Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Ce paysage a été décrit en Corse par MOLINIER (1955) et, depuis, il n’a plus été signalé malgré son intérêt écologique et son aspect souvent spectaculaire.

Structure et dynamique

D’après MOLINIER (1955), les bourrelets à Ellisolandia elongata apparaissent en contrebas des encorbellements à Lithophyllum lichenoides. Les corallines se développent de façon très dense, en retenant, dans les ramifications de leur thalle calcaire, de grandes quantités d’éléments détritiques. Ces éléments sont cimentés par l’algue encroûtante Lithotamnium lenormandii.

Les bourrelets à Ellisolandia elongata ne sont pas strictement liés à la surface mais peuvent se rencontrer du niveau jusqu’à quelques mètres de profondeur. C’est une formation inféodée aux roches verticales (LABOREL, 1987).

Une riche faune colonise l’intérieur et la partie inférieure de ces bourrelets. La flore, en revanche, est relativement pauvre : en dehors de Ellisolandia elongata et de Lithothamnium lenormandii, on remarque surtout Lythophyllum incrustans et Jania rubens. D’une façon générale, le peuplement animal et végétal de ces bourrelets n’est pas original et se réfère à la biocénose de la roche infralittorale photophile.

Distribution géographique

En France : MOLINIER (1955) signale ce paysage en Corse et sur le littoral proche de Marseille. Il considère que ce type de formation organogène est présent en bien d’autres points du littoral Méditerranéen français.

En Grèce, PANAYOTIDIS (obs. inédite) signale les bourrelets à Ellisolandia elongata le long du littoral rocheux du golfe Saronikos.

Des bourrelets à Corallina elongata ont été également signalés en Syrie (MAYHOUB, 1976) et en Italie (en Sicile , DALONGEVILLE, 1980).

Menaces

Comme pour les autres formations organogènes, les bourrelets à Ellisolandia elongata correspondent à un fragile équilibre entre bioconstruction et bio-destruction. En outre, leur localisation près de la surface les soumet à l’action de la pollution. Enfin, la rareté des stations connues rend ce type de paysage, dont l’édification est probablement très longue (plusieurs siècles) vulnérables à l’aménagement du littoral.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.