Un programme d’actions pour le bon état de conservation des habitats naturels marins – MarHa

L’Agence Française pour la Biodiversité porte le programme LIFE intégré MarHa d’une durée de 8 ans comprenant 11 partenaires, scientifiques et gestionnaires, dont le GIS Posidonie, afin de rétablir et maintenir le bon état de conservation des habitats naturels marins qui abritent une importante biodiversité et nous rendent de nombreux services. Le projet mobilise l’ensemble des acteurs du réseau Natura 2000 en mer : professionnels, usagers, gestionnaires et scientifiques.

 

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Etude et restauration des salins d’Hyères en tant que socio-écosystème lagunaire: vers une restauration de la continuité écologique et de la fonction de nurserie des salins – SALSA

Le littoral autour de Hyères (Var, France) a connu de nombreuses modifications depuis l’antiquité du fait de l’exploitation du sel. Cette exploitation s’est arrêtée en 1995. Les anciens salins abritent maintenant un complexe lagunaire d’environ 355 ha sur les 900 ha de salins. Les enjeux de conservation au sein de ces salins sont nombreux (avifaune, flore, ichtyofaune, etc.). La conservation des fonctions écologiques de ces anciens salins est au cœur des mesures de gestion du site, néanmoins le compartiment aquatique est aujourd’hui défavorisé par une gestion hydraulique complexe et coûteuse.

 

Le projet SALSA a pour but d’acquérir des informations sur l’écosystème lagunaire et de mieux comprendre le fonctionnement des salins par une approche écosystémique. Des pêches expérimentales seront réalisées en 2019 pour évaluer le peuplement de poissons juvéniles et une enquête historique menée en 2018 a permis de retrouver l’histoire du fonctionnement passé de la pêcherie des salins. Ces objectifs ont été mis en place dans le cadre d’une demande d’accompagnement scientifique des gestionnaires pour considérer au mieux l’ensemble des enjeux piscicoles dans les mesures de gestion/restauration.

Les salins sont divisés en deux zones distinctes :

  • Le salin des Pesquiers au Sud de la ville d’Hyères.
  • Les vieux salins, à l’Est de la ville d’Hyères.

Plusieurs scénarios de gestion/restauration seront élaborés avec les gestionnaires des sites : le Conservatoire du Littoral, Toulon Provence Méditerranée, le Parc national de Port-Cros, grâce à la mise en place de groupes de travail ‘connaissance’ et ‘gestion’. Le travail de mise en relation des connaissances avec les problématiques de gestion vise à une meilleure prise en considération du compartiment aquatique dans le nouveau plan de gestion des salins d’Hyères. Des tests de mise en œuvre opérationnelle seront faits en 2019 en agissant sur la circulation de l’eau dans les salins et en testant la faisabilité d’un éclusage des poissons aux périodes d’entrée/sortie dans les étangs. Ce projet d’une période de 3 ans a commencé en octobre 2017 et se terminera en mars 2020 par un colloque dédié à la gestion écosystémique.

Adrien Lyonnet 

Etude de la fonctionnalité de nurserie de l’étang de Berre et évaluation d’un besoin de restauration écologique – JUVABERRE

L’industrialisation du pourtour de l’étang de Berre (Bouches du Rhône, France) au cours du XXème siècle a conduit à une profonde modification de cet écosystème lagunaire. Une des principales modifications observées a été la régression extrêmement importante des herbiers à magnoliophytes (zostères) présents dans l’étang. Ces herbiers occupaient 8000 ha en 1916, il n’y en avait plus que 1.2 ha en 2009. En 1994, puis en 2004, dans le cadre du plan Barnier, une régulation des rejets d’eaux douces de la station hydro-électrique de Saint-Chamas a été mise en place. Cette mesure a eu pour effet d’en limiter les impacts sur les différents habitats de l’étang. Entre 2009 et 2010, le projet ICHTYOBERRE (inventaire par pêches scientifiques) a permis de montrer que le peuplement en poissons est principalement dominé par des espèces sédentaires, dont des juvéniles d’espèces dont le cycle de vie s’accomplit partiellement en milieu lagunaire (anguilles, loups, dorades, muges). Ces dernières années de nombreux juvéniles ont été observés dans l’étang de Berre.

Ces observations ont inspiré le montage du programme JUVABERRE. Ce programme a pour objectif de réaliser des recensements de juvéniles dans les différentes catégories d’habitats présentes dans les petits fonds du pourtour de l’étang de Berre. Des recensements seront également faits sur des habitats artificiels en acier et en bois utilisés en tant qu’unités d’observation standardisée dans différentes lagunes méditerranéennes. Il s’articule autour de 3 axes de travail :

  • Evaluer la présence de juvéniles dans les différents habitats d’un point de vue qualitatif et quantitatif;
  • Comparer ces résultats et la qualité de nurserie de l’étang de Berre par rapport à d’autres lagunes méditerranéennes;
  • Proposer une stratégie d’optimisation de la fonctionnalité de nurserie de l’étang.

Les résultats de ce projet permettront d’apporter des éléments de compréhension quant au potentiel de l’étang de Berre à contribuer au maintien et au renouvellement des peuplements de poissons côtiers. L’évaluation de cette fonction de nurserie apparaît également comme étant un bon moyen d’évaluer l’état global du milieu ainsi que sa réhabilitation.

Ce projet qui a démarré au printemps 2018, se terminera à la fin de l’année 2019.

Adrien Lyonnet

Ruppia spiralis in a Mediterranean lagoon habitat (Hyères salt marshes, France): an ecosystem-based approach for management

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Poster présenté au congrès COAST 2017 et 17ème symposium franco-japonais d’océanologie (7-10 novembre 2017, Bordeaux). Ce congrès était dédié à l’évolution systémique et de la biodiversité des écosystèmes marins côtiers sous la pression du changement climatique et des facteurs naturels et anthropiques.

http://colloquebordeaux2017.socfjp.com

Visionner la conférence ‘L’herbier de posidonie : victime et acteur du changement global de la Méditerranée’ donnée à la Station Marine d’Endoume

Dans le cadre des conférences du mercredi animées par les chercheurs de l’OSU Institut Pythéas, Patrick Astruc a présenté une conférence le mercredi 29 mars 2017 à la Station Marine d’Endoume.

La posidonie est une plante marine endémique de Méditerranée. Elle forme de vastes herbiers depuis la surface jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. En première ligne face aux activités humaines littorales, sa régression est constatée depuis plus d’un demi-siècle. Des mécanismes complexes et encore mal connus expliqueraient cette régression, dont les causes plus ou moins anciennes ne sont pas uniquement imputables à l’Homme. Les enjeux pour la conservation de l’herbier de posidonie sont majeurs. Il s’agit d’un écosystème clef jouant un rôle essentiel pour l’ensemble de la zone côtière (frayère, nurserie, atténuation de la houle, lutte contre l’érosion du littoral, etc.). Dans le contexte actuel de changement climatique, l’herbier de posidonie joue également un rôle considérable de séquestration et de stockage de carbone.

Pour visionner la conférence, cliquez sur le lien ci-dessous :

L’herbier de posidonie : victime et acteur du changement global de la Méditerranée

Conf_Herbier_Endoume

“Préservation et conservation des herbiers à Posidonia oceanica” – Le guide RAMOGE

Posidonia_ramogeCe document fait le point des connaissances sur Posidonia oceanica et apporte des éléments de réponse aux problèmes de préservation et de conservation des herbiers de Posidonie auxquels sont confrontés gestionnaires et décideurs, acteurs de la gestion du littoral. Il a été réalisé dans le cadre de l’Accord RAMOGE entre la France, l’Italie et Monaco, financé par RAMOGE (site web) et le Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et coordonné par le GIS Posidonie.

Ce document a été publié en 3 langues : français, anglais et italien.

Port-Cros : nouvelle description et cartographie des biocénoses du milieu marin

Fresque_PNPCLe Parc national de Port-Cros vient d’acquérir de nouvelles données cartographiques actualisées autour de Port-Cros avec l’aide du GIS Posidonie et de synthétiser les informations et les travaux anciens et plus récents autour de l’île. En complément de nouvelles investigations sur le terrain, le but de ce travail était également de réaliser une description actualisée et la plus exhaustive possible des principaux habitats marins au sein du Parc. La sollicitation des experts benthologues, qui appréhendent et qui connaissent le mieux le contexte écologique de Port-Cros, a été une étape clef pour la réalisation de ce travail.

Le travail a consisté en une analyse de l’existant, cartographie des habitats et cartographie bathymétrique du périmètre marin de l’île de Port-Cros : vérité terrain, cartographie et description des biocénoses de substrats durs profonds (circalittorales),des fonds détritiques côtiers et des récifs (substrats durs autres que circalittoraux) et des herbiers de posidonies ;

L’ensemble des travaux restitués comprend une note de synthèse du travail réalisé ; un chapitre détaillant précisément toutes les méthodes d’acquisition et de traitement des données ; une revue de la bibliographie existante sur les fonds marins du Parc et une cartographie précise des espèces remarquables identifiées dans la bibliographie ; une analyse bibliographique des cartographies existantes ; des cartes illustrant les données exploitées mosaïques sonar, bathymétrie, modèle numérique de terrain, image ombrée (relief) du fond, degrés des pentes et orientation des pentes par rapport au Nord ; une cartographie des habitats marins de précision métrique selon la typologie EUR27 (Habitats génériques et Habitats élémentaires) et la typologie CAR/ASP (niveau 3) ; une analyse écologique détaillée des habitats Détritique Côtier, Coralligène, Herbier de Posidonie, Roche infralittorale à algues photophiles, Roches médiolittorale et supralittorale.

La qualité écologique, les risques pesant sur les habitats, la valeur patrimoniale ont été analysés afin de définir les principaux enjeux de conservation et de proposer quelques pistes de gestion. Cette partie de l’étude a été possible grâce à l’analyse bibliographique, les entretiens avec les experts connaissant le mieux le PNPC, et les investigations complémentaires réalisées dans le cadre de l’étude. Ce travail doit être considéré comme une synthèse actualisée des connaissances sur les principaux habitats marins remarquables du périmètre du Parc national de Port-Cros. Il comprend :

  • Une cartographie actualisée de grande précision des habitats et biocénoses selon différentes typologies (Directive Habitats, CAR/ASP). Pour ce faire, deux acquisitions exhaustives au sondeur multifaisceaux (sondeur interféromètre GEOSWATH, reliefs) et au sonar latéral (KLEIN 3900, image du fonds) ont été mises en œuvre et combinées à la base de données orthophotographique de l’IGN© (BDOrtho2008) et à la réalisation de plongées de vérité terrain en scaphandre autonome et en ROV ;
  • Une cartographie bathymétrique de grande précision, grâce à la réalisation d’une acquisition complète au sondeur multifaisceaux. Un rendu en 3D dynamique a également été fourni ;
  • Une analyse et une synthèse des études et des cartographies existantes réalisées depuis plus d’un demi-siècle. Une base de données bibliographique a ainsi été développée dans ce but ;
  • Une cartographie et/ou géolocalisation des espèces remarquables et des faciès et associations identifiés dans la bibliographie, lors des nouvelles investigations sur le terrain et à partir de la consultation des experts ;
  • Une description la plus exhaustive possible, par secteur, des habitats Détritique Côtier, Coralligène, Herbier à Posidonia oceanica, Roche Infralittorale à Algues Photophiles, Roches médiolittorale et supralittorale, à partir de la bibliographie, des informations issues des plongées d’investigations et des experts consultés. Lorsque l’information était disponible, une tendance évolutive de l’habitat par secteur a été évaluée. Un véritable diagnostic écologique précis a ainsi pu être établi sur ces différents habitats ;
  • Une synthèse des menaces et risques pesant sur chaque habitat. Les causes des dégradations constatées où les risques potentiels ont été listés (espèces invasives, activités humaines et changements globaux) ;
  • Une hiérarchisation des enjeux de conservation en fonction de la valeur patrimoniale et du niveau de risque. Cette hiérarchisation correspond à une aide à la gestion pour la priorisation des interventions ;
  • Une série de préconisations pour la gestion a été proposée (réglementation sur la pêche artisanale, l’ancrage, proposition de suivis scientifiques complémentaires).

Pour aboutir à ce travail, un effort de centralisation et d’interprétation des différentes sources de données disponibles et acquises a été fourni et rendu possible par le développement de bases de données bibliographiques et photographiques en lien direct avec le Système d’Information Géographique.

En quelques chiffres, ce travail représente 330,6 km de routes pour l’acquisition au sonar latéral au sondeur multifaisceaux, soit près de 13 millions de points de mesure de la profondeur du fond. Plus de 400 références bibliographiques ont été recensées sur la faune et la flore marine de Port-Cros et environ 200 ont été analysées et exploitées pour la cartographie des habitats et espèces mais également pour l’analyse écologique. Les investigations sur le terrain ont représenté 24 plongées en scaphandre autonome et 10 plongées en ROV. Au cours de ces plongées, 2629 photographies géolocalisées ont été prises en plongée et en ROV. Le ROV a pu acquérir 88 séquences vidéo géolocalisées en haute définition et 61 en basse définition, soit 5 h 44 de vidéos. Au total, 4979 organismes appartenant à plus de 400 espèces et 847 faciès et associations ont été contactés et localisés.

Le résultat de l’analyse et de la synthèse de l’ensemble de ces données montre que le Parc national de Port-Cros reste un site de référence quant à l’état écologique de ses fonds marins :

  • Les fonds détritiques côtiers sont remarquables, préservés du chalutage, ils présentent une multitude de faciès à forte valeur patrimoniale (Rhodolithes libres, Peyssonneliaceae, Osmundaria volubilis, maërl) et une forte biodiversité. Jusqu’à présent le rôle écologique de cet habitat a souvent été négligé à tort. Au large de la Gabinière et de la pointe du Vaisseau, le sédiment détritique évolue progressivement vers la biocénose du Détritique du Large (à partir de -75 m) présente dans les eaux du Parc.
  • Les fonds Coralligènes sont parmi les plus remarquables de la région PACA, pour leurs faciès à Paramuricea clavata, leurs enclaves à Parazoanthus axinellae, leur peuplement de macrophytes (Cystoseira sp.), autour de la Gabinière, de la pointe du Vaisseau, de Bagaud. Le périmètre du Parc abrite des roches profondes exceptionnelles, en transition avec la biocénose de la Roche du large au Sud Est de l’île (Gabinière et Vaisseau) entre 60 et 90 m de profondeur.
  • L’Herbier de Posidonie est très étendu, parfois jusqu’à plus de 35 m de profondeur, il présente dans l’ensemble une forte densité de grande nacres, plusieurs typologies remarquables (herbier en escaliers de Montremian, récif-barrière de la baie de Port-Cros). La cohabitation de l’herbier avec les fonds rocheux infralittoraux à algues photophiles contribue à la forte valeur patrimoniale et paysagère de la frange infralittorale.
  • Préservée de sources de pollutions importantes, la frange médiolittorale et infralittorale supérieure présente un état de vitalité remarquable et s’avère être un indicateur pertinent du bon état écologique général des eaux de surface du Parc national de Port-Cros.

Dans son ensemble, la vitalité des fonds marins de Port-Cros n’a pas significativement diminué par rapport aux conclusions des descriptions consultées dans la bibliographie. Cependant, un certain nombre d’éléments doit être pris en compte :

  • la régression alarmante du récif-barrière de posidonies de la baie de Port-Cros, aggravée par différentes causes anthropiques anciennes et actuelles ;
  • la régression de certaines limites inférieures d’Herbier de Posidonie (secteur Nord et Est), sans doute en raison de mécanismes qui dépassent l’échelle du Parc ;
  • une pression de l’ancrage très localisée (passe de Bagaud, baie de Port-Man). Les herbiers vulnérables (fort déchaussement) pourraient subir une dégradation mécanique importante ;
  • la récurrence d’épisodes de mortalité massive qui affectent sensiblement les communautés de substrats durs infralittoraux et de l’horizon supérieur du Coralligène (gorgonaires, spongiaires, bryozoaires) ;
  • la quasi-omniprésence de Caulerpa racemosa sur l’ensemble des habitats depuis la surface jusqu’à plus 50 m de profondeur. Les conséquences à moyen et long terme de cette présence, couplée à celle, importante, de Womersleyella setacea sur la Roche infralittorale à algues photopiles et le Coralligène, pourraient être une modification significative des communautés benthiques ;
  • une pression de la pêche artisanale. Bien que régulée au sein du Parc (charte de pêche, limitation de la longueur des engins, du temps de calée, etc.), la pêche artisanale est très concentrée, en particulier autour de Bagaud et dans le secteur Sud-Ouest du Parc. Un impact sur les communautés benthiques (plus faible abondance de grandes espèces dressées) et ichtyologiques (appauvrissement du peuplement de poissons) est présumé.

Actualiser la cartographie et la description des fonds marins du Parc est l’occasion d’identifier les lacunes à propos des connaissances. Combler ces lacunes apporte au gestionnaire du site des éléments complémentaires pour orienter la prise de décision pour la gestion (principalement vis à vis des usages). Une proposition de différents suivis découle ainsi de ce travail :

  • suivre les peuplements de poissons sur le Coralligène et la Roche infralittorale permettrait une analyse spatiale de la dynamique des peuplements et d’identifier un éventuel impact de la pêche artisanale sur ces peuplements ;
  • caractériser la pression de l’ancrage dans les baies de Port-Cros et Port-Man, ainsi que dans la passe de Bagaud et l’impact potentiel sur l’Herbier de Posidonie ;
  • augmenter l’effort de surveillance de la dégradation du récif-barrière de posidonies de la baie de Port-Cros ;
  • caractériser l’impact de la pêche artisanale sur les communautés benthiques du Détritique Côtier et du Coralligène ;
  • continuer le suivi de la dynamique des populations des principales cibles des épisodes d’anomalie thermique (Spongia officinalis, Paramuricea clavata, Eunicella singularis) ;
  • caractériser l’impact des algues invasives Caulerpa racemosa et Womersleyella setacea sur les communautés benthiques ;
  • suivre les populations de la grande nacre Pinna nobilis et de la patelle géante Patella ferruginea.

BONHOMME D., ASTRUCH P., GOUJARD A., BONHOMME P., ANTONIOLI P.-A., RUITTON S., HARMELIN J.G., PEREZ T., THIBAUT T., FOURT M., VERLAQUE M., 2011. Description et cartographie des habitats et biocénoses du milieu marin du Parc national de Port-Cros. Contrat GIS Posidonie – Parc national de Port-Cros, GIS Posidonie publ. 388 p.

Importance des herbiers

Parmi les écosystèmes marins, l’herbier de posidonie est l’écosystème emblématique de la Méditerranée. Posidonia oceanica est à la fois espèce-clé et ingénieur d’écosystèmes marins et l’herbier joue un rôle écologique et économique majeur en Méditerranée, qui n’est probablement égalé par aucun autre écosystème marin, hormis les récifs coralliens : production d’oxygène, production de biomasse végétale dont une partie est exportée vers d’autres milieux et écosystèmes, production de biomasse animale. Cette formidable production a pour effet d’attirer et de concentrer une faune variée, souvent d’intérêt économique pour la zone littorale concernée. Les herbiers constituent également une protection hydrodynamique, sans équivalent, de la frange côtière.
La reconnaissance de l’importance des herbiers s’est traduite au plan réglementaire par l’instauration d’un statut de protection des magnoliophytes marines P. oceanica, Cymodocea nodosa, Zostera noltii et Z. marina. Ces espèces sont protégées par la loi en France et dans plusieurs autres pays.

Zostera marina Linnaeus

Zostera_HippocampusCet article fait partie d’une grande série sur le thème des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée. L’ensemble de ce travail a été publié en 1990 sous la forme d’un ‘Livre Rouge’ dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (voir référence complète ci-dessous).

Description sommaire : Les rhizomes sont rampants, épais de 2 à 5 mm, avec de nombreuses racines et une feuille à chaque noeud. Des branches courtes, dressées, portant un faisceau de 3 à 8 feuilles, naissent à l’aisselle des feuilles du rhizome. Les feuilles sont rubanées, de 2 à 12 mm de large et mesurent jusqu’à 120 cm de long, avec 5 à 11 nervures ; le bord des feuilles n’est pas denté, y compris vers leur extrémité. Jusqu’à 20 fleurs mâles et autant de fleurs femelles sont réunies dans une spathe (HARTOG, 1970).

La figure ci-dessous permet de distinguer Z. marina de Z. noltii et de Cymodocea nodosa.

Distribution géographique : L’espèce est largement répandue dans l’hémisphère Nord (HARTOG, 1970) : Pacifique (Japon, USA, Mexique, etc.), Atlantique Nord (Etats Unis, Canada, Mer Baltique, Danemark, Allemagne, Royaume Uni, Irlande, Pays Bas, France, Espagne, Portugal, etc.), Mer Noire (Roumanie, Turquie).

En Méditerranée, Zostera marina a été signalée dans la plupart des pays riverains, mais dans des stations très localisées : En Espagne : Zostera marina n’est connue que des baies de Port Lligat (Cap Creus) et Els Alfacs (Delta de l’Ebre), où elle constitue des peuplements très localisés au sein d’herbiers à Zostera noltii et Cymodocea nodosa. Il est possible que l’espèce n’existe nulle part ailleurs sur les côtes méditerranéennes de l’Espagne ; les autres signalisations pourraient être dues à une confusion avec Cymodocea nodosa.

Sur les côtes méditerranéennes de France, l’espèce est abondante dans un certain nombre d’étangs saumâtres littoraux (Salse, Thau : SUDRY, 1910 ; MERCIER, 1973) ; en mer ouverte, ses stations sont plus rares : Golfe de Fos (herbier important), rade de Toulon (station très localisée : VERLAQUE et TINE, 1979).

En Italie : Zostera marina a été signalée du nord de l’Adriatique (TECHET, 1906), du golfe de Naples (FUNK, 1927 ; PARENZAN, 1956), etc.

A Malte : la seule signalisation (GULIA, 1873) découle sans doute d’une confusion avec Cymodocea nodosa.

En Yougoslavie : Zostera marina a été signalée, en particulier par ZAVODNIK (1965) et AUCIN et al. (1974).

En Grèce : Z. marina n’est présent de façon certaine que dans le golf d’Amvrakikos (PANAYOTIDIS, inédit), les autres signalisations étant douteuses.

En Syrie et au Liban : l’espèce est présente (THIEBAULT, 1953 ; MAYHOUB, 1976).

En Tunisie : Z. marina est abondant dans la lagune de Bizerte (ZAOUALI, 1980).

En Algérie : une petite station a été signalée à Bou-Ismaïl (ex-Castiglione), en mer ouverte (MOLINIER et PICARD, 1953 ; PERES et PICARD, 1958).

Ecologie : L’espèce, d’affinités froides, a de très larges potentialités écologiques en ce qui concerne le substrat (sable grossier à vase) et la salinité (de la mer ouverte à des eaux presque douces) ; en Méditerranée, elle est confinée à des biotopes infralittoraux très superficiels et abrités (étangs littoraux principalement) où elle peut constituer de petits herbiers.

MenacesEn Espagne : l’espèce a probablement disparu du Golfe de Roses (Catalogne) où elle était autrefois abondante. Dans la Baie de Port Lligat, Zostera marina est très menacée. Aux Baléares, elle n’a pas été retrouvée depuis 1921, mais il est possible que les citations anciennes soient des erreurs.

En France : Zostera marina a disparu de l’Etang de Berre à la suite de son dessalement (GOURET, 1907 ; RIOUALL, 1972 ; PICARD, 1978) ; une petite station existait à Bandol (PERES et PICARD, 1958), et a été détruite par un endigage (PERES et PICARD, 1964) ; elle se situait sous le casino actuel.

En Syrie : l’espèce subit une nette régression vraisemblablement due à la construction récente d’installations portuaires importantes (MAYHOUB, inédit).

En Algérie : il n’est pas certain que la station de Bou-Ismail existe encore.

Les stations restantes en mer ouverte sont donc extrêmement localisées et la survie de l’espèce sur les côtes méditerranéennes apparaît comme dépendante d’aménagements éventuels. De plus, Z. marina pourrait être menacée par la maladie (wasting disease) qui a déjà touché cette espèce en Atlantique.

Mesures de protection : Il conviendrait d’inclure les stations de mer ouverte dans les réserves.

Cet article est issu d’un travail réalisé pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement et l’IUCN par le GIS Posidonie en collaboration avec de nombreux chercheurs méditerranéens et publié en 1990 sous le titre : Livre Rouge “Gérard Vuignier” des végétaux, peuplements et paysages marins menacés de Méditerranée dans les Séries techniques du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. 250 p. par BOUDOURESQUE C.F., BALLESTEROS E., BEN MAIZ N., BOISSET F., BOULADIER E., CINELLI F., CIRIK S., CORMACI M., JEUDY DE GRISSAC A., LABOREL J., LANFRANCO E., LUNDBERG B., MAYHOUB H., MEINESZ A., PANAYOTIDIS P., SEMROUD R., SINNASSAMY J.M., SPAN A., VUIGNIER G., 1990. MAP Technical Reports Series N°43, UNEP, Athens, PNUE, IUCN & GIS Posidonie.