Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin

L’objectif de cet ouvrage est d’évoquer plus de 30 années de recherche appliquée en environnement marin méditerranéen à travers les principaux thèmes auxquels la communauté de scientifiques et de gestionnaires du GIS Posidonie a contribué et collaboré. Ces grands thèmes ont fait l’objet de programmes, de partenariats, de suivis, de missions de terrain pour faire avancer la connaissance et sa diffusion. Plusieurs générations d’étudiants ont été formées en accompagnant et en participant à ces travaux. Des colloques et des ouvrages ont ponctué ces 30 années de travail pour la protection et la gestion de l’environnement marin. Outre les nombreux rapports et publications issus des travaux du GIS Posidonie en partenariat avec les laboratoires méditerranéens, ce sont aussi 30 ans d’aventures humaines et de rencontres maritimes sur l’eau et sous l’eau et une passion partagée pour la Méditerranée.

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GIS POSIDONIE_30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin

Vidéo de Sandrine Ruitton

Pourquoi suivre la colonisation des récifs artificiels par les organismes benthiques ?

La colonisation des récifs artificiels par les organismes benthiques participe activement au processus de complexification structurale des nouveaux habitats qu’offrent les récifs. La compréhension de la mise en place de la chaîne trophique au niveau de ces modules passe par une analyse ciblée du compartiment benthique. La diversité des communautés benthiques récifales optimise la reproduction, le recrutement et l’alimentation des poissons et grands invertébrés vagiles (crustacés et céphalopodes), contribuant ainsi au bon fonctionnement du peuplement du récif. A l’exubérance du développement des espèces pionnières a succédé une complexification de la composition spécifique du peuplement avec un processus de compétition pour l’espace. Depuis l’été 2009, le suivi des peuplements benthiques des récifs artificiels de la baie du Prado montre une colonisation progressive et une maturation des assemblages d’espèces.

Les trottoirs à vermets

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

Décrit pour la première fois par DE QUATREFAGES (1854) sur les côtes de Sicile, ce type de formation récifale calcaire est d’origine biologique. Les trottoirs et corniches à Vermets sont construits par l’association étroite entre une algue calcaire Corallinacée Neogoniolithon notarisii (Dufour) Setchell et Mason et un gastéropode prosobranche de la famille des Vermetidés, Dendropoma (Novastoa) petraeum (Monterosato), souvent désigné dans la littérature sous le nom de Vermetus cristatus Biondi (PERES et PICARD, 1952 . BLANC et MOLINIER, 1955c ; LABOREL, 1987). Ces deux espèces principales sont en général accompagnées d’un certain nombre de formes épilithes et endolithes, parmi lesquelles le foraminifère fixé Miniacina miniacea (Pallas) joue un rôle important en remplissant les espaces vides.

Ces vermets s’installent sur des plates-formes subhorizontales de substrat très divers. Celles-ci, formées par l’érosion physico-chimique de la zone des embruns, s’étendent au niveau du médiolittoral, de quelques mètres jusqu’à une centaine de mètres, mais des groupes de plates-formes peuvent s’étendre sur plusieurs centaines de mètres de large (SAFRIEL, 1966).

Les vermets trouvent sur ces plates-formes des conditions optimales de développement (hydrodynamisme, oxygénation…). Dendropoma petraeum édifie des ceintures continues en forme de bourrelet de 10 à 20 cm de hauteur sur le pourtour de la plate-forme et sur celle-ci, créant de multiples vasques retenant l’eau ; Vermetus triqueter occupe généralement l’intérieur de ces vasques (SAFRIEL, 1966). Les Vermets sont cimentés par des algues calcaires comme Neogoliolithon notarisi. Cette couverture biologique freine alors considérablement l’érosion.

Trois types morphologiques sont connus :

  • La forme “en corniche” ou “encorbellement” a été décrite au Cap Corse par MOLINIER (1955c) : c’est la plus simple, un bourrelet bio-construit se développant en porte-à-faux sur roche verticale ressemblant beaucoup à première vue à une corniche à Lithophyllum lichenoides située au dessous de son niveau normal. Dans ce cas, la roche est en général difficile à éroder (roches cristallines ou éruptives compactes).
  • Le type en “trottoir” ou en ” plate-forme” se présente comme une surface horizontale correspondant avec le niveau moyen de la mer, formée par l’érosion dans un substratum tendre (calcaires tendres, grès éoliens etc…). Cette plate-forme possède une surface irrégulière, parsemée de flaques peu profondes (quelques cm). Le bord de ces flaques et le rebord externe de la plate-forme sont recouverts par une mince couche de Vermetidés. Le rebord externe a tendance à s’élever au dessus de la plate-forme, supporté par des piliers irréguliers.

Les parois des dépressions ainsi que la surface verticale située en avant du bord externe portent des peuplements à Fucophyceae, essentiellement à base de Cystoseira en Méditerranée occidentale ou de Sargassum en Méditerranée orientale. Telle est en particulier, la structure type décrite à Milazzo (Sicile) par DE QUATREFAGES ; cette morphologie est commune en Corse, Espagne du Sud, Italie, Sicile et Afrique du Nord.

On note que des plate-formes de morphologie identique mais dépourvues de vermets s’observent dans des régions où les vermets ne peuvent se développer (d’où de fréquentes erreurs de signalisation) (DALONGEVILLE, 1977).

  • La forme en atoll est entièrement construite par les vermets et les algues calcaires ; elle a été décrite en Méditerranée orientale sur les côtes d’Israël (SAFRIEL, 1974) et de Crète (KELLETAT, 1979). La combinaison des forces constructives et érosives, alliée à la montée séculaire du niveau marin, peut entraîner la réalisation de récifs arrondis, déprimés au centre, très comparables à certains “boilers” des Bermudes (KEMPF et LABOREL 1968 ; SAFRIEL, 1974).

Bien que la surface supérieure des formations à Vermets soit généralement découverte par temps calme, l’analyse des peuplements accompagnateurs montre que la formation se situe biologiquement au-dessous du trottoir à Lithophyllum lichenoides. Cette différence s’observe chaque fois que les deux types de formations coexistent dans le même biotope, par exemple au Cap Corse ; les premiers thalles de Lithophyllum s’observent sur le sommet de l’édifice à vermets, correspondant avec la base de l’étage médiolittoral.

Distribution géographique

Formations d’eaux chaudes fortement apparentées à des peuplements tropicaux, les constructions à vermets sont assez rares sur les côtes de Méditerranée occidentale. Le refroidissement hivernal des eaux de surface et l’influence du Mistral empêchent le développement des Dendropoma dans le Golfe du Lion et sur la côte d’Azur française. On les voit apparaître, répartis de façon irrégulière, le long des côtes de Corse (Cap Corse, Centuri, Albo et Ajaccio) (MOLINIER,1960). Leur répartition détaillée le long des côtes italiennes et siciliennes n’est pas bien connue ; citons en particulier la Sicile (près de Palerme) (MOLINIER et PICARD, 1953c).

En Méditerranée orientale, la limite septentrionale des formations à Vermets ne semble pas remonter au Nord de la latitude d’Athènes (Grèce) en Mer Egée, le développement maximum se faisant sur les côtes de Crête, de Turquie, de Syrie, du Liban et d’Israël (KELLETAT, 1979 ; FEVRET et SANLAVILLE, 1966 ; SAFRIEL , 1974). Sur les rives africaines de Méditerranée, leur répartition exacte est encore mal connue ; elles sont en particulier connues en Tunisie et en Algérie (MOLINIER et PICARD, 1953b, 1954).

Menaces

Comme pour les encorbellements à Lithophyllum lichenoides, les trottoirs à vermets, du fait de leur position au niveau du médiolittoral, sont très sensibles à la pression humaine.

La pollution des eaux de surface, notamment par les hydrocarbures, la matière organique et sans doute l’ion phosphate, bloque ou diminue la synthèse des carbonates. Le bétonnage des biotopes littoraux et le recouvrement par des apports de terre ont fait disparaître un nombre indéterminé de bio-constructions sur nos côtes. Le piétinement par les pêcheurs à pied et par les touristes constitue sans doute aussi un facteur supplémentaire de dégradation. La rareté des trottoirs à Vermets connus, et la grande lenteur de leur édification, rend ces formations très vulnérables.

Le classement de certains bio-concrétionnements à Vermetidés de grande taille en “monuments naturels” s’imposera dès que la cartographie en sera terminée, permettant une meilleure protection.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Lithophaga lithophaga (Linnaeus, 1758)

lithophagalithophagathumbLa datte de mer possède une coquille de couleur brune, presque cylindrique (jusqu’à 8,5 cm de long). Elle vit principalement dans la zone battue par les vagues, au coeur de la roche calcaire dans laquelle elle creuse des galeries. Elle se vendait jadis sur les marchés provençaux au prix du caviar. Or, la méthode de pêche utilisée (dynamite ou marteau piqueur sous-marin) provoquait de sérieux dommages aux peuplements des substrats rocheux. L’espèce est aujourd’hui très rare dans plusieurs régions de Méditerranée. En Croatie, une taille minimale de pêche à été arrêtée par la législation et la pêche par destruction de l’habitat a été interdite. En raison de l’insuffisance des contrôles et de la hausse du prix de vente, ces mesures ne sont pas suffisantes. Seule une interdiction totale de la commercialisation de la datte de mer sur les marchés et les restaurants serait efficace !

Protection : Interdiction de la pêche en France par arrêté du 26 novembre 1992.

Patella ferruginea (Gmelin, 1791)

patellaferugineathumbC’est la plus grande patelle de Méditerranée (jusqu’à 8 cm de diamètre). On reconnaît la patelle géante facilement par sa taille mais aussi par sa coquille marquée de côtes écailleuses. Elle vit au-dessus du niveau de la mer, dans une zone battue par les vagues. Pour survivre, elle doit adhérer au substrat en adaptant parfaitement le bord de sa coquille aux aspérités du rocher. Elle se déplace pour se nourrir en râpant les algues sur son parcours. Décimée par les pêcheurs à pied (elle est utilisée comme appât) et par la pollution, elle ne subsiste plus aujourd’hui qu’en Corse, en Sardaigne. Quand on récolte la patelle, on détruit en même temps ses effectifs de juvéniles car ils vivent fixés sur la coquille des adultes. Il s’agit probablement de l’une des espèces marines les plus menacées de disparition rapide en Méditerranée.

Protection : Interdiction de la pêche en France par l’arrêté du 26 novembre 1992.

Pinna nobilis (Linnaeus, 1758)

pinnanobilisthumbLa grande nacre est l’un des plus grands coquillages existant dans le monde (elle peut dépasser 1 m de long). Elle vit à demi enfoncée dans le sédiment, enracinée par son byssus (sécrétion filamenteuse), principalement dans les herbiers à Posidonia oceanica, entre la surface et 35-40 m de profondeur. Elle abondait jadis sur le littoral, les romains utilisaient les filaments de son byssus pour tisser des vêtements. Certains prétendent que cette fine chevelure servit à confectionner la “toison d’or”! Décimée par la pollution, fragilisée par le recul des herbiers à Posidonie, par les ancrages et les chalutages, mais aussi par les plongeurs avides de souvenirs originaux, elle était devenue très rare. La protection de Pinna nobilis passe par l’établissement de zones d’herbier où le mouillage est interdit et par le respect des interdictions de pêche au chalut à moins de trois milles des côtes.

Protection : Interdiction de la pêche en France, par l’arrêté du 26 novembre 1992.