La réserve de Scandola ou “retour vers le passé”

Les Cystoseira sont de grandes algues brunes pérennes qui, sous l’eau, sont l’équivalent des arbres sur terre. Des ‘arbres’ bien modestes qui ne dépassent pas quelques dizaines de centimètres de hauteur, mais qui constituent les ‘forêts’ sous-marines de Méditerranée. Ces forêts, bien que miniatures, s’organisent et fonctionnent comme les forêts terrestres, avec des formations jeunes et arbustives et des ‘forêts’ matures et denses parsemées de clairières. Sous les rameaux de Cystoseira, couverts d’épiphytes et de “lianes” algales, se développe un ‘sousbois’ d’espèces sciaphiles2, alors que des hordes d’animaux (petits invertébrés, juvéniles) s’affairent au milieu des frondaisons et sont la proie de grands prédateurs (poissons, crustacés, mollusques etc.) à l’affût ou en maraude.

Depuis la moitié du XXème siècle, les Cystoseira payent un lourd tribut au développement des pays méditerranéens. Elles régressent dramatiquement sur nos rivages, victimes directes ou indirectes des activités humaines. Recouvertes par les aménagements littoraux, arrachées par les engins de pêche et les ancres, empoisonnées par la pollution, dévorées par les oursins qui pullulent suite à la surpêche de leurs prédateurs, nos ‘forêts’ sous-marines disparaissent inexorablement. Contrairement à leurs soeurs terrestres, dont les incendies soulèvent l’émotion, et qui sont du reste en progression, à l’échelle de la Provence, nos forêts sous-marines disparaissent dans une relative indifférence. Sur les côtes provençales, les grandes ‘forêts’ de Cystoseira font déjà partie du passé. Les espèces de mi-profondeur ont disparu, celles de grande profondeur sont devenues rarissimes, seul subsiste près de la surface un fin liseré discontinu de Cystoseira amentacea.

Que pouvaient-être les paysages sous-marins de Provence avant que l’Homme y imprime sa marque ? De la surface jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de profondeur, sur les rochers ensoleillés, d’immenses ‘forêts’ de Cystoseira et des herbiers florissants de posidonie devaient ondoyer à perte de vue sous une sarabande de poissons. Comment imaginer un tel spectacle lorsque l’on plonge aujourd’hui entre Banyuls et Menton? Comment faire machine arrière, corriger nos erreurs et retrouver le jardin d’Eden ? ‘C’est impossible’ me direz-vous.

Je répondrai ‘Détrompez-vous, il y a une solution car la DeLorean existe (salut Marty !), elle s’appelle ‘Scandola’. Une immersion dans cette Réserve naturelle de Corse et vous êtes catapultés dans des temps révolus, dans une Méditerranée encore vierge. Là, les fonds ont été miraculeusement épargnés comme si aménagement, pollution, pêche et navigation n’existaient pas encore. De vastes ‘forêts’ exubérantes de Cystoseira s’étendent à perte de vue (Fig. 1). Des bancs de poissons ‘nobles’ (corbs, daurades, dentis, mérous, pagres, sars, sérioles) de tailles respectables survolent les fonds, ou sont tapis, à l’affût, entre les ‘arbres’ Cystoseira (chapons, murènes, rascasses), à côté des langoustes, cigales et araignées de mer. Ce ‘voyage dans le temps’ je l’ai fait pour la première fois en 1975, quand, jeune étudiant du Professeur Boudouresque, j’ai fait ma première mission de terrain. C’était en février, autant dire que mon premier contact avec les ‘forêts’ de Cystoseira fut assez glacial (à l’époque les combinaisons de plongée étaient encore assez fines). Par la suite, grâce au Parc Naturel Régional de Corse, aux agents de la Réserve de Scandola et au GIS Posidonie, j’ai pu refaire ce fascinant ‘retour vers le passé’ à de multiples reprises. L’îlot des Orgues, Palazzu, Palazzinu, Gargalu, Garganellu…, à ces noms des flots d’images de ‘forêts’ de Cystoseira me reviennent à l’esprit.

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Fig. 1. Les peuplements de cystoseires constituent une ‘forêt’ dense offrant des abris à la faune marine.

La systématique des Cystoseira n’étant pas très aisée (c’est le moins qu’on puisse dire), pendant plusieurs années, je les ai côtoyées sans les regarder en détail, me limitant à identifier les espèces classiquement répertoriées en Corse. Jusqu’au jour où un très cher et éminent collègue catalan, le Dr. Enric Ballesteros et son équipe, ont débarqué à Scandola et ont attiré mon attention sur plusieurs espèces que je ne connaissais pas. Ce fut le point de départ de recherches passionnantes, qui nous ont conduits à plonger et à échantillonner partout à Scandola. Le matériel récolté fut étudié en détail, puis confronté aux grandes collections d’algues conservées au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris, au Naturhistorisches Museum de Wien en Autriche et à celles de l’Université de Catania en Sicile. Le résultat de ces recherches fut à la hauteur de nos efforts avec la découverte de trois espèces méditerranéennes de Cystoseira nouvelles pour la Corse et pour la France (Verlaque et al., 1999). C’était un peu comme découvrir trois espèces inconnues d’arbres dans la forêt située juste derrière chez vous. La première, Cystoseira usneoides, est une espèce atlantico-méditerranéenne qui n’était connue auparavant que des rives sud de la Méditerranée, de l’Espagne et d’Italie. Scandola est actuellement la seule localité française où l’espèce a été signalée. La seconde, Cystoseira funkii, était restée ignorée par la communauté scientifique depuis sa description, en 1976, du golfe de Naples. La dernière, Cystoseira jabukae, n’avait jamais été revue depuis sa découverte, dans les années 1950, à Jabuka, un petit îlot perdu au centre de l’Adriatique. Nos recherches ont permis de démontrer que toutes les signalisations méditerranéennes antérieures de cette espèce étaient erronées et correspondaient à Cystoseira funkii. Depuis, de nouvelles recherches ont permis de retrouver de très rares survivants de Cystoseira funkii et de Cystoseira jabukae sur le littoral provençal.

La découverte, encore de nos jours, de grandes algues pérennes inconnues sur nos rivages illustre le caractère encore très partiel de nos connaissances sur la flore et la faune de Méditerranée. Dans le contexte actuel d’appauvrissement rapide et général de la biodiversité, ce type de découverte illustre aussi l’urgence des inventaires systématiques. Les aires marines protégées (AMPs) comme Scandola jouent un rôle majeur dans la préservation et la reconstitution des stocks exploitables, mais elles sont aussi des conservatoires de la biodiversité, véritables sanctuaires de la Nature qui nous offrent l’opportunité d’enrichir nos connaissances et de faire avancer la Science. La Réserve Naturelle de Scandola, avec une quinzaine d’espèces et de variétés différentes de Cystoseira (soit près de la moitié des espèces et variétés recensées à ce jour en Méditerranée) prospérant de la surface jusqu’à près de 80 m de profondeur, en est une éclatante illustration (Fig. 2).

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Fig. 2 : Cystoseires et posidonies se rencontrent près de la surface dans la réserve naturelle de Scandola.

Ces sanctuaires naturels sont fragiles et exigent une attention de tous les instants, aussi seul un petit nombre de scientifiques ont eu la chance et l’immense privilège d’embarquer dans la ‘DeLorean’ Scandola et de retrouver la Méditerranée des origines, quasi-vierge de toute offense. Je vous souhaite d’avoir cette chance, vous ne serez pas déçus, des découvertes vous attendent à chaque plongée. Depuis 20 ans, les recherches conduites par le GIS Posidonie dans les aires marines protégées s’inscrivent dans cette démarche. Un dernier conseil pour les futurs voyageurs, préparez-vous au ‘retour vers le présent’, retrouver le XXIème siècle et ses nuisances est toujours très éprouvant !

Auteur : Marc Verlaque

Références
Verlaque M., Ballesteros E., Sala E. Garrabou J., 1999. New collection of Cystoseira jabukae (Cystoseiraceae, Fucophyceae) from Corsica (Mediterranean), with notes on the previously misunderstood species, C. funkii. Phycologia, 38 (2) : 77-86.

Caulerpa taxifolia : l’expansion d’une algue tropicale en Méditerranée

Depuis une dizaine d’années, l’expansion en Méditerranée de l’algue d’origine tropicale Caulerpa taxifolia a connu un grand retentissement médiatique. Cette algue, qui n’occupait qu’un mètre carré en 1984, concernait en 2000 près de 6000 ha de fonds littoraux. Dans ce document, la description du phénomène est l’occasion d’expliquer comment une espèce exotique introduite dans un nouvel environnement est susceptible de le perturber. L’introduction d’espèces animales ou végétales, qui résulte directement ou indirectement des activités de l’homme (“pollution biologique”), est considérée par les organismes internationaux comme l’un des problèmes écologiques majeurs du 21 ème siècle. On sait que les introductions d’espèces sont déjà responsables d’un tiers des extinctions d’espèces dans le monde !

 Ce document a été réalisé dans le prolongement de deux importants programmes internationaux qui ont permis la publication de très nombreux travaux scientifiques sur Caulerpa taxifolia. Ainsi, 430 chercheurs, appartenant à 115 organismes, d’Espagne, France, Italie, Croatie, Tunisie et Turquie, ont regroupé leurs efforts, dans le cadre de programmes internationaux (Commission Européenne), nationaux et régionaux. Au total, une importante base de connaissances est aujourd’hui disponible sur les différents aspects du phénomène : biologie, écologie, physiologie, génétique, systématique, chimie, toxicologie, cinétique d’expansion, état cartographique, vecteurs de dissémination, modalités de la colonisation, aspects juridiques et techniques de lute. Un total de près de 600 documents scientifiques, dont une centaine de publications dans de grandes revues internationales, font de Caulerpa taxifolia l’espèce marine introduite la mieux documentée au monde. Par ailleurs, sept séminaires internationaux ont permis la confrontation des résultats des différentes équipes de recherche.

Plus particulièrement élaboré pour les enseignants, l’objectif du présent document est de présenter Caulerpa taxifolia, une algue bien singulière, d’aider à comprendre les raisons du succès inattendu de son expansion tirer des enseignements pour le futur.

Référence du document : GRAVEZ V., BOUDOURESQUE C.F., MEINESZ A., VERLAQUE M., COTTALORDA J.M., GUITTON L., BERNARD G., ESCOFFIER B., BONHOMME P., 2001. Caulerpa taxifolia : l’expansion d’une algue tropicale en Méditerranée. Conséquences pour l’environnement et les activités humaines. Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur & GIS Posidonie publ., Fr. : 1-25. ISBN : 2-905540-26-5.

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Un peuplement à protéger : les bourrelets à Ellisolandia elongata

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Ce paysage a été décrit en Corse par MOLINIER (1955) et, depuis, il n’a plus été signalé malgré son intérêt écologique et son aspect souvent spectaculaire.

Structure et dynamique

D’après MOLINIER (1955), les bourrelets à Ellisolandia elongata apparaissent en contrebas des encorbellements à Lithophyllum lichenoides. Les corallines se développent de façon très dense, en retenant, dans les ramifications de leur thalle calcaire, de grandes quantités d’éléments détritiques. Ces éléments sont cimentés par l’algue encroûtante Lithotamnium lenormandii.

Les bourrelets à Ellisolandia elongata ne sont pas strictement liés à la surface mais peuvent se rencontrer du niveau jusqu’à quelques mètres de profondeur. C’est une formation inféodée aux roches verticales (LABOREL, 1987).

Une riche faune colonise l’intérieur et la partie inférieure de ces bourrelets. La flore, en revanche, est relativement pauvre : en dehors de Ellisolandia elongata et de Lithothamnium lenormandii, on remarque surtout Lythophyllum incrustans et Jania rubens. D’une façon générale, le peuplement animal et végétal de ces bourrelets n’est pas original et se réfère à la biocénose de la roche infralittorale photophile.

Distribution géographique

En France : MOLINIER (1955) signale ce paysage en Corse et sur le littoral proche de Marseille. Il considère que ce type de formation organogène est présent en bien d’autres points du littoral Méditerranéen français.

En Grèce, PANAYOTIDIS (obs. inédite) signale les bourrelets à Ellisolandia elongata le long du littoral rocheux du golfe Saronikos.

Des bourrelets à Corallina elongata ont été également signalés en Syrie (MAYHOUB, 1976) et en Italie (en Sicile , DALONGEVILLE, 1980).

Menaces

Comme pour les autres formations organogènes, les bourrelets à Ellisolandia elongata correspondent à un fragile équilibre entre bioconstruction et bio-destruction. En outre, leur localisation près de la surface les soumet à l’action de la pollution. Enfin, la rareté des stations connues rend ce type de paysage, dont l’édification est probablement très longue (plusieurs siècles) vulnérables à l’aménagement du littoral.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Les peuplements lagunaires d’algues “rouges” et “brunes” libres

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

Les sites lagunaires, généralement à fond sablo-vaseux, abritent des peuplements d’algues “rouges” et “brunes” libres assez denses ; les espèces fixées, plus diversifiées et beaucoup moins importantes quantitativement, se localisent sur les quelques substrats durs des rivages.

La composition de la végétation des lagunes et des étangs saumâtres de Méditerranée dépend de leur localisation géographique. Les Gracilaria (différentes espèces) surtout, puis les Rytiphlaea tinctoria (Clemente) Agardh, Soliera chordalis J. Agardh (Agardh), Radicilingua thysanorhizans (Holmes) Papenfuss, Chondria tenuissima (Goodenough et Woodward) C. Agardh, Lophosiphonia subadunca (Kützing) Falkenberg etc… constituent les principales espèces d’algues rouges libres des lagunes méditerranéennes ; les principales algues brunes libres sont des Ectocarpaceae avec différentes espèces d’Ectocarpus et de Giffordia, des Colpomenia, des Stictyosiphon, etc. Des Chlorophyceae libres sont également présents : Chaetomorpha linum (Müller) Kützing, Ulva sp. p et Enteromorpha sp. p. Certaines algues rouges lagunaires ont un intérêt économique.

Le développement de ces peuplements lagunaires libres est saisonnier. Les individus, fixés dès leur jeune âge aux divers petits substrats (coquilles, cailloux, autres algues, etc) se détachent par la suite pour former des touffes denses pouvant occuper des surfaces de plusieurs mètres carrés. En fonction des vents, de la houle, des courants et de la profondeur des sites, les touffes d’algues libres se déplacent d’un endroit à un autre.

Ainsi, les données concernant ces peuplements, dans un secteur donné, sont presque toujours ponctuelles dans le temps, de telle sorte que le suivi de leur évolution s’avère difficile. De plus, peu d’études ont été consacrées à leur écologie et à leur dynamique (SCHAUB, 1986 ; CASABIANCA et al., 1972-1973 ; MERCIER, 1973 ; BEN MAIZ, 1986 ; BELKHIRIR et HADJ-ALI-SALEM, 1981).

Distribution géographique

Les lagunes littorales hébergeant des peuplements d’algues rouges et brunes libres sont présentes le long de la plupart des côtes méditerranéennes :

en Espagne : delta de l’Ebre ;

en France : étangs de la côte languedocienne et de la côte orientale de Corse ;

et en Italie, en Tunisie, etc…

Menaces

La pollution des eaux et les rejets industriels constituent actuellement la principale menace qui pèse sur les peuplements lagunaires d’algues rouges et brunes libres.

La diminution de la transparence de l’eau réduit la profondeur à laquelle peuvent se développer ces peuplements.

L’eutrophisation provoque la régression des algues rouges et brunes et l’expansion d’algues vertes nitrophiles. En période chaude, la décomposition de ces algues peut provoquer l’anoxie et des mortalités massives d’espèces animales. Des phénomènes d’eaux rouges peuvent également se produire.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Les peuplements à grandes laminaires du courant Atlantique

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

Les peuplements à grandes laminaires du courant Atlantique, dominés par de très grandes algues, diffèrent complètement, tant par leur aspect que par leur composition floristique, de tous les autres peuplements de Méditerranée.

Les peuplements à Saccorhiza polyschides du détroit de Messina (GIACCONE, 1972) montrent une richesse remarquable en Cystoseira tamariscifolia, si bien qu’on les a considérés comme un faciès à C. tamariscifolia du Cystoseiretum strictae (GIACCONE, 1972). Néanmoins, en mer d’Alboran et dans le détroit de Messina, Saccorhiza apparaît également au sein du Cystoseiretum usneoidis où il peut être l’espèce dominante vers 18 m de profondeur (GIACCONE et BRUNI, 1971 ; BALLESTEROS, obs. ined.). Dans ces fonds, une strate supérieure à Saccorhiza est distinguée avec un recouvrement variable, une strate inférieure avec des algues très grandes pour la Méditerranée (Cystoseira usneoides, Phyllariopsis brevipes, Sphaerococcus coronopifolius, Zonaria tournefortii, Ulva olivascens, Spatoglossum solieri…) et une strate encroûtante avec Mesophyllum lichenoides, Peyssonnelia rosa-marina et Lithophyllum incrustans. Les petites algues sont peu nombreuses mais des espèces comme Jania rubens et Acrosorium uncinatum (BALLESTEROS, obs. ined.) sont présentes.

En profondeur (à partir de 22-23 m à Alboran et de 30 m à Messina), apparaît Laminaria ochroleuca. Ces peuplements constituent un faciès du Cystoseiretum usneoidis (GIACCONE, 1972), au moins jusqu’à 50-60 m de profondeur. La flore accompagnatrice varie avec la profondeur, avec Lithothamnium philippii et Mesophyllum lichenoides comme espèces encroûtantes dominantes. Dans les zones les plus profondes, la flore s’appauvrit et diverses espèces animales ont un recouvrement important (Eunicella, Alcyonium, Myriapora).

Distribution géographique

Ces peuplements se développent exclusivement dans la mer d’Alboran, la région d’Alger et le détroit de Messine. Les peuplements superficiels à Saccorhiza sont peu étendus tandis que ceux à Laminaria ochroleuca se développent sur des surfaces plus vastes et plus continues. En particulier , dans le détroit de Messine, les premiers sont limités à de petites zones côtières (Villa san Giovanni, côte de Calabre ; Ganzirri, côte de Sicile) ; les seconds forment des étendues, pratiquement continues de la côte de Sicile à la côte de Calabre, sur 15 km le long de l’axe du détroit.

Ecologie

La présence de ces peuplements à laminaires atlantiques est conditionnée par de forts courants de fond, de faibles variations de température et une richesse notable en sels nutritifs.

Menaces

La rareté de ces peuplements et leur intérêt scientifique rendent ces fonds tout à fait remarquables. Les deux peuplements sont sujets à différents types de menaces.

Le peuplement superficiel à Saccorhiza peut être facilement dégradé par l’action de polluants de surface (hydrocarbures, détergents) ; sa rareté le rend, en outre, vulnérable aux aménagements littoraux ; le peuplement plus profond à Laminaria ochroleuca peut être dégradé par des modifications physico-chimiques des courants de fonds et par la diminution de la transparence des eaux ; son extrême localisation le rend également vulnérable.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Les peuplements à Laminaria rodriguezii

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

Les fonds à Laminaria rodriguezii sont des fonds coralligènes particuliers, caractérisés par un recouvrement variable de cette grande algue, parfois accompagnée de Cystoseira zosteroides, Phyllariopsis brevipes et de quelques autres Phaeophyceae et Rhodophyceae de profondeur. On a aussi observé L. rodriguezii sur des fonds de maërl situés à grande profondeur.

Ecologie

Ces peuplements semblent fortement liés à une faible intensité lumineuse, à une température de l’eau basse et constante, et à la présence de courants de fond intenses. La limite bathymétrique supérieure de Laminaria rodriguezii (60m) semble conditionnée par la profondeur de la thermocline et des ondes internes qui se forment au début de l’automne. La limite bathymétrique inférieure est conditionnée par la lumière nécessaire au plein développement de L. rodriguezii en été. Ainsi, dans les eaux proches du continent, la lumière n’est plus suffisante aux profondeurs où sont réalisées les conditions thermiques qu’exige cette espèce, de telle sorte que ses peuplements sont presque inexistants sur les côtes continentales européennes. La rareté des fonds rocheux à ces profondeurs est sans doute une autre cause de la rareté des peuplements de Laminaria rodriguezii. C’est autour des îles situées au large, dans des eaux beaucoup plus claires, que ces peuplements sont le plus fréquents.

Distribution géographique

La distribution des peuplements à Laminaria rodriguezii est la même que celle de l’espèce voir chapitre correspondant.

Menaces

Les menaces des peuplements à Laminaria rodriguezii sont les mêmes que celles de l’espèce, se reporter au chapitre correspondant.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Les peuplements lagonaires des trottoirs à vermets

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

Les trottoirs à vermets (voir chapitre trottoir à Vermets dans la partie paysages menacés) présentent, sur leur partie subhorizontale, des vasques retenant l’eau qui constituent ainsi des lagons miniatures. La couverture algale y est souvent supérieure à 90%. Dans ces lagons, la température de l’eau est directement liée à celle de l’air ambiant, de telle sorte qu’ils abritent des populations algales très différenciées suivant les saisons. LUNDBERG (1980 et 1986) distingue une population d’hiver-printemps où Ulva lactuca et Enteromorpha sp. dominent fortement avec, en hiver, la présence de Porphyra umbilicalis, Petalonia fascia, Scytosiphon lomentaria et Nemalion helminthoides et une population d’automne-été où Jania rubens, Laurencia papillosa et Acanthophora najadiformis dominent fortement ; Centroceras clavulatum y est commun ; on peut aussi trouver Caulerpa scalpelliformis, Caulerpa mexicana, Acetabularia parvula et Hypnea cornuta.

Dans les trous et crevasses qui sont fréquents sur les trottoirs à vermets, sont observées, en plus des espèces citées précédemment, des espèces caractéristiques de ces trous (LUNDBERG 1980 et 1986). Gracilaria bursa-pastoris et Sargassum vulgare dominent parmi Cystoseira compressa, Corallina granifera, Rytiphloea tinctoria, Pterosiphonia pennata, Laurencia obtusa, Rhodymenia pseudopalmata, Botryocladia botryoides, Dasya sp., Halimeda tuna, Polysiphonia sp., Caulerpa racemosa, Caulerpa scalpelliformis, Caulerpa mexicana, Hypnea cornuta et Spatoglossum asperum.

La population d’été-automne et la population des trous et crevasses sont particulièrement riches en espèces lessepsiennes et pantropicales habituellement peu communes partout ailleurs en Méditerranée.

Distribution géographique

Se reporter au chapitre “trottoir à vermets” de la partie “paysages menacés”.

Menaces

La principale menace qui pèse sur les peuplements si particuliers des trottoirs à vermets, hormis les pollutions de surface, est la destruction par aménagement des trottoirs eux-mêmes.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Les algues à protéger

Cette liste des espèces d’algues à protéger, non exhaustive, est issue d’un travail publié en 1990, intitulé “livre rouge” (dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement) et mis à jour par Marc Verlaque.

  • Acetabularia caliculus J.V.Lamouroux : algaeBASE
  • Caulerpa ollivieri Dostál : algaeBASE
  • Chondrymenia lobata (Meneghini) Zanardini : algaeBASE
  • Cystoseira C.Agardh : algaeBASE
  • Desmarestia dresnayi
  • Desmarestia ligulata (Stackhouse) J.V.Lamouroux : algaeBASE
  • Dictyota mediterranea (Schiffner) G.Furnari : algaeBASE
  • Fucus virsoides J.Agardh : algaeBASE
  • Gymnogongrus crenulatus (Turner) J.Agardh : algaeBASE
  • Halarachnion ligulatum (Woodward) Kützing : algaeBASE
  • Halymenia elongata C.Agardh : algaeBASE
  • Laminaria ochroleuca Bachelot de la Pylaie : algaeBASE
  • Laminaria rodriguezii Bornet : algaeBASE
  • Lithophyllum byssoides (Lamarck) Foslie : algaeBASE
  • Naccaria wiggii (Turner) Endlicher : algaeBASE
  • Nemastoma dichotomum J.Agardh : algaeBASE
  • Parvocaulis parvulus (Solms-Laubach) S.Berger, U.Fettweiss, S.Gleissberg, L.B.Liddle, U.Richter, H.Sawitzky & G.C.Zuccarello : algaeBASE
  • Penicillus capitatus Lamarck : algaeBASE
  • Phyllariopsis purpurascens (C.Agardh) E.C.Henry & G.R.South : algaeBASE
  • Platoma cyclocolpum (Montagne) F.Schmitz : algaeBASE
  • Ptilophora mediterranea (H.Huvé) R.E.Norris : algaeBASE
  • Saccorhiza polyschides (Lightfoot) Batters: algaeBASE et DORIS
  • Sargassum C.Agardh : algaeBASE
  • Schimmelmannia schousboei (J.Agardh) J.Agardh : algaeBASE
  • Schizymenia dubyi (Chauvin ex Duby) J.Agardh : algaeBASE
  • Spyridia hypnoides (Bory de Saint-Vincent) Papenfuss : algaeBASE 
  • Titanoderma ramosissimum (Heydrich) Bressan & Cabioch : algaeBASE

L’encorbellement à Lithophyllum lichenoides

Lythophyllum_byssoides

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

Cette formation est la plus connue du bassin méditerranéen occidental ; sa structure, ses peuplements et sa répartition ont été bien étudiés (PICARD, 1954 ; BLANC et MOLINIER, 1955 ; PERES et PICARD, 1964, etc) ; elle a été successivement désignée sous les noms de “trottoir à Tenarea“, “trottoir à Lithothamnion“, ou de “trottoir à Lithophyllum tortuosum“.

La dénomination “trottoir” est impropre : ce terme ne devrait s’appliquer qu’aux formations à vermets de Sicile. La formation à Lithophyllum lichenoides devrait plutôt être désignée sous le nom de “corniche”, “bourrelet” ou “encorbellement”. En effet, aux différents stades de son développement, on assiste à un changement morphologique net : dans les cas les plus simples, on n’observe qu’une couverture dense de thalles sur une hauteur de 20 à 30 cm ; il n’ y a alors pas cimentation. A un stade ultérieur, on observe un bourrelet qui se développe en largeur, pouvant évoluer en une corniche en porte-à-faux de 1 à 2 m de largeur.

Cette construction est, en Méditerranée, et peut-être pour l’ensemble du benthos mondial, celle qui se développe au niveau le plus élevé. On la trouve légèrement en dessus du niveau moyen, dans la zone du déferlement (étage médiolittoral). Quand l’eau est calme, l’encorbellement émerge en général complètement au dessus de l’eau.

Celle-ci ne se développe que sur substrat rocheux dur, qu’il soit calcaire, volcanique ou cristallin, et seulement sur des côtes très battues exposées aux vents dominants. Mais la hauteur véritable au dessus du niveau moyen est variable en fonction de l’importance de l’agitation. Dans les fissures, encoignures et petites criques ouvertes à la houle du large, son développement en largeur et en épaisseur peut localement s’amplifier.

Du point de vue de la structure, la corniche est monospécifique, entièrement formée par l’empilement des thalles calcaires, en coussinets, de Lithophyllum lichenoides. La structure interne va du plus simple (thalles juxtaposés sans cimentation) au plus complexe, auquel cas on observe trois couches successives (fig. ) :

  • Une couche externe poreuse de couleur rose violacée, formée de coussinets algaux vivants (1), ne mesurant en général que quelques centimètres d’épaisseur. Elle est surtout développée sur la partie la plus externe de la corniche et sur sa surface supérieure.
  • Sous la couche vivante (1) s’observe une zone compacte (2) d’épaisseur variable, résultat d’une évolution complexe (NESTEROFF, 1965 ; BLANC et MOLINIER, 1955) qui comprend le dépôt de sédiments fins entre les branches des coussinets algaux, après leur mort, puis la formation d’un ciment calcaire microcristallin très dur (micrite). Cette partie dure est souvent divisée en couches concentriques reposant l’une sur l’autre de façon assez lâche. Cette structure très spéciale n’est pas encore bien comprise mais elle est sans doute due à l’enregistrement de périodes de fortes pressions atmosphériques (anticycloniques) (LABOREL et al., 1983). De telles conditions météorologiques entraînent une baisse de niveau remarquable, pouvant dépasser 30 cm et pouvant durer près de deux mois d’affilée (la dernière en date étant celle de janvier-février 1989). Si ces émersions se produisent en période hivernale, elles ne semblent pas laisser de traces visibles (LABOREL, obs. inéd.) ; par contre si elles se produisent en été, le dessèchement et la chaleur conjuguée peuvent entraîner une mortalité des peuplements de Lithophyllum lichenoides telle qu’une période assez longue est nécessaire à la reconstitution du peuplement.
  • La surface inférieure de la corniche (3) est morte et recouverte d’assemblages animaux et végétaux sciaphiles. Parmi les constituants animaux, on note divers types d’organismes destructeurs (éponges du genre Cliona, datte de mer Lithophaga, etc.) qui perforent la roche ; la partie inférieure est donc une zone de destruction accélérée sous l’effet de facteurs biologiques et qui peut d’ailleurs s’amplifier en cas de pollution organique.

L’épaisseur relative de ces trois zones varie en fonction des conditions physicochimiques, biologiques, ainsi que de l’histoire géologique de la région considérée.

Distribution géographique

Si l’espèce Lithophyllum lichenoides est connue de toute la Méditerranée occidentale, et récemment de Méditerranée orientale, les encorbellements à Lithophyllum lichenoides de grande taille semblent relativement rares.

En Espagne, citons celui des Iles Medes (Catalogne) (BALLESTEROS, 1984c ; GILI et ROS, 1982).

En Françe, plusieurs survols récents par hélicoptère ont permis de mettre en évidence la rareté des corniches de grande taille. De telles constructions sont signalées dans les Pyrénées-Orientales (DELAMARE-DEBOUTEVILLE et BOUGIS, 1951), près de Marseille (BLANC, 1968), aux îles d’Hyères : Grand Langoustier, pointe Escampobariou, îlot de la Gabinière, île de Bagaud (LABOREL et al., 1983) ; sur les côtes des Alpes-Maritimes : à l’est de d’Agay (MEINESZ, com. pers.) ; en Corse, les encorbellements les plus spectaculaires sont ceux de Cala Lititzia (Réserve Marine de Scandola) (LABOREL et al., 1983 ; BIANCONI et al., 1987) ; ces formations sont abondantes le long de la côte occidentale jusqu’à Bonifaziu.

En Sicile (Italie), des encorbellements ont été signalés aux îles Egadi (GIACCONE et SORTINO, 1974).

Dans l’Adriatique, des encorbellements ont été signalés à l’île Pelagosa (SCHIMPER et FABER, 1935) et en Yougoslavie (LOVRIC, 1971).

Menaces

En France, les encorbellements à L. lichenoides ont régressé dans les zones polluées. Dans les Pyrénées Orientales des documents photographiques anciens (JOUBIN, 1906) laissent entendre qu’ils étaient plus développées vers la fin du siècle dernier que de nos jours. En région marseillaise, de nombreux éléments de ces constructions existent sur toutes les côtes rocheuses, mais tous ceux qui bordent le golfe de Marseille ont été progressivement tués par la pollution depuis la fin des années 1950. Certains petits encorbellements subsistent sur les côtes des calanques. Dans la région de La Ciotat, des fragments prélevés avant la dernière guerre sur l’île Verte (ROUVIER, com. pers.), comparés au développement actuel de l’algue au même endroit, suggèrent que la croissance actuelle de l’algue pourrait être réduite, peut être sous l’influence de la pollution.

L’un des plus beaux encorbellements connus, celui du Grand Langoustier à Porquerolles, qui devrait être considéré comme un monument naturel, apparaît actuellement en mauvais état, et en tous cas plus ou moins inactif, sans doute en raison des eaux de surface polluées en provenance de l’agglomération toulonnaise.

La situation même des encorbellements d’algues calcaires, comme celui à L. lichenoides, au niveau du médiolittoral, ainsi que leur structure poreuse, rendent ces formations très vulnérables aux pollutions de surface telles que les eaux polluées des émissaires, les films d’hydrocarbures, etc. L’eau dessalée, même légèrement, empêche leur formation. Une menace pourrait provenir également des ions phosphates des détergents (LABOREL, obs. inéd.).

En outre, les encorbellements constituent des points de débarquement commodes pour de petites embarcations : l’encorbellement de Cala Litizia est ainsi fréquemment visité, d’autant plus que l’existence de cette curiosité naturelle commence à être connue d’un public de plus en plus large ; or, on ignore les capacités de résistance au piétinement de ces formations.

L’édification d’un encorbellement semble un phénomène d’une lenteur exceptionnelle (plusieurs siècles), et il est certain que les encorbellements actuels doivent impérativement être protégés.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Les fôrets à Cystoseira de mode calme

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

Diverses associations dominées par des espèces de Cystoseira inféodées aux milieux calmes de l’infralittoral supérieur ont été décrites en Méditerranée. On distingue en particulier le Cystoseiretum crinitae, le Cystoseiretum balearicae et le Cystoseiretum caespitosae inféodés aux premiers mètres de l’étage infralittoral et le Cystoseiretum sauvageauanae qui se rencontre jusqu’à 10 m de profondeur. Leur structure ressemble beaucoup à celle des peuplements à Cystoseira mediterranea, avec une strate arborescente constituée par Cystoseira, une strate arbustive, une strate épiphyte et une couverture basale encroûtante. La dynamique de ces Cystoseiretum varie selon l’espèce et selon la localisation géographique, mais on distingue toujours un cycle annuel bien marqué, avec une phase de développement des rameaux de l’espèce principale et une phase de sénescence.

Distribution géographique

Le Cystoseiretum crinitae est répandu dans toute la Méditerranée. Le Cystoseiretum balearicae a été décrit en Corse (France) par VERLAQUE (1987), et est aussi présent aux Baléares (Espagne). Le Cystoseiretum caespitosae, selon BALLESTEROS (1984), est propre aux Pyrénées-Orientales (France) et à la Costa Brava (Espagne). Le Cystoseiretum sauvageauanae (GIACCONE, 1972) se développe dans le centre de la Méditerranée occidentale (Corse, Sicile, Baléares, sud-est de l’Espagne).

Menaces

Ces peuplements sont très sensibles à la pollution et une substitution progressive de ceux-ci par des peuplements à espèces plus résistantes ayant une répartition écologique plus large est observée  : Padina pavonica, Stypocaulon scoparium, etc. Le surpâturage par les oursins peut avoir des effets très négatifs sur ces peuplements à Cystoseira, jusqu’à les faire disparaître totalement si la densité des populations est trop importante. La régénération de ceux-ci est lente, plusieurs années peuvent ainsi s’écouler avant que le Cystoseiretum ne réapparaisse (VERLAQUE, 1987).

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Les forêts à Cystoseira mediterranea

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

Les peuplements à Cystoseira mediterranea s’installent dans les rochers assez battus, bien illuminés, en milieux non pollués et stables, toujours au dessous de l’étage médiolittoral et jusqu’à 1 m de profondeur. On distingue trois ou quatre strates de végétation parmi lesquelles de nombreux animaux tels que Mytilus, Balanus et quelques hydraires et éponges sont présents. La strate arborescente est constituée par la phéophycée Cystoseira mediterranea qui se fixe par un disque adhérant au substrat. Les stipes qui partent de ses bases peuvent atteindre quelques centimètres de longueur et sont souvent recouverts par diverses espèces épiphytes, Jania rubens, en particulier. Bases et stipes se maintenant pendant plusieurs années, la dynamique de la communauté est marquée par le cycle annuel des rameaux. Leur développement est maximal au printemps (BALLESTEROS, 1988b). De nombreuses algues épiphytent les rameaux, surtout en été. La strate encroûtante basale et les espèces arbustives du substrat ont une dynamique inverse à l’espèce dominante.

Situation géographique

Les peuplements à Cystoseira mediterranea sont bien développées sur la Costa Brava (nord-est de l’Espagne) (Ballesteros, 1984), le littoral Leventin (en particulier dans le secteur d’Alicante) (BOISSET, com. verb.), la côte des Albères (FELDMANN, 1937), Naples (CINELLI et al., 1976) et les Baléares (RIBERA, 1983). En Tunisie, les peuplements de l’espèce sont observés à Béchateur et Bizerte (OUAHCHI, 1977), au Cap Zebib et La Marsa (MENEZ et MATHIESON, 1981), à Carthage (BEN ALAYA, 1970) et à Sidi Bou Saïd (BEN MAIS, com. verb.)

Menaces

Cystoseira meditarranea est très sensible à la pollution et elle disparaît autour des grandes villes et des zones industrielles. Le peuplement à Cystoseira mediterranea est alors susbtitué par un peuplement moins structuré et moins riche, floristiquement dominé par Corallina elongata (BALLESTEROS et al., 1984). Aussi, l’action, humaine directe, en arrachant les pieds des Cystoseira pour ramasser les moules, est considéré dans quelques zones touristiques, comme une menace.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.

Les forêts à Dictyopteris membranacea

Cet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ’Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Structure et dynamique

L’extraordinaire exubérance de Dictyopteris membranacea (Stackhouse) Batters détermine un paysage original : les thalles de D. membranacea sont très développés (parfois plus de 50 m de longueur), serrés les uns contre les autres, constituent ainsi une forêt extrêmement dense qui ondule avec les vagues et le courant de façon caractéristique. La flore accompagnatrice est référable au Cystoseiretum crinitae : Padina pavonica (Linnaeus) Thivy, Halopteris filicina (Grateloup) Kützing, Dictyota dichotoma (Hudson) Lamouroux, Corallina granifera Ellis et Solander, Peyssonnelia sp. etc.

Ce type de paysage se développe sur substrat rocheux avec peu de sédimentation et une pente comprise entre 30 et 80°, toujours dans des biotopes ouverts et des eaux remarquablement transparentes et oligotrophes. La limite supérieure du peuplement est habituellement marquée par le passage à des communautés d’algues photophiles infralittorales (divers faciès du Cystoseiretum crinitae, Cystoseiretum balearicae, ou même le Lithophyllo-Arbacietum lixulae). La limite inférieure est établie avec les communautés sciaphiles caractérisées par Peyssonnelia sp., Udotea petiolata (Turra) Boergesen, Halimeda tuna Ellis et Solander, etc, à (5) 10-30 (35) m de profondeur, dans des biotopes recevant entre 5 et 25% de l’intensité lumineuse superficielle (données inédites obtenues à l’ Ile de Cabrera, Baléares, par BALLESTEROS).

C’est en été (juin-octobre) que la forêt à Dictyopteris membranacea présente ses aspects les plus caractéristiques ; Dictyopteris membranacea présente en effet une période de repos hivernal (décembre-avril) et une phase de reproduction ou de développement pendant le printemps (avril-juin) (BALLESTEROS, données inédites).

Distribution géographique

Ce type de paysage semble particulièrement fréquent dans les milieux insulaires des Baléares (Espagne). On l’a localisé au niveau de l’archipel de Cabrera, sur la côte nord de Mallorca et de Menorca (BALLESTEROS, obs. inéd.) et aux îles Columbretes (BOISSET et GARCIA-CARRASCOSA, 1987). Il existe également dans le nord de la Tunisie (BOUDOURESQUE, données inédites).

Menaces

En l’état actuel de nos connaissances, les paysages caractérisés par Dictyopteris membranacea semblent très localisés en Méditerranée occidentale, leur rareté les rend donc vulnérables. Leurs conditions de développement suggèrent que ces peuplements peuvent être affectés par la pollution. Pour une surveillance efficace, il paraît indispensable d’obtenir plus d’informations sur la distribution et l’importance de ces peuplements en Méditerranée.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par les GIS Posidonie en Collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. 250p. Par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.