera réalisé entre Carqueiranne et Ramatuelle dans le courant du mois de juin, qui est une saison de présence de nombreuses espèces au stade juvénile dans les petits fonds côtiers. Les sites et les habitats dans ces sites les plus sensibles et où les juvéniles sont le plus abondants, à cette saison, seront localisés.

Cartographie, fonctionnalités de nurserie et de protection contre l’érosion côtière des récifs de posidonie, vulnérabilité face aux changements globaux – CANOPé

Les récifs de posidonie sont des bioconstructions considérées comme de vrais monuments naturels des côtes Méditerranéennes. Ils sont cependant peu connus : leur nombre, leur répartition, leur état de conservation et les fonctions écologiques qu’ils remplissent ont été peu étudiés. Leur localisation dans des zones peu profondes et abritées les rend très vulnérables au changement global et en particulier au développement des activités humaines sur le littoral.

Le projet CANOPé est un projet pluridisciplinaire englobant les domaines de la cartographie, de la biologie, de l’écologie et de la géoscience. Ses objectifs sont de réaliser un inventaire et une cartographie exhaustive de ces récifs sur le littoral français, de déterminer leur état de conservation, d’améliorer les connaissances sur leur fonction de nurserie pour les poissons côtiers, de déterminer leur rôle contre l’érosion côtière et d’évaluer leur vulnérabilité face aux changements globaux.

Ce projet comporte deux échelles de travail :

  • une approche générale pour la cartographie, la typologie, l’état de conservation et la vulnérabilité des récifs de posidonie;
  • une approche locale sur quelques sites ateliers afin d’étudier leur fonction de nurserie et leur rôle contre l’érosion côtière.

Les résultats de ce programme feront l’objet de présentations lors d’un colloque organisé par le GIS Posidonie sur les structures bio-construites en Méditerranée. A la fin du programme, un ouvrage de synthèse comprenant un atlas complet des récifs de posidonie de la côte méditerranéenne française regroupera l’ensemble des connaissances et des résultats concernant ces configurations particulières de l’herbier de posidonie méditerranéen.

Le projet CANOPé dure 3 ans et se terminera en mai 2020.

 

 

Adrien Lyonnet

Etude et restauration des salins d’Hyères en tant que socio-écosystème lagunaire: vers une restauration de la continuité écologique et de la fonction de nurserie des salins – SALSA

Le littoral autour de Hyères (Var, France) a connu de nombreuses modifications depuis l’antiquité du fait de l’exploitation du sel. Cette exploitation s’est arrêtée en 1995. Les anciens salins abritent maintenant un complexe lagunaire d’environ 355 ha sur les 900 ha de salins. Les enjeux de conservation au sein de ces salins sont nombreux (avifaune, flore, ichtyofaune, etc.). La conservation des fonctions écologiques de ces anciens salins est au cœur des mesures de gestion du site, néanmoins le compartiment aquatique est aujourd’hui défavorisé par une gestion hydraulique complexe et coûteuse.

 

Le projet SALSA a pour but d’acquérir des informations sur l’écosystème lagunaire et de mieux comprendre le fonctionnement des salins par une approche écosystémique. Des pêches expérimentales seront réalisées en 2019 pour évaluer le peuplement de poissons juvéniles et une enquête historique menée en 2018 a permis de retrouver l’histoire du fonctionnement passé de la pêcherie des salins. Ces objectifs ont été mis en place dans le cadre d’une demande d’accompagnement scientifique des gestionnaires pour considérer au mieux l’ensemble des enjeux piscicoles dans les mesures de gestion/restauration.

Les salins sont divisés en deux zones distinctes :

  • Le salin des Pesquiers au Sud de la ville d’Hyères.
  • Les vieux salins, à l’Est de la ville d’Hyères.

Plusieurs scénarios de gestion/restauration seront élaborés avec les gestionnaires des sites : le Conservatoire du Littoral, Toulon Provence Méditerranée, le Parc national de Port-Cros, grâce à la mise en place de groupes de travail ‘connaissance’ et ‘gestion’. Le travail de mise en relation des connaissances avec les problématiques de gestion vise à une meilleure prise en considération du compartiment aquatique dans le nouveau plan de gestion des salins d’Hyères. Des tests de mise en œuvre opérationnelle seront faits en 2019 en agissant sur la circulation de l’eau dans les salins et en testant la faisabilité d’un éclusage des poissons aux périodes d’entrée/sortie dans les étangs. Ce projet d’une période de 3 ans a commencé en octobre 2017 et se terminera en mars 2020 par un colloque dédié à la gestion écosystémique.

Adrien Lyonnet 

Etude de la fonctionnalité de nurserie de l’étang de Berre et évaluation d’un besoin de restauration écologique – JUVABERRE

L’industrialisation du pourtour de l’étang de Berre (Bouches du Rhône, France) au cours du XXème siècle a conduit à une profonde modification de cet écosystème lagunaire. Une des principales modifications observées a été la régression extrêmement importante des herbiers à magnoliophytes (zostères) présents dans l’étang. Ces herbiers occupaient 8000 ha en 1916, il n’y en avait plus que 1.2 ha en 2009. En 1994, puis en 2004, dans le cadre du plan Barnier, une régulation des rejets d’eaux douces de la station hydro-électrique de Saint-Chamas a été mise en place. Cette mesure a eu pour effet d’en limiter les impacts sur les différents habitats de l’étang. Entre 2009 et 2010, le projet ICHTYOBERRE (inventaire par pêches scientifiques) a permis de montrer que le peuplement en poissons est principalement dominé par des espèces sédentaires, dont des juvéniles d’espèces dont le cycle de vie s’accomplit partiellement en milieu lagunaire (anguilles, loups, dorades, muges). Ces dernières années de nombreux juvéniles ont été observés dans l’étang de Berre.

Ces observations ont inspiré le montage du programme JUVABERRE. Ce programme a pour objectif de réaliser des recensements de juvéniles dans les différentes catégories d’habitats présentes dans les petits fonds du pourtour de l’étang de Berre. Des recensements seront également faits sur des habitats artificiels en acier et en bois utilisés en tant qu’unités d’observation standardisée dans différentes lagunes méditerranéennes. Il s’articule autour de 3 axes de travail :

  • Evaluer la présence de juvéniles dans les différents habitats d’un point de vue qualitatif et quantitatif;
  • Comparer ces résultats et la qualité de nurserie de l’étang de Berre par rapport à d’autres lagunes méditerranéennes;
  • Proposer une stratégie d’optimisation de la fonctionnalité de nurserie de l’étang.

Les résultats de ce projet permettront d’apporter des éléments de compréhension quant au potentiel de l’étang de Berre à contribuer au maintien et au renouvellement des peuplements de poissons côtiers. L’évaluation de cette fonction de nurserie apparaît également comme étant un bon moyen d’évaluer l’état global du milieu ainsi que sa réhabilitation.

Ce projet qui a démarré au printemps 2018, se terminera à la fin de l’année 2019.

Adrien Lyonnet

Exploration d’habitats profonds dans la zone RAMOGE

L’objectif principal de l’Accord RAMOGE est de coordonner les actions des Etats français, italien et monégasque en matière de préservation des eaux du littoral méditerranéen. Dans la zone de compétence de RAMOGE, très proche de la bande littorale, il existe des roches profondes et des canyons mal connus. Dans ce contexte, l’Accord RAMOGE a élaboré cette campagne d’exploration des roches profondes et des canyons afin de mieux connaitre ces profondeurs peu connues. C’est sans doute la première fois que trois pays méditerranéens collaborent ainsi pour travailler ensemble sur des écosystèmes profonds de Méditerranée.

La campagne d’exploration des habitats profonds s’est déroulée du 16 au 23 aout 2015 entre San Rémo et Cogolin. Les moyens à la mer et d’exploration utilisés ont été ceux de l’ISPRA. Les explorations ont eu lieu à partir du navire R/V ASTREA (23 m de long) qui a permis à plusieurs équipes scientifiques d’embarquer durant toute la campagne. Le navire est équipé d’un sonar multifaisceaux (EM 2040 Kongsberg) qui permet d’obtenir une image de la topographie du fond jusqu’à environ 350 m de profondeur. Ces images du fond ont permis de décider de l’endroit le plus pertinent pour effectuer les explorations avec le ROV Polluce III (Remote Operated Vehicle, robot télé-opéré). Ce ROV est équipé d’une caméra HD Sony, d’un appareil photographique Canon EOS 550 et d’une caméra de navigation.

Au total, plus de 21 km ont été explorés, entre 52 et 462 m de profondeur. 193 taxons ont été identifiés, dont 122 jusqu’au rang de l’espèce. Les macro-déchets, en particulier les engins de pêche ont été recensés. Pour chaque plongée, différentes observations ont été relevées, tels que la nature du substrat, la présence de macro-déchets, l’observation d’espèces, de faciès, etc. Toutes ces observations ont ensuite été géoréférencées.

 Ce récit cartographique présente, pour les 5 sites, l’ensemble des plongées réalisées durant cette campagne d’exploration, ainsi que les espèces et les engins de pêche associés. Des cartes, photos et vidéos illustrent chaque site.

 Bonne navigation !

 Cliquer sur l’image pour ouvrir la Story Map.Story_Map_RAMOGE

Référence de l’étude scientifique : Fourt M., Goujard A.,Canese S.P., Salvati E., Tunesi L., Daniel B., Vissio A., 2015. Rapport de la campagne océanographique “RAMOGE Exploration canyon et roches profondes 2015”. Accord RAMOGE – Agence des aires marines protégées. 81 p.

Application d’un modèle 3D pour la biologie marine dans le canyon de Cassidaigne

Situé à 200 m de profondeur, le ‘pic rocheux’ du canyon de Cassidaigne a été modélisé en 3 dimensions. Ce ‘hot-spot’ de biodiversité est un site spectaculaire où se mêlent les espèces du circalittoral et du bathyal. L’intérêt de la modélisation 3D est d’effectuer un archivage visuel d’un site difficile d’accès et d’établir une micro-cartographie des espèces benthiques sessiles.

Découvrez le poster du GIS Posidonie présenté lors du colloque MerIgéo qui s’est déroulé du 24 au 26 novembre 2015 à Brest, organisé par l’Ifremer, l’Agence des aires marines protégées et le SHOM.

Poster_Goujard

Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin

L’objectif de cet ouvrage est d’évoquer plus de 30 années de recherche appliquée en environnement marin méditerranéen à travers les principaux thèmes auxquels la communauté de scientifiques et de gestionnaires du GIS Posidonie a contribué et collaboré. Ces grands thèmes ont fait l’objet de programmes, de partenariats, de suivis, de missions de terrain pour faire avancer la connaissance et sa diffusion. Plusieurs générations d’étudiants ont été formées en accompagnant et en participant à ces travaux. Des colloques et des ouvrages ont ponctué ces 30 années de travail pour la protection et la gestion de l’environnement marin. Outre les nombreux rapports et publications issus des travaux du GIS Posidonie en partenariat avec les laboratoires méditerranéens, ce sont aussi 30 ans d’aventures humaines et de rencontres maritimes sur l’eau et sous l’eau et une passion partagée pour la Méditerranée.

Cliquer sur l’image ci-dessous pour visualiser et télécharger l’ouvrage.

GIS POSIDONIE_30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin

Vidéo de Sandrine Ruitton

Pourquoi suivre la colonisation des récifs artificiels par les organismes benthiques ?

La colonisation des récifs artificiels par les organismes benthiques participe activement au processus de complexification structurale des nouveaux habitats qu’offrent les récifs. La compréhension de la mise en place de la chaîne trophique au niveau de ces modules passe par une analyse ciblée du compartiment benthique. La diversité des communautés benthiques récifales optimise la reproduction, le recrutement et l’alimentation des poissons et grands invertébrés vagiles (crustacés et céphalopodes), contribuant ainsi au bon fonctionnement du peuplement du récif. A l’exubérance du développement des espèces pionnières a succédé une complexification de la composition spécifique du peuplement avec un processus de compétition pour l’espace. Depuis l’été 2009, le suivi des peuplements benthiques des récifs artificiels de la baie du Prado montre une colonisation progressive et une maturation des assemblages d’espèces.

Natura 2000 en mer : inventaires et cartographies autour de Marseille

Fresque_CalanuesLa création d’un réseau complet, représentatif et cohérent d’aires marines protégées en 2012, a été un engagement politique fort de la France. Dans le cadre de la stratégie nationale pour la biodiversité, le plan d’action pour la mer, décidé par la France en 2005, a mis en avant la nécessité de développer rapidement le réseau français d’aires marines protégées. Ce plan s’appuie sur deux objectifs à court terme : mettre en place le réseau Natura 2000 en mer et créer une dizaine de parcs naturels marins. Ce plan a permis d’aboutir, en 2008, à la désignation d’un complément de 76 nouveaux sites Natura 2000 en mer dont 29 ZPS (Zones de Protection Spéciale) au titre de la Directive Oiseaux et 47 pSIC (proposition de Site d’Intérêt Communautaire) au titre de la Directive Habitats, faune, flore en restructurant les « anciens » sites afin d‘améliorer la cohérence générale du réseau. Ainsi, parmi les quelques 200 sites abritant une surface marine, certains ont été agrandis, d’autres fusionnés, quelques-uns réduits. Ceci représente au final une augmentation de surface de sites Natura 2000 en mer de 2.4 millions d’hectares.

Le réseau de site NATURA 2000, dans le cadre des directives européennes 92/43/CEE «Habitat» et 79/409/CEE «Oiseaux», a pour objectif de concilier maintien de la biodiversité et des activités humaines par une gestion appropriée. L’objectif est d’assurer le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation favorable des habitats naturels et des habitats d’espèces de la flore et de la faune sauvage d’intérêt communautaire. La gestion d’un site Natura 2000 passe par l’élaboration préalable d’un document d’objectif (DOCOB) : outil de diagnostic et d’orientation pour tous les acteurs du territoire. Pour chaque site Natura 2000, un opérateur est désigné pour l’élaboration du DOCOB.

L’Agence des Aires Marines Protégées (AAMP) a sollicité, dans le cadre d’un appel d’offre national, les scientifiques et bureaux d’études pour la réalisation de la cartographie et des inventaires biologiques de 20 sites Natura 2000 en mer dont 12 sur la façade Méditerranéenne. Dans la région de Marseille, le GIS Posidonie a participé à la réalisation de ce travail sur la Côte Bleue et dans les Calanques.

Côte Bleue (Marseille)

Le GIS Posidonie, associé à la société COPETECH SM et au Parc Marin de la Côte Bleue, a été retenu pour la réalisation du lot « Côte Bleue Marine ».

Le site Côte Bleue Marine (FR9301999) s’étend sur 18928 ha, de la digue Sud de la centrale électrique de Ponteau (golfe de Fos) à la pointe de Corbières à l’Est. Il inclut l’ensemble du Parc Marin de la Côte Bleue (PMCB) dont les deux réserves de protection intégrale du Cap-Couronne et de Carry-le-Rouet. Au large, le site s’étend jusqu’à 6 MN, soit des profondeurs de près de 100 m. Le site « Côte Bleue Marine » est situé à l’Ouest de la Rade de Marseille et à l’Est du golfe de Fos, et est séparé de l’étang de Berre par la Chaîne de l’Estaque. Le littoral de la Côte Bleue concerne 5 communes (Martigues, Sausset-les-Pins, Carry-le-Rouet, Ensuès-la-Redonne et le Rove) sur près de 43 km de linéaire côtier (source PMCB à l’échelle 1/25 000).

Le PMCB, en temps que gestionnaire de l’espace maritime de la Côte Bleue depuis 1983, a été désigné par l’Etat en novembre 2009 comme opérateur du site « Côte Bleue Marine », et sera en charge de la rédaction du DOCOB (tome 1 et 2). Les compétences internes des agents du Parc et la volonté de s’impliquer dans la démarche Natura 2000 sur son territoire ont conduit le PMCB à contribuer à la réalisation du présent travail, qui correspond pour partie au tome 0. Il s’agit d’une originalité qui apporte un grand bénéfice, d’une part à la mise en œuvre des investigations sur le terrain et d’autre part à la qualité des inventaires biologiques et cartographiques (connaissance fine de la zone et des enjeux de gestions).

Les objectifs du travail sont :

  • La cartographie exhaustive des habitats d’intérêt communautaire du site ;
  • L’inventaire des espèces marines appartenant à la directive habitat, élargi aux espèces patrimoniales et remarquables ;
  • Un diagnostic écologique de la vitalité des principaux habitats communautaires, incluant l’évaluation de l’état de conservation et la définition des enjeux de conservation.

Fournir un document structuré et contenant suffisamment d’éléments pour une aide à la réalisation du tome 1 du DOCOB par l’opérateur local (PMCB).

Calanques et îles marseillaises

Pour compléter les inventaires biologiques patrimoniaux et affiner la qualification des critères d’évaluation des habitats marins, dont l’état de conservation, du site Natura 2000 FR9301602 « calanques et îles marseillaises – Cap Canaille et massif du grand Caunet », le suivi des principaux habitats a été conduit avec une approche naturaliste et descriptive.

De nombreux dispositifs permanents (balisages type RSP, Charbonnel et al., 2000) existent le long des limites supérieures et inférieures de l’Herbier à Posidonia oceanica (1120-1, habitat prioritaire). En complément, afin d’obtenir une vision plus globale sur le site (choix de sites peu ou pas suivis) et afin d’afiner également la cartographie de l’herbier, 10 stations (8 en scaphandre et 2 en ROV) ont ainsi été inspectées, correspondant à des limites inférieures.

En plus des données existantes sur le suivi des peuplements remarquables du Coralligène et des Grottes sous-marines, une série de stations de suivi a été définie. Le suivi photographique (quadrats aléatoires) est ainsi une trace à un temps donné qui permettra une comparaison fiable pour l’évaluation lors du retour prévue 6 ans après les premiers inventaires. Concernant le Coralligène, 12 stations suivies en scaphandre autonome et 4 des stations suivies en ROV ont été analysées dans ce rapport. L’ensemble des observations réalisées au niveau des stations concernant les substrats durs circalittoraux est présenté sous la forme de descriptifs naturalistes (présence d’espèces remarquables, description sommaire du paysage, identification des atteintes d’origine anthropique). Trois Grottes sous-marines ont été inspectées et décrites dans le cadre de ce travail. Un descriptif de quelques autres grottes remarquables a été rédigé à partir des connaissances des experts impliqués et de la littérature.

Une analyse des substrats meubles circalittoraux du site a été réalisée à partir des 37 points d’investigations, comprenant une analyse granulométrique couplée à l’identification de l’endofaune récoltée. Cette analyse permettra de préciser l’identification des habitats et l’éventuelle présence d’espèces indicatrices de pollution et/ou d’instabilité.

Une synthèse du descriptif des canyons profonds de Cassidaigne et du Planier a été intégrée dans notre analyse, pour faire ressortir la valeur patrimoniale de ces milieux peu connus et aider l’évaluation des enjeux de conservation des habitats de l’étage bathyal (Vases et Roches bathyales). Les informations obtenues sur les canyons sont issues du programme MEDSEACAN (Fourt et Goujard, 2012).

Conclusion

A travers ces rapports d’étude, l’objectif principal est d’obtenir un point zéro de l’état des principaux habitats communautaires et autres des différents sites Natura 2000. Une grande quantité d’information a été extraite de la littérature existante consultée et orientée par les experts sollicités et leur connaissance de la zone. L’approche descriptive permet d’obtenir une vision naturaliste des secteurs les plus remarquables du site en mettant en évidence l’ensemble des critères qui traduisent :

  • les éléments remarquables d’un point de vue écologique (présence d’espèces de la Directive Habitat, ZNIEFF, indicatrices, etc., faciès et associations remarquables) ;
  • une dégradation de l’habitat (macrodéchets, engins de pêche, mortalités massives, espèces invasives) ;
  • une évolution positive ou négative de l’habitat (succession d’espèces, maintien de faciès remarquables)

La démarche de Natura 2000 envisage un retour sur site 6 ans après la réalisation du tome 0. Nous avons donc mis en place un dispositif qui permettra cette comparaison au niveau :

  • de sites coralligènes à -30 m et 4 sites coralligènes à -60 m : réalisation et analyse de quadrats photographiques ;
  • de grottes sous-marines (Grotte des 3PP et Grotte des Trémies par exemple dans les calanques) : réalisation de quadrats photographiques en fonction de l’éloignement de l’entrée ;
  • de points de suivis de limite inférieure de l’herbier à Posidonia oceanica : mesure de paramètres de vitalité ;
  • de points d’investigation sur les sédiments circalittoraux (granulométrie, analyse de faune) dont le secteur de Cortiou.

L’ensemble des autres éléments descriptifs disponibles présentés dans les rapports complètent les connaissances sur ces habitats et aideront à l’avenir à caractériser l’évolution de l’état de conservation des habitats marins.

ASTRUCH P., GOUJARD A., CHARBONNEL E., ROGEAU E., ROUANET E., BACHET F., BRICOUT R., BONHOMME D., ANTONIOLI P. A., BRETTON O., MONIN M., HARMELIN J. G., SARTORETTO S., CHEVALDONNE P., ZIBROWIUS H., VERLAQUE M., 2011. Inventaires biologiques et Analyse écologique de l’existant, Natura 2000 en mer, Lot n°12 « Côte Bleue Marine » FR 9301999. Contrat GIS Posidonie – Agence des Aires Marines Protégées, GIS Posidonie/PMCB publ., 400 p + 62 p d’annexes.

ROUANET E., ASTRUCH P., HARMELIN J.G., VACELET J., PEREZ T., CHEVALDONNE P., BELLAN G., 2012. Inventaires biologiques et analyse écologique de l’existant, Natura 2000 en mer, Lot n°6 « calanques et îles marseillaises – Cap Canaille et massif du grand Caunet » FR 9301602, Suivi des habitats marins. Contrat COMEX SA/GIS Posidonie – Agence des Aires Marines Protégées, COMEX SA/GIS Posidonie publ., 222 p.

Exploration des têtes de canyons méditerranéens français, les campagnes MEDSEACAN et CORSEACAN

Fresque_Canyons_1Les canyons sous-marins, nombreux, qui entaillent le plateau continental méditerranéen facilitent les échanges entre les eaux côtières et les eaux profondes et forment des habitats essentiels à la compréhension et à la gestion de la biodiversité des zones côtières et du plateau continental. Ils constituent un lieu de refuge, de nurserie et d’exportation vers le plateau continental pour de nombreuses espèces (larves de poissons, décapodes, cétacés…) dont certaines ont un intérêt patrimonial, voire parfois commercial. Des observations ont été effectuées à plusieurs reprises il y a près de cinquante ans par soucoupes plongeantes et plus récemment par ROV sur les canyons de Lacaze-Duthiers au large de Banyuls-sur-mer (Reyss 1964, 1971) et de Cassidaigne au large de Marseille (Bourcier et Zibrowius, 1972, Vivier, 1976). Ces campagnes ont révélé l’existence de peuplements à coraux froids, mais elles n’ont fourni qu’un éclairage très limité sur une biodiversité a priori importante et sur la vulnérabilité de cette zone.

Le milieu marin méditerranéen français est fréquemment exploré jusqu’à 50 m de profondeur grâce à la plongée en scaphandre. Il l’est également, évidemment moins souvent, au-delà de 1 000 m, à l’aide de grands navires océanographiques et d’équipements importants (ROV Victor, sous-marin Nautile, Cyana par exemple). La zone entre 50 et 1 000 m reste quant à elle, très mal connue.

Pour réaliser ses missions, la création et la gestion d’aires marines protégées, l’Agence des aires marines protégées s’appuie sur les connaissances disponibles et si celles-ci paraissent insuffisantes, elle peut être conduite à en organiser ou en réaliser l’acquisition.

L’Agence des aires marines protégées a conçu et mis en œuvre les programmes MEDSEACAN et CORSEACAN « Exploration des têtes des canyons méditerranéens français», des programmes ambitieux dont les campagnes de terrain se sont déroulées respectivement entre novembre 2008 et avril 2010 et de juillet à aout 2010.

L’objectif de ces campagnes a été d’établir un état de référence des têtes de canyon concernant les habitats, les espèces protégées et commerciales, les écosystèmes et les pressions anthropiques, en s’appuyant sur les compétences d’un réseau de scientifiques.
Par ailleurs, l’exploration de certains sites a très vite apporté les connaissances nécessaires à la délimitation d’espaces protégés déjà à l’étude (le Parc Naturel Marin du golfe du Lion, le Parc National des Calanques, aire marine protégée au large).

Les canyons de Méditerranée au large des côtes françaises et corses ont fait ainsi l’objet pour la première fois d’une campagne de reconnaissance systématique. Pour comparer les têtes de canyons entre elles et mieux comprendre l’importance écologique de ces entités, l’effort d’exploration a été réparti de façon aussi homogène que possible, avec une dizaine de jours de travail dans chacune des 9 boites prédéfinies pour la campagne MEDSEACAN et des 4 boites prédéfinies pour la campagne CORSEACAN. Dans chacune de ces boites et durant les différents legs qui se sont succédé, l’exploration des flancs de canyons a été faite selon la même démarche en utilisant les mêmes moyens techniques mis en œuvre par les mêmes équipes scientifiques et techniques. La description du milieu repose en priorité sur l’acquisition de données images (photos, vidéos) obtenues à partir de sous-marins, habités ou téléguidés. L’identification des espèces de la mégafaune est faite visuellement en s’appuyant parfois sur les prélèvements réalisés durant la campagne.

Les moyens utilisés pour acquérir des données ont été ceux de la COMEX : navire de 30 m Minibex, un ROV (Remotely Operated Vehicle) télécommandé Super Achille pouvant atteindre 800 m et permettant la capture d’échantillons biologiques, et un sous-marin biplace REMORA limité à 610 m (Morvan et al., 2010). La bathymétrie et des images acoustiques des bancs rocheux situés en haut de canyons ou entre les canyons ont été obtenues grâce à l’utilisation d’un sondeur multifaisceaux (RESON SEABAT 8101) et d’un sonar (Klein 3000).

Cette campagne a réuni une trentaine de scientifiques de l’Ifremer (Sète et Toulon), du CEFREM (Centre de Formation et de Recherche sur les Environnements Méditerranéens) de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, de l’Institut des Sciences de la Mer de Barcelone, des Universités de Perpignan et Nice, du Centre d’Océanologie de Marseille, des Observatoires Océanologiques de Villefranche sur mer et Banyuls sur mer, du CNRS, du GIS 3M, et des spécialistes chercheurs émérites. Ils se sont succédé lors des missions de terrain en mer du Minibex.

La campagne MEDSEACAN s’étire de la frontière espagnole à la frontière monégasque, soient 22 canyons, 5 bancs rocheux, 2 roches isolées sur le plateau continental et 1 haut-fond, ont été explorés durant 97 jours de mission (dont 88 jours de plongée) avec 197 plongées de 50 à 800 m de profondeur. Près de 14 800 photos, 390 heures de vidéos et plus de 200 prélèvements ont été complétés en temps réel par des observations des scientifiques embarqués. Les logbooks ainsi créés (Fourt et al., 2012 et Fourt et al., 2013) rassemblent les données faunistiques, floristiques (peu fréquentes dans les canyons) et géologiques, ainsi que diverses observations notées à la volée.
La campagne CORSEACAN se concentre au niveau de la façade ouest de la Corse, du Cap Corse aux Bouches de Bonifacio, soit 13 canyons explorés en 45 jours avec 100 plongées, qui s’échelonnent de 29 à 731 m de profondeur. Cette campagne a collecté près de 7 200 photos, 200 heures de vidéos et près de 90 prélèvements.
Le travail d’homogénéisation, de traitement des données et d’identification a été confié au GIS Posidonie, qui le conduit en collaboration avec les scientifiques ayant participé au programme MEDSEACAN et CORSEACAN, mais également avec d’autres scientifiques de laboratoires méditerranéens membres du GIS Posidonie et d’autres spécialistes.
L’objectif pour l’Agence des aires marines protégées est d’obtenir une description homogène de la zone couverte pour fournir un atlas cartographique de référence des habitats et des espèces des têtes de canyons et une base de travail pour la réalisation d’un « guide des espèces (mégafaune) des têtes de canyons de la Méditerranée française ».

Les données de MEDSEACAN et CORSEACAN ainsi traitées contribuent également à la recherche scientifique dans diverses disciplines : biologie, zoologie, écologie, géologie, océanologie, etc. Elles ont déjà été utilisées dans un certain nombre de publications scientifiques (Maier et al., 2012, Sartoretto 2012, Genta-Jouve et al., 2011 ; Reveillaud et al., 2010) et alimenteront d’autres recherches sur les canyons.

Auteurs : Maïa Fourt et Adrien Goujard

Références bibliographiques :
Appeltans W., Bouchet P., Boxshall G.A., Fauchald K., Gordon D.P., Hoeksema B.W., Poore G.C.B., van Soest R.W.M., Stöhr S., Walter T.C., Costello M.J., 2011. World Register of Marine Species : http://www.marinespecies.org on 2011-11-24
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