Récifs artificiels de la baie du Prado à Marseille : le suivi de la faune benthique

La colonisation des récifs artificiels de la baie du Prado par les organismes benthique sessiles et vagiles est sous haute surveillance. A chaque retour saisonnier sur le site la diversité augmente avec la durée d’immersion des récifs. Les effectifs des macro-invertébrés sont plus importants et des différences liées au type de modules sont constatées. Le suivi de la colonisation des parois au travers de quadrats photographiques permanents confirme des schémas de colonisation et des fluctuations saisonnières liées au cycle biologique des espèces.

L’augmentation du nombre d’espèces observées est l’un des indices qualifiant la colonisation des nouveaux habitats qu’offrent les récifs immergés dans la baie du Prado. Cette augmentation reflète également une maturation des assemblages spécifiques.

Les espèces sessiles se sont rapidement installées sur les récifs puisque elles sont observées à chaque campagne de suivi. Néanmoins, certaines d’entre elles sont apparues tardivement et ne se développent qu’à partir de la troisième année du suivi.

Le type de module joue un rôle important pour l’installation et la colonisation des espèces. Les modules de type panier-acier sont des structures complexes et offrent une diversité d’habitats propice à la colonisation d’un grand nombre de taxons. A l’inverse, les modules de type chicane ou filière, qui sont des structures simplifiées sans grande diversité d’habitats, abritent une plus faible diversité de macro-invertébrés.

La colonisation des récifs par les groupes de macro-invertébrés considérés pour cette étude se fait de façon progressive avec une augmentation constante des effectifs avec la durée d’immersion des récifs.

Les ascidies et les bryozoaires sont les groupes taxonomiques dominants. Les ascidies, composées en grande partie par Halocynthia papillosa, sont présentes essentiellement sur les modules de type amas et fakir dans les parties semi-obscures entre les amas de cube. Toutefois depuis l’été 2010, cette espèce est observée sur les parties exposées des parois où sont positionnés les quadrats permanents. Les colonies de bryozoaires, composés majoritairement de Pentapora fascialis et Turbicellepora avicularis, sont observées sur les arrêtes des amas de cubes, les poutres en acier et les cordages des filières. Leur taille augmente également et il n’est pas rare de trouver de grosses colonies décrochées de P. fascialis qui jonchent le substrat autour des récifs, alimentant le sédiment détritique. Les autres groupes taxonomiques comme les crustacés, les bivalves ou les échinodermes sont moins prépondérants.

Le suivi de la colonisation des parois des récifs au travers de quadrats permanents permet d’apprécier l’augmentation de nombre de taxons observés et la complexification des assemblages benthiques qui se mettent en place en lien avec l’augmentation de la durée d’immersion des récifs.

La morphologie propre à chaque type de module joue un rôle majeur dans les schémas de colonisation des organismes benthiques sessiles sur les parois des récifs. Les modules de type amas qui sont très ajourés apparaissent plutôt favorables au développement des macrophytes et des ascidies coloniales au moment de son stade pionner. Inversement les modules de type chicane, qui procurent des habitats semi-obscurs sur les parois, sont propices au développement des porifères. Ainsi, un module hétérogène avec des zones ajourées et ombragées comme le module de type panier-acier présente une plus grande diversité dans les assemblages sans domination d’un groupe taxonomique. Enfin, l’ajout de composantes à la structure comme les poutres en béton (module de type fakir) modifiant les conditions de luminosité et de micro-circulation des eaux n’apparaît pas propice à la colonisation et au développement de nouveaux taxons d’après l’étude des quadrats photographiques permanents. Néanmoins, cette composante créée des failles propices à l’installation de la faune vagile.

Elodie Rouanet