Pourquoi suivre la colonisation des récifs artificiels par les organismes benthiques ?

La colonisation des récifs artificiels par les organismes benthiques participe activement au processus de complexification structurale des nouveaux habitats qu’offrent les récifs. La compréhension de la mise en place de la chaîne trophique au niveau de ces modules passe par une analyse ciblée du compartiment benthique. La diversité des communautés benthiques récifales optimise la reproduction, le recrutement et l’alimentation des poissons et grands invertébrés vagiles (crustacés et céphalopodes), contribuant ainsi au bon fonctionnement du peuplement du récif. A l’exubérance du développement des espèces pionnières a succédé une complexification de la composition spécifique du peuplement avec un processus de compétition pour l’espace. Depuis l’été 2009, le suivi des peuplements benthiques des récifs artificiels de la baie du Prado montre une colonisation progressive et une maturation des assemblages d’espèces.

Port-Cros : nouvelle description et cartographie des biocénoses du milieu marin

Fresque_PNPCLe Parc national de Port-Cros vient d’acquérir de nouvelles données cartographiques actualisées autour de Port-Cros avec l’aide du GIS Posidonie et de synthétiser les informations et les travaux anciens et plus récents autour de l’île. En complément de nouvelles investigations sur le terrain, le but de ce travail était également de réaliser une description actualisée et la plus exhaustive possible des principaux habitats marins au sein du Parc. La sollicitation des experts benthologues, qui appréhendent et qui connaissent le mieux le contexte écologique de Port-Cros, a été une étape clef pour la réalisation de ce travail.

Le travail a consisté en une analyse de l’existant, cartographie des habitats et cartographie bathymétrique du périmètre marin de l’île de Port-Cros : vérité terrain, cartographie et description des biocénoses de substrats durs profonds (circalittorales),des fonds détritiques côtiers et des récifs (substrats durs autres que circalittoraux) et des herbiers de posidonies ;

L’ensemble des travaux restitués comprend une note de synthèse du travail réalisé ; un chapitre détaillant précisément toutes les méthodes d’acquisition et de traitement des données ; une revue de la bibliographie existante sur les fonds marins du Parc et une cartographie précise des espèces remarquables identifiées dans la bibliographie ; une analyse bibliographique des cartographies existantes ; des cartes illustrant les données exploitées mosaïques sonar, bathymétrie, modèle numérique de terrain, image ombrée (relief) du fond, degrés des pentes et orientation des pentes par rapport au Nord ; une cartographie des habitats marins de précision métrique selon la typologie EUR27 (Habitats génériques et Habitats élémentaires) et la typologie CAR/ASP (niveau 3) ; une analyse écologique détaillée des habitats Détritique Côtier, Coralligène, Herbier de Posidonie, Roche infralittorale à algues photophiles, Roches médiolittorale et supralittorale.

La qualité écologique, les risques pesant sur les habitats, la valeur patrimoniale ont été analysés afin de définir les principaux enjeux de conservation et de proposer quelques pistes de gestion. Cette partie de l’étude a été possible grâce à l’analyse bibliographique, les entretiens avec les experts connaissant le mieux le PNPC, et les investigations complémentaires réalisées dans le cadre de l’étude. Ce travail doit être considéré comme une synthèse actualisée des connaissances sur les principaux habitats marins remarquables du périmètre du Parc national de Port-Cros. Il comprend :

  • Une cartographie actualisée de grande précision des habitats et biocénoses selon différentes typologies (Directive Habitats, CAR/ASP). Pour ce faire, deux acquisitions exhaustives au sondeur multifaisceaux (sondeur interféromètre GEOSWATH, reliefs) et au sonar latéral (KLEIN 3900, image du fonds) ont été mises en œuvre et combinées à la base de données orthophotographique de l’IGN© (BDOrtho2008) et à la réalisation de plongées de vérité terrain en scaphandre autonome et en ROV ;
  • Une cartographie bathymétrique de grande précision, grâce à la réalisation d’une acquisition complète au sondeur multifaisceaux. Un rendu en 3D dynamique a également été fourni ;
  • Une analyse et une synthèse des études et des cartographies existantes réalisées depuis plus d’un demi-siècle. Une base de données bibliographique a ainsi été développée dans ce but ;
  • Une cartographie et/ou géolocalisation des espèces remarquables et des faciès et associations identifiés dans la bibliographie, lors des nouvelles investigations sur le terrain et à partir de la consultation des experts ;
  • Une description la plus exhaustive possible, par secteur, des habitats Détritique Côtier, Coralligène, Herbier à Posidonia oceanica, Roche Infralittorale à Algues Photophiles, Roches médiolittorale et supralittorale, à partir de la bibliographie, des informations issues des plongées d’investigations et des experts consultés. Lorsque l’information était disponible, une tendance évolutive de l’habitat par secteur a été évaluée. Un véritable diagnostic écologique précis a ainsi pu être établi sur ces différents habitats ;
  • Une synthèse des menaces et risques pesant sur chaque habitat. Les causes des dégradations constatées où les risques potentiels ont été listés (espèces invasives, activités humaines et changements globaux) ;
  • Une hiérarchisation des enjeux de conservation en fonction de la valeur patrimoniale et du niveau de risque. Cette hiérarchisation correspond à une aide à la gestion pour la priorisation des interventions ;
  • Une série de préconisations pour la gestion a été proposée (réglementation sur la pêche artisanale, l’ancrage, proposition de suivis scientifiques complémentaires).

Pour aboutir à ce travail, un effort de centralisation et d’interprétation des différentes sources de données disponibles et acquises a été fourni et rendu possible par le développement de bases de données bibliographiques et photographiques en lien direct avec le Système d’Information Géographique.

En quelques chiffres, ce travail représente 330,6 km de routes pour l’acquisition au sonar latéral au sondeur multifaisceaux, soit près de 13 millions de points de mesure de la profondeur du fond. Plus de 400 références bibliographiques ont été recensées sur la faune et la flore marine de Port-Cros et environ 200 ont été analysées et exploitées pour la cartographie des habitats et espèces mais également pour l’analyse écologique. Les investigations sur le terrain ont représenté 24 plongées en scaphandre autonome et 10 plongées en ROV. Au cours de ces plongées, 2629 photographies géolocalisées ont été prises en plongée et en ROV. Le ROV a pu acquérir 88 séquences vidéo géolocalisées en haute définition et 61 en basse définition, soit 5 h 44 de vidéos. Au total, 4979 organismes appartenant à plus de 400 espèces et 847 faciès et associations ont été contactés et localisés.

Le résultat de l’analyse et de la synthèse de l’ensemble de ces données montre que le Parc national de Port-Cros reste un site de référence quant à l’état écologique de ses fonds marins :

  • Les fonds détritiques côtiers sont remarquables, préservés du chalutage, ils présentent une multitude de faciès à forte valeur patrimoniale (Rhodolithes libres, Peyssonneliaceae, Osmundaria volubilis, maërl) et une forte biodiversité. Jusqu’à présent le rôle écologique de cet habitat a souvent été négligé à tort. Au large de la Gabinière et de la pointe du Vaisseau, le sédiment détritique évolue progressivement vers la biocénose du Détritique du Large (à partir de -75 m) présente dans les eaux du Parc.
  • Les fonds Coralligènes sont parmi les plus remarquables de la région PACA, pour leurs faciès à Paramuricea clavata, leurs enclaves à Parazoanthus axinellae, leur peuplement de macrophytes (Cystoseira sp.), autour de la Gabinière, de la pointe du Vaisseau, de Bagaud. Le périmètre du Parc abrite des roches profondes exceptionnelles, en transition avec la biocénose de la Roche du large au Sud Est de l’île (Gabinière et Vaisseau) entre 60 et 90 m de profondeur.
  • L’Herbier de Posidonie est très étendu, parfois jusqu’à plus de 35 m de profondeur, il présente dans l’ensemble une forte densité de grande nacres, plusieurs typologies remarquables (herbier en escaliers de Montremian, récif-barrière de la baie de Port-Cros). La cohabitation de l’herbier avec les fonds rocheux infralittoraux à algues photophiles contribue à la forte valeur patrimoniale et paysagère de la frange infralittorale.
  • Préservée de sources de pollutions importantes, la frange médiolittorale et infralittorale supérieure présente un état de vitalité remarquable et s’avère être un indicateur pertinent du bon état écologique général des eaux de surface du Parc national de Port-Cros.

Dans son ensemble, la vitalité des fonds marins de Port-Cros n’a pas significativement diminué par rapport aux conclusions des descriptions consultées dans la bibliographie. Cependant, un certain nombre d’éléments doit être pris en compte :

  • la régression alarmante du récif-barrière de posidonies de la baie de Port-Cros, aggravée par différentes causes anthropiques anciennes et actuelles ;
  • la régression de certaines limites inférieures d’Herbier de Posidonie (secteur Nord et Est), sans doute en raison de mécanismes qui dépassent l’échelle du Parc ;
  • une pression de l’ancrage très localisée (passe de Bagaud, baie de Port-Man). Les herbiers vulnérables (fort déchaussement) pourraient subir une dégradation mécanique importante ;
  • la récurrence d’épisodes de mortalité massive qui affectent sensiblement les communautés de substrats durs infralittoraux et de l’horizon supérieur du Coralligène (gorgonaires, spongiaires, bryozoaires) ;
  • la quasi-omniprésence de Caulerpa racemosa sur l’ensemble des habitats depuis la surface jusqu’à plus 50 m de profondeur. Les conséquences à moyen et long terme de cette présence, couplée à celle, importante, de Womersleyella setacea sur la Roche infralittorale à algues photopiles et le Coralligène, pourraient être une modification significative des communautés benthiques ;
  • une pression de la pêche artisanale. Bien que régulée au sein du Parc (charte de pêche, limitation de la longueur des engins, du temps de calée, etc.), la pêche artisanale est très concentrée, en particulier autour de Bagaud et dans le secteur Sud-Ouest du Parc. Un impact sur les communautés benthiques (plus faible abondance de grandes espèces dressées) et ichtyologiques (appauvrissement du peuplement de poissons) est présumé.

Actualiser la cartographie et la description des fonds marins du Parc est l’occasion d’identifier les lacunes à propos des connaissances. Combler ces lacunes apporte au gestionnaire du site des éléments complémentaires pour orienter la prise de décision pour la gestion (principalement vis à vis des usages). Une proposition de différents suivis découle ainsi de ce travail :

  • suivre les peuplements de poissons sur le Coralligène et la Roche infralittorale permettrait une analyse spatiale de la dynamique des peuplements et d’identifier un éventuel impact de la pêche artisanale sur ces peuplements ;
  • caractériser la pression de l’ancrage dans les baies de Port-Cros et Port-Man, ainsi que dans la passe de Bagaud et l’impact potentiel sur l’Herbier de Posidonie ;
  • augmenter l’effort de surveillance de la dégradation du récif-barrière de posidonies de la baie de Port-Cros ;
  • caractériser l’impact de la pêche artisanale sur les communautés benthiques du Détritique Côtier et du Coralligène ;
  • continuer le suivi de la dynamique des populations des principales cibles des épisodes d’anomalie thermique (Spongia officinalis, Paramuricea clavata, Eunicella singularis) ;
  • caractériser l’impact des algues invasives Caulerpa racemosa et Womersleyella setacea sur les communautés benthiques ;
  • suivre les populations de la grande nacre Pinna nobilis et de la patelle géante Patella ferruginea.

BONHOMME D., ASTRUCH P., GOUJARD A., BONHOMME P., ANTONIOLI P.-A., RUITTON S., HARMELIN J.G., PEREZ T., THIBAUT T., FOURT M., VERLAQUE M., 2011. Description et cartographie des habitats et biocénoses du milieu marin du Parc national de Port-Cros. Contrat GIS Posidonie – Parc national de Port-Cros, GIS Posidonie publ. 388 p.

Scyllarides latus (Latreille, 1803)

scyllarideslatusthumbLa grande cigale de mer peut mesurer jusqu’à 45 cm de long. Sa carapace est de couleur brun-orangé sur le dos. On la rencontre dans toute la Méditerranée (surtout dans le Sud et l’Est jusqu’à l’Adriatique). Elle vit jusqu’à 100 de profondeur sur des fonds rocheux et sableux, et semble affectionner plus particulièrement les herbiers de posidonie et les grottes. D’un comportement grégaire, elle se nourrit principalement de mollusques. Son activité est plutôt nocturne. Bien que cette espèce n’ait sans doute jamais été commune, elle était appréciée pour la bouillabaisse et a donc fait l’objet d’une pêche intensive, souvent illégale (en scaphandre autonome). On observait une nette régression des populations due à la surexploitation. Peu fréquente dans le Golfe du Lion, on la trouve encore localement en région Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse.

Protection : Interdiction de la pêche en France, par l’arrêté du 26 novembre 1992.