Exploration d’habitats profonds dans la zone RAMOGE

L’objectif principal de l’Accord RAMOGE est de coordonner les actions des Etats français, italien et monégasque en matière de préservation des eaux du littoral méditerranéen. Dans la zone de compétence de RAMOGE, très proche de la bande littorale, il existe des roches profondes et des canyons mal connus. Dans ce contexte, l’Accord RAMOGE a élaboré cette campagne d’exploration des roches profondes et des canyons afin de mieux connaitre ces profondeurs peu connues. C’est sans doute la première fois que trois pays méditerranéens collaborent ainsi pour travailler ensemble sur des écosystèmes profonds de Méditerranée.

La campagne d’exploration des habitats profonds s’est déroulée du 16 au 23 aout 2015 entre San Rémo et Cogolin. Les moyens à la mer et d’exploration utilisés ont été ceux de l’ISPRA. Les explorations ont eu lieu à partir du navire R/V ASTREA (23 m de long) qui a permis à plusieurs équipes scientifiques d’embarquer durant toute la campagne. Le navire est équipé d’un sonar multifaisceaux (EM 2040 Kongsberg) qui permet d’obtenir une image de la topographie du fond jusqu’à environ 350 m de profondeur. Ces images du fond ont permis de décider de l’endroit le plus pertinent pour effectuer les explorations avec le ROV Polluce III (Remote Operated Vehicle, robot télé-opéré). Ce ROV est équipé d’une caméra HD Sony, d’un appareil photographique Canon EOS 550 et d’une caméra de navigation.

Au total, plus de 21 km ont été explorés, entre 52 et 462 m de profondeur. 193 taxons ont été identifiés, dont 122 jusqu’au rang de l’espèce. Les macro-déchets, en particulier les engins de pêche ont été recensés. Pour chaque plongée, différentes observations ont été relevées, tels que la nature du substrat, la présence de macro-déchets, l’observation d’espèces, de faciès, etc. Toutes ces observations ont ensuite été géoréférencées.

 Ce récit cartographique présente, pour les 5 sites, l’ensemble des plongées réalisées durant cette campagne d’exploration, ainsi que les espèces et les engins de pêche associés. Des cartes, photos et vidéos illustrent chaque site.

 Bonne navigation !

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Référence de l’étude scientifique : Fourt M., Goujard A.,Canese S.P., Salvati E., Tunesi L., Daniel B., Vissio A., 2015. Rapport de la campagne océanographique “RAMOGE Exploration canyon et roches profondes 2015”. Accord RAMOGE – Agence des aires marines protégées. 81 p.

Application d’un modèle 3D pour la biologie marine dans le canyon de Cassidaigne

Situé à 200 m de profondeur, le ‘pic rocheux’ du canyon de Cassidaigne a été modélisé en 3 dimensions. Ce ‘hot-spot’ de biodiversité est un site spectaculaire où se mêlent les espèces du circalittoral et du bathyal. L’intérêt de la modélisation 3D est d’effectuer un archivage visuel d’un site difficile d’accès et d’établir une micro-cartographie des espèces benthiques sessiles.

Découvrez le poster du GIS Posidonie présenté lors du colloque MerIgéo qui s’est déroulé du 24 au 26 novembre 2015 à Brest, organisé par l’Ifremer, l’Agence des aires marines protégées et le SHOM.

Poster_Goujard

Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin

L’objectif de cet ouvrage est d’évoquer plus de 30 années de recherche appliquée en environnement marin méditerranéen à travers les principaux thèmes auxquels la communauté de scientifiques et de gestionnaires du GIS Posidonie a contribué et collaboré. Ces grands thèmes ont fait l’objet de programmes, de partenariats, de suivis, de missions de terrain pour faire avancer la connaissance et sa diffusion. Plusieurs générations d’étudiants ont été formées en accompagnant et en participant à ces travaux. Des colloques et des ouvrages ont ponctué ces 30 années de travail pour la protection et la gestion de l’environnement marin. Outre les nombreux rapports et publications issus des travaux du GIS Posidonie en partenariat avec les laboratoires méditerranéens, ce sont aussi 30 ans d’aventures humaines et de rencontres maritimes sur l’eau et sous l’eau et une passion partagée pour la Méditerranée.

Cliquer sur l’image ci-dessous pour visualiser et télécharger l’ouvrage.

GIS POSIDONIE_30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin

Vidéo de Sandrine Ruitton

Natura 2000 en mer : inventaires et cartographies autour de Marseille

Fresque_CalanuesLa création d’un réseau complet, représentatif et cohérent d’aires marines protégées en 2012, a été un engagement politique fort de la France. Dans le cadre de la stratégie nationale pour la biodiversité, le plan d’action pour la mer, décidé par la France en 2005, a mis en avant la nécessité de développer rapidement le réseau français d’aires marines protégées. Ce plan s’appuie sur deux objectifs à court terme : mettre en place le réseau Natura 2000 en mer et créer une dizaine de parcs naturels marins. Ce plan a permis d’aboutir, en 2008, à la désignation d’un complément de 76 nouveaux sites Natura 2000 en mer dont 29 ZPS (Zones de Protection Spéciale) au titre de la Directive Oiseaux et 47 pSIC (proposition de Site d’Intérêt Communautaire) au titre de la Directive Habitats, faune, flore en restructurant les « anciens » sites afin d‘améliorer la cohérence générale du réseau. Ainsi, parmi les quelques 200 sites abritant une surface marine, certains ont été agrandis, d’autres fusionnés, quelques-uns réduits. Ceci représente au final une augmentation de surface de sites Natura 2000 en mer de 2.4 millions d’hectares.

Le réseau de site NATURA 2000, dans le cadre des directives européennes 92/43/CEE «Habitat» et 79/409/CEE «Oiseaux», a pour objectif de concilier maintien de la biodiversité et des activités humaines par une gestion appropriée. L’objectif est d’assurer le maintien ou le rétablissement dans un état de conservation favorable des habitats naturels et des habitats d’espèces de la flore et de la faune sauvage d’intérêt communautaire. La gestion d’un site Natura 2000 passe par l’élaboration préalable d’un document d’objectif (DOCOB) : outil de diagnostic et d’orientation pour tous les acteurs du territoire. Pour chaque site Natura 2000, un opérateur est désigné pour l’élaboration du DOCOB.

L’Agence des Aires Marines Protégées (AAMP) a sollicité, dans le cadre d’un appel d’offre national, les scientifiques et bureaux d’études pour la réalisation de la cartographie et des inventaires biologiques de 20 sites Natura 2000 en mer dont 12 sur la façade Méditerranéenne. Dans la région de Marseille, le GIS Posidonie a participé à la réalisation de ce travail sur la Côte Bleue et dans les Calanques.

Côte Bleue (Marseille)

Le GIS Posidonie, associé à la société COPETECH SM et au Parc Marin de la Côte Bleue, a été retenu pour la réalisation du lot « Côte Bleue Marine ».

Le site Côte Bleue Marine (FR9301999) s’étend sur 18928 ha, de la digue Sud de la centrale électrique de Ponteau (golfe de Fos) à la pointe de Corbières à l’Est. Il inclut l’ensemble du Parc Marin de la Côte Bleue (PMCB) dont les deux réserves de protection intégrale du Cap-Couronne et de Carry-le-Rouet. Au large, le site s’étend jusqu’à 6 MN, soit des profondeurs de près de 100 m. Le site « Côte Bleue Marine » est situé à l’Ouest de la Rade de Marseille et à l’Est du golfe de Fos, et est séparé de l’étang de Berre par la Chaîne de l’Estaque. Le littoral de la Côte Bleue concerne 5 communes (Martigues, Sausset-les-Pins, Carry-le-Rouet, Ensuès-la-Redonne et le Rove) sur près de 43 km de linéaire côtier (source PMCB à l’échelle 1/25 000).

Le PMCB, en temps que gestionnaire de l’espace maritime de la Côte Bleue depuis 1983, a été désigné par l’Etat en novembre 2009 comme opérateur du site « Côte Bleue Marine », et sera en charge de la rédaction du DOCOB (tome 1 et 2). Les compétences internes des agents du Parc et la volonté de s’impliquer dans la démarche Natura 2000 sur son territoire ont conduit le PMCB à contribuer à la réalisation du présent travail, qui correspond pour partie au tome 0. Il s’agit d’une originalité qui apporte un grand bénéfice, d’une part à la mise en œuvre des investigations sur le terrain et d’autre part à la qualité des inventaires biologiques et cartographiques (connaissance fine de la zone et des enjeux de gestions).

Les objectifs du travail sont :

  • La cartographie exhaustive des habitats d’intérêt communautaire du site ;
  • L’inventaire des espèces marines appartenant à la directive habitat, élargi aux espèces patrimoniales et remarquables ;
  • Un diagnostic écologique de la vitalité des principaux habitats communautaires, incluant l’évaluation de l’état de conservation et la définition des enjeux de conservation.

Fournir un document structuré et contenant suffisamment d’éléments pour une aide à la réalisation du tome 1 du DOCOB par l’opérateur local (PMCB).

Calanques et îles marseillaises

Pour compléter les inventaires biologiques patrimoniaux et affiner la qualification des critères d’évaluation des habitats marins, dont l’état de conservation, du site Natura 2000 FR9301602 « calanques et îles marseillaises – Cap Canaille et massif du grand Caunet », le suivi des principaux habitats a été conduit avec une approche naturaliste et descriptive.

De nombreux dispositifs permanents (balisages type RSP, Charbonnel et al., 2000) existent le long des limites supérieures et inférieures de l’Herbier à Posidonia oceanica (1120-1, habitat prioritaire). En complément, afin d’obtenir une vision plus globale sur le site (choix de sites peu ou pas suivis) et afin d’afiner également la cartographie de l’herbier, 10 stations (8 en scaphandre et 2 en ROV) ont ainsi été inspectées, correspondant à des limites inférieures.

En plus des données existantes sur le suivi des peuplements remarquables du Coralligène et des Grottes sous-marines, une série de stations de suivi a été définie. Le suivi photographique (quadrats aléatoires) est ainsi une trace à un temps donné qui permettra une comparaison fiable pour l’évaluation lors du retour prévue 6 ans après les premiers inventaires. Concernant le Coralligène, 12 stations suivies en scaphandre autonome et 4 des stations suivies en ROV ont été analysées dans ce rapport. L’ensemble des observations réalisées au niveau des stations concernant les substrats durs circalittoraux est présenté sous la forme de descriptifs naturalistes (présence d’espèces remarquables, description sommaire du paysage, identification des atteintes d’origine anthropique). Trois Grottes sous-marines ont été inspectées et décrites dans le cadre de ce travail. Un descriptif de quelques autres grottes remarquables a été rédigé à partir des connaissances des experts impliqués et de la littérature.

Une analyse des substrats meubles circalittoraux du site a été réalisée à partir des 37 points d’investigations, comprenant une analyse granulométrique couplée à l’identification de l’endofaune récoltée. Cette analyse permettra de préciser l’identification des habitats et l’éventuelle présence d’espèces indicatrices de pollution et/ou d’instabilité.

Une synthèse du descriptif des canyons profonds de Cassidaigne et du Planier a été intégrée dans notre analyse, pour faire ressortir la valeur patrimoniale de ces milieux peu connus et aider l’évaluation des enjeux de conservation des habitats de l’étage bathyal (Vases et Roches bathyales). Les informations obtenues sur les canyons sont issues du programme MEDSEACAN (Fourt et Goujard, 2012).

Conclusion

A travers ces rapports d’étude, l’objectif principal est d’obtenir un point zéro de l’état des principaux habitats communautaires et autres des différents sites Natura 2000. Une grande quantité d’information a été extraite de la littérature existante consultée et orientée par les experts sollicités et leur connaissance de la zone. L’approche descriptive permet d’obtenir une vision naturaliste des secteurs les plus remarquables du site en mettant en évidence l’ensemble des critères qui traduisent :

  • les éléments remarquables d’un point de vue écologique (présence d’espèces de la Directive Habitat, ZNIEFF, indicatrices, etc., faciès et associations remarquables) ;
  • une dégradation de l’habitat (macrodéchets, engins de pêche, mortalités massives, espèces invasives) ;
  • une évolution positive ou négative de l’habitat (succession d’espèces, maintien de faciès remarquables)

La démarche de Natura 2000 envisage un retour sur site 6 ans après la réalisation du tome 0. Nous avons donc mis en place un dispositif qui permettra cette comparaison au niveau :

  • de sites coralligènes à -30 m et 4 sites coralligènes à -60 m : réalisation et analyse de quadrats photographiques ;
  • de grottes sous-marines (Grotte des 3PP et Grotte des Trémies par exemple dans les calanques) : réalisation de quadrats photographiques en fonction de l’éloignement de l’entrée ;
  • de points de suivis de limite inférieure de l’herbier à Posidonia oceanica : mesure de paramètres de vitalité ;
  • de points d’investigation sur les sédiments circalittoraux (granulométrie, analyse de faune) dont le secteur de Cortiou.

L’ensemble des autres éléments descriptifs disponibles présentés dans les rapports complètent les connaissances sur ces habitats et aideront à l’avenir à caractériser l’évolution de l’état de conservation des habitats marins.

ASTRUCH P., GOUJARD A., CHARBONNEL E., ROGEAU E., ROUANET E., BACHET F., BRICOUT R., BONHOMME D., ANTONIOLI P. A., BRETTON O., MONIN M., HARMELIN J. G., SARTORETTO S., CHEVALDONNE P., ZIBROWIUS H., VERLAQUE M., 2011. Inventaires biologiques et Analyse écologique de l’existant, Natura 2000 en mer, Lot n°12 « Côte Bleue Marine » FR 9301999. Contrat GIS Posidonie – Agence des Aires Marines Protégées, GIS Posidonie/PMCB publ., 400 p + 62 p d’annexes.

ROUANET E., ASTRUCH P., HARMELIN J.G., VACELET J., PEREZ T., CHEVALDONNE P., BELLAN G., 2012. Inventaires biologiques et analyse écologique de l’existant, Natura 2000 en mer, Lot n°6 « calanques et îles marseillaises – Cap Canaille et massif du grand Caunet » FR 9301602, Suivi des habitats marins. Contrat COMEX SA/GIS Posidonie – Agence des Aires Marines Protégées, COMEX SA/GIS Posidonie publ., 222 p.

Exploration des têtes de canyons méditerranéens français, les campagnes MEDSEACAN et CORSEACAN

Fresque_Canyons_1Les canyons sous-marins, nombreux, qui entaillent le plateau continental méditerranéen facilitent les échanges entre les eaux côtières et les eaux profondes et forment des habitats essentiels à la compréhension et à la gestion de la biodiversité des zones côtières et du plateau continental. Ils constituent un lieu de refuge, de nurserie et d’exportation vers le plateau continental pour de nombreuses espèces (larves de poissons, décapodes, cétacés…) dont certaines ont un intérêt patrimonial, voire parfois commercial. Des observations ont été effectuées à plusieurs reprises il y a près de cinquante ans par soucoupes plongeantes et plus récemment par ROV sur les canyons de Lacaze-Duthiers au large de Banyuls-sur-mer (Reyss 1964, 1971) et de Cassidaigne au large de Marseille (Bourcier et Zibrowius, 1972, Vivier, 1976). Ces campagnes ont révélé l’existence de peuplements à coraux froids, mais elles n’ont fourni qu’un éclairage très limité sur une biodiversité a priori importante et sur la vulnérabilité de cette zone.

Le milieu marin méditerranéen français est fréquemment exploré jusqu’à 50 m de profondeur grâce à la plongée en scaphandre. Il l’est également, évidemment moins souvent, au-delà de 1 000 m, à l’aide de grands navires océanographiques et d’équipements importants (ROV Victor, sous-marin Nautile, Cyana par exemple). La zone entre 50 et 1 000 m reste quant à elle, très mal connue.

Pour réaliser ses missions, la création et la gestion d’aires marines protégées, l’Agence des aires marines protégées s’appuie sur les connaissances disponibles et si celles-ci paraissent insuffisantes, elle peut être conduite à en organiser ou en réaliser l’acquisition.

L’Agence des aires marines protégées a conçu et mis en œuvre les programmes MEDSEACAN et CORSEACAN « Exploration des têtes des canyons méditerranéens français», des programmes ambitieux dont les campagnes de terrain se sont déroulées respectivement entre novembre 2008 et avril 2010 et de juillet à aout 2010.

L’objectif de ces campagnes a été d’établir un état de référence des têtes de canyon concernant les habitats, les espèces protégées et commerciales, les écosystèmes et les pressions anthropiques, en s’appuyant sur les compétences d’un réseau de scientifiques.
Par ailleurs, l’exploration de certains sites a très vite apporté les connaissances nécessaires à la délimitation d’espaces protégés déjà à l’étude (le Parc Naturel Marin du golfe du Lion, le Parc National des Calanques, aire marine protégée au large).

Les canyons de Méditerranée au large des côtes françaises et corses ont fait ainsi l’objet pour la première fois d’une campagne de reconnaissance systématique. Pour comparer les têtes de canyons entre elles et mieux comprendre l’importance écologique de ces entités, l’effort d’exploration a été réparti de façon aussi homogène que possible, avec une dizaine de jours de travail dans chacune des 9 boites prédéfinies pour la campagne MEDSEACAN et des 4 boites prédéfinies pour la campagne CORSEACAN. Dans chacune de ces boites et durant les différents legs qui se sont succédé, l’exploration des flancs de canyons a été faite selon la même démarche en utilisant les mêmes moyens techniques mis en œuvre par les mêmes équipes scientifiques et techniques. La description du milieu repose en priorité sur l’acquisition de données images (photos, vidéos) obtenues à partir de sous-marins, habités ou téléguidés. L’identification des espèces de la mégafaune est faite visuellement en s’appuyant parfois sur les prélèvements réalisés durant la campagne.

Les moyens utilisés pour acquérir des données ont été ceux de la COMEX : navire de 30 m Minibex, un ROV (Remotely Operated Vehicle) télécommandé Super Achille pouvant atteindre 800 m et permettant la capture d’échantillons biologiques, et un sous-marin biplace REMORA limité à 610 m (Morvan et al., 2010). La bathymétrie et des images acoustiques des bancs rocheux situés en haut de canyons ou entre les canyons ont été obtenues grâce à l’utilisation d’un sondeur multifaisceaux (RESON SEABAT 8101) et d’un sonar (Klein 3000).

Cette campagne a réuni une trentaine de scientifiques de l’Ifremer (Sète et Toulon), du CEFREM (Centre de Formation et de Recherche sur les Environnements Méditerranéens) de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, de l’Institut des Sciences de la Mer de Barcelone, des Universités de Perpignan et Nice, du Centre d’Océanologie de Marseille, des Observatoires Océanologiques de Villefranche sur mer et Banyuls sur mer, du CNRS, du GIS 3M, et des spécialistes chercheurs émérites. Ils se sont succédé lors des missions de terrain en mer du Minibex.

La campagne MEDSEACAN s’étire de la frontière espagnole à la frontière monégasque, soient 22 canyons, 5 bancs rocheux, 2 roches isolées sur le plateau continental et 1 haut-fond, ont été explorés durant 97 jours de mission (dont 88 jours de plongée) avec 197 plongées de 50 à 800 m de profondeur. Près de 14 800 photos, 390 heures de vidéos et plus de 200 prélèvements ont été complétés en temps réel par des observations des scientifiques embarqués. Les logbooks ainsi créés (Fourt et al., 2012 et Fourt et al., 2013) rassemblent les données faunistiques, floristiques (peu fréquentes dans les canyons) et géologiques, ainsi que diverses observations notées à la volée.
La campagne CORSEACAN se concentre au niveau de la façade ouest de la Corse, du Cap Corse aux Bouches de Bonifacio, soit 13 canyons explorés en 45 jours avec 100 plongées, qui s’échelonnent de 29 à 731 m de profondeur. Cette campagne a collecté près de 7 200 photos, 200 heures de vidéos et près de 90 prélèvements.
Le travail d’homogénéisation, de traitement des données et d’identification a été confié au GIS Posidonie, qui le conduit en collaboration avec les scientifiques ayant participé au programme MEDSEACAN et CORSEACAN, mais également avec d’autres scientifiques de laboratoires méditerranéens membres du GIS Posidonie et d’autres spécialistes.
L’objectif pour l’Agence des aires marines protégées est d’obtenir une description homogène de la zone couverte pour fournir un atlas cartographique de référence des habitats et des espèces des têtes de canyons et une base de travail pour la réalisation d’un « guide des espèces (mégafaune) des têtes de canyons de la Méditerranée française ».

Les données de MEDSEACAN et CORSEACAN ainsi traitées contribuent également à la recherche scientifique dans diverses disciplines : biologie, zoologie, écologie, géologie, océanologie, etc. Elles ont déjà été utilisées dans un certain nombre de publications scientifiques (Maier et al., 2012, Sartoretto 2012, Genta-Jouve et al., 2011 ; Reveillaud et al., 2010) et alimenteront d’autres recherches sur les canyons.

Auteurs : Maïa Fourt et Adrien Goujard

Références bibliographiques :
Appeltans W., Bouchet P., Boxshall G.A., Fauchald K., Gordon D.P., Hoeksema B.W., Poore G.C.B., van Soest R.W.M., Stöhr S., Walter T.C., Costello M.J., 2011. World Register of Marine Species : http://www.marinespecies.org on 2011-11-24
Berne S., Carre D., Loubrieu B., Maze J.P., Normand A., 2001. Carte morpho-bathymétrique du Golfe du Lion. 4 feuilles, échelle 1/100 000e. IFREMER – Région Languedoc-Roussillon.
Bourcier M., Zibrowius H., 1972. Les « boues rouges » déversées dans le canyon de la Cassidaigne : Observations en soucoupe plongeante SP350 (Juin 1971) et résultats de dragages. Tethys. Vol 4 (4). Pp : 811-842.
Fourt M., Goujard A., Bonhomme D., 2012. Traitement des données acquises dans le cadre de la campagne MEDSEACAN (têtes des canyons méditerranéens continentaux). Phase 2 – Boîte 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Partenariat Agence des aires marines protégées – GIS Posidonie, GIS Posidonie publ. 9 rapports.
Fourt M., Goujard A., Bonhomme D., 2013. Traitement des données acquises dans le cadre de la campagne « CORSEACAN » (têtes des canyons méditerranéens corses).
Phase 2 – Boite 10, 11, 12, 13. Mars 2013. Partenariat Agence des aires marines protégées – GIS Posidonie, GIS Posidonie publ. 4 rapports.
Genta-Jouve G., Francezon N., Puissant A., Auberger P., Vacelet J., Pérez T., Fontana A., Al Mourabit A., Thomas P. O., 2011. Structure elucidation of the new citharoxazole from the Mediterranean deep-sea sponge Latrunculia (Biannulata) citharistae. Magnetic Resonance in Chemestry. Vol. 49. Pp :533-536.
Le Suavé R., Normand A. 1996. Synthèse bathymétrique de données multifaisceaux (Méditerranée occidentale), 6 feuilles à l’échelle 1/250 000e. Editions Ifremer.
Maier C.; Watremez P., Taviani M., Weinbauer MG., Gattuso J-P., 2012. Calcification rates and the effect of ocean acidification on Mediterranean cold-water corals. Proceedings of the Royal Society. Vol 279. Pp:1716-1723.
Medimap Group, Loubrieu B., Mascle J., et al., 2008. Morpho-bathymetry of the Mediterranean Sea, CIESM/Ifremer special publication, Atlases and Maps, one map at 1/3 000 000.
Morvan J., Seguin E., Gauch F., Chemisky B., 2010. Campagne MEDSEACAN AAMP/COMEX Boîte 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9. Rapport Final. Juin 2010/REV1 Comex SA. 9 rapports.
Morvan J., Seguin E., Gauch F., Chemisky B., 2011. Campagne CORSEACAN AAMP/COMEX Boîte 10, 11, 12, 13. Rapport Final Décembre 2011, Comex SA. 4 rapports.
Reveillaud J, Remerie T., van Soest R., Erpenbeck D., Cardenas P., Derycke S., Xavier J., Rigaux A., Vanreusel A., 2010. Species boundaries and phylogenetic relationships between Atlanto-Mediterranean shallow-water and deep-sea coral associated Hexadella species (Porifera, Ianthellidae). Molecular Phylogenetics and Evolution. Vol. 56. Pp: 104-114.
Reyss D., 1964. Observations faites en soucoupe plongeante dans deux vallées sous-marines de la mer Catalane: le rech du Cap et le rech Lacaze-Duthiers. Bulletin de l’Institut Océanographique, Monaco. Vol. 63 (1308) . Pp :1-8.
Reyss D., 1971. Les canyons sous-marins de la mer catalane, le rech du Cap et le rech Lacaze-Duthiers. 3. Les peuplements de macrofaune benthique. Vie Milieu (B). Vol. 22 (3) : 529-613.
Sartoretto S., 2012. New records od Dendrobrachia bonsai (Octocorallia: Gorgonacea: Dendrobrachiidae) in the western Mediterranean Sea. Marine Biodiversity Records. Vol. 5-e7. Pp: 1-4.
Vivier, M.H., 1976. Influence d’un déversement industriel profond sur la nematofaune (Canyon de Cassidaigne, Mediterranée). Tethys. Vol. 8 (4). Pp : 307- 321.

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Port-Cros : nouvelle description et cartographie des biocénoses du milieu marin

Fresque_PNPCLe Parc national de Port-Cros vient d’acquérir de nouvelles données cartographiques actualisées autour de Port-Cros avec l’aide du GIS Posidonie et de synthétiser les informations et les travaux anciens et plus récents autour de l’île. En complément de nouvelles investigations sur le terrain, le but de ce travail était également de réaliser une description actualisée et la plus exhaustive possible des principaux habitats marins au sein du Parc. La sollicitation des experts benthologues, qui appréhendent et qui connaissent le mieux le contexte écologique de Port-Cros, a été une étape clef pour la réalisation de ce travail.

Le travail a consisté en une analyse de l’existant, cartographie des habitats et cartographie bathymétrique du périmètre marin de l’île de Port-Cros : vérité terrain, cartographie et description des biocénoses de substrats durs profonds (circalittorales),des fonds détritiques côtiers et des récifs (substrats durs autres que circalittoraux) et des herbiers de posidonies ;

L’ensemble des travaux restitués comprend une note de synthèse du travail réalisé ; un chapitre détaillant précisément toutes les méthodes d’acquisition et de traitement des données ; une revue de la bibliographie existante sur les fonds marins du Parc et une cartographie précise des espèces remarquables identifiées dans la bibliographie ; une analyse bibliographique des cartographies existantes ; des cartes illustrant les données exploitées mosaïques sonar, bathymétrie, modèle numérique de terrain, image ombrée (relief) du fond, degrés des pentes et orientation des pentes par rapport au Nord ; une cartographie des habitats marins de précision métrique selon la typologie EUR27 (Habitats génériques et Habitats élémentaires) et la typologie CAR/ASP (niveau 3) ; une analyse écologique détaillée des habitats Détritique Côtier, Coralligène, Herbier de Posidonie, Roche infralittorale à algues photophiles, Roches médiolittorale et supralittorale.

La qualité écologique, les risques pesant sur les habitats, la valeur patrimoniale ont été analysés afin de définir les principaux enjeux de conservation et de proposer quelques pistes de gestion. Cette partie de l’étude a été possible grâce à l’analyse bibliographique, les entretiens avec les experts connaissant le mieux le PNPC, et les investigations complémentaires réalisées dans le cadre de l’étude. Ce travail doit être considéré comme une synthèse actualisée des connaissances sur les principaux habitats marins remarquables du périmètre du Parc national de Port-Cros. Il comprend :

  • Une cartographie actualisée de grande précision des habitats et biocénoses selon différentes typologies (Directive Habitats, CAR/ASP). Pour ce faire, deux acquisitions exhaustives au sondeur multifaisceaux (sondeur interféromètre GEOSWATH, reliefs) et au sonar latéral (KLEIN 3900, image du fonds) ont été mises en œuvre et combinées à la base de données orthophotographique de l’IGN© (BDOrtho2008) et à la réalisation de plongées de vérité terrain en scaphandre autonome et en ROV ;
  • Une cartographie bathymétrique de grande précision, grâce à la réalisation d’une acquisition complète au sondeur multifaisceaux. Un rendu en 3D dynamique a également été fourni ;
  • Une analyse et une synthèse des études et des cartographies existantes réalisées depuis plus d’un demi-siècle. Une base de données bibliographique a ainsi été développée dans ce but ;
  • Une cartographie et/ou géolocalisation des espèces remarquables et des faciès et associations identifiés dans la bibliographie, lors des nouvelles investigations sur le terrain et à partir de la consultation des experts ;
  • Une description la plus exhaustive possible, par secteur, des habitats Détritique Côtier, Coralligène, Herbier à Posidonia oceanica, Roche Infralittorale à Algues Photophiles, Roches médiolittorale et supralittorale, à partir de la bibliographie, des informations issues des plongées d’investigations et des experts consultés. Lorsque l’information était disponible, une tendance évolutive de l’habitat par secteur a été évaluée. Un véritable diagnostic écologique précis a ainsi pu être établi sur ces différents habitats ;
  • Une synthèse des menaces et risques pesant sur chaque habitat. Les causes des dégradations constatées où les risques potentiels ont été listés (espèces invasives, activités humaines et changements globaux) ;
  • Une hiérarchisation des enjeux de conservation en fonction de la valeur patrimoniale et du niveau de risque. Cette hiérarchisation correspond à une aide à la gestion pour la priorisation des interventions ;
  • Une série de préconisations pour la gestion a été proposée (réglementation sur la pêche artisanale, l’ancrage, proposition de suivis scientifiques complémentaires).

Pour aboutir à ce travail, un effort de centralisation et d’interprétation des différentes sources de données disponibles et acquises a été fourni et rendu possible par le développement de bases de données bibliographiques et photographiques en lien direct avec le Système d’Information Géographique.

En quelques chiffres, ce travail représente 330,6 km de routes pour l’acquisition au sonar latéral au sondeur multifaisceaux, soit près de 13 millions de points de mesure de la profondeur du fond. Plus de 400 références bibliographiques ont été recensées sur la faune et la flore marine de Port-Cros et environ 200 ont été analysées et exploitées pour la cartographie des habitats et espèces mais également pour l’analyse écologique. Les investigations sur le terrain ont représenté 24 plongées en scaphandre autonome et 10 plongées en ROV. Au cours de ces plongées, 2629 photographies géolocalisées ont été prises en plongée et en ROV. Le ROV a pu acquérir 88 séquences vidéo géolocalisées en haute définition et 61 en basse définition, soit 5 h 44 de vidéos. Au total, 4979 organismes appartenant à plus de 400 espèces et 847 faciès et associations ont été contactés et localisés.

Le résultat de l’analyse et de la synthèse de l’ensemble de ces données montre que le Parc national de Port-Cros reste un site de référence quant à l’état écologique de ses fonds marins :

  • Les fonds détritiques côtiers sont remarquables, préservés du chalutage, ils présentent une multitude de faciès à forte valeur patrimoniale (Rhodolithes libres, Peyssonneliaceae, Osmundaria volubilis, maërl) et une forte biodiversité. Jusqu’à présent le rôle écologique de cet habitat a souvent été négligé à tort. Au large de la Gabinière et de la pointe du Vaisseau, le sédiment détritique évolue progressivement vers la biocénose du Détritique du Large (à partir de -75 m) présente dans les eaux du Parc.
  • Les fonds Coralligènes sont parmi les plus remarquables de la région PACA, pour leurs faciès à Paramuricea clavata, leurs enclaves à Parazoanthus axinellae, leur peuplement de macrophytes (Cystoseira sp.), autour de la Gabinière, de la pointe du Vaisseau, de Bagaud. Le périmètre du Parc abrite des roches profondes exceptionnelles, en transition avec la biocénose de la Roche du large au Sud Est de l’île (Gabinière et Vaisseau) entre 60 et 90 m de profondeur.
  • L’Herbier de Posidonie est très étendu, parfois jusqu’à plus de 35 m de profondeur, il présente dans l’ensemble une forte densité de grande nacres, plusieurs typologies remarquables (herbier en escaliers de Montremian, récif-barrière de la baie de Port-Cros). La cohabitation de l’herbier avec les fonds rocheux infralittoraux à algues photophiles contribue à la forte valeur patrimoniale et paysagère de la frange infralittorale.
  • Préservée de sources de pollutions importantes, la frange médiolittorale et infralittorale supérieure présente un état de vitalité remarquable et s’avère être un indicateur pertinent du bon état écologique général des eaux de surface du Parc national de Port-Cros.

Dans son ensemble, la vitalité des fonds marins de Port-Cros n’a pas significativement diminué par rapport aux conclusions des descriptions consultées dans la bibliographie. Cependant, un certain nombre d’éléments doit être pris en compte :

  • la régression alarmante du récif-barrière de posidonies de la baie de Port-Cros, aggravée par différentes causes anthropiques anciennes et actuelles ;
  • la régression de certaines limites inférieures d’Herbier de Posidonie (secteur Nord et Est), sans doute en raison de mécanismes qui dépassent l’échelle du Parc ;
  • une pression de l’ancrage très localisée (passe de Bagaud, baie de Port-Man). Les herbiers vulnérables (fort déchaussement) pourraient subir une dégradation mécanique importante ;
  • la récurrence d’épisodes de mortalité massive qui affectent sensiblement les communautés de substrats durs infralittoraux et de l’horizon supérieur du Coralligène (gorgonaires, spongiaires, bryozoaires) ;
  • la quasi-omniprésence de Caulerpa racemosa sur l’ensemble des habitats depuis la surface jusqu’à plus 50 m de profondeur. Les conséquences à moyen et long terme de cette présence, couplée à celle, importante, de Womersleyella setacea sur la Roche infralittorale à algues photopiles et le Coralligène, pourraient être une modification significative des communautés benthiques ;
  • une pression de la pêche artisanale. Bien que régulée au sein du Parc (charte de pêche, limitation de la longueur des engins, du temps de calée, etc.), la pêche artisanale est très concentrée, en particulier autour de Bagaud et dans le secteur Sud-Ouest du Parc. Un impact sur les communautés benthiques (plus faible abondance de grandes espèces dressées) et ichtyologiques (appauvrissement du peuplement de poissons) est présumé.

Actualiser la cartographie et la description des fonds marins du Parc est l’occasion d’identifier les lacunes à propos des connaissances. Combler ces lacunes apporte au gestionnaire du site des éléments complémentaires pour orienter la prise de décision pour la gestion (principalement vis à vis des usages). Une proposition de différents suivis découle ainsi de ce travail :

  • suivre les peuplements de poissons sur le Coralligène et la Roche infralittorale permettrait une analyse spatiale de la dynamique des peuplements et d’identifier un éventuel impact de la pêche artisanale sur ces peuplements ;
  • caractériser la pression de l’ancrage dans les baies de Port-Cros et Port-Man, ainsi que dans la passe de Bagaud et l’impact potentiel sur l’Herbier de Posidonie ;
  • augmenter l’effort de surveillance de la dégradation du récif-barrière de posidonies de la baie de Port-Cros ;
  • caractériser l’impact de la pêche artisanale sur les communautés benthiques du Détritique Côtier et du Coralligène ;
  • continuer le suivi de la dynamique des populations des principales cibles des épisodes d’anomalie thermique (Spongia officinalis, Paramuricea clavata, Eunicella singularis) ;
  • caractériser l’impact des algues invasives Caulerpa racemosa et Womersleyella setacea sur les communautés benthiques ;
  • suivre les populations de la grande nacre Pinna nobilis et de la patelle géante Patella ferruginea.

BONHOMME D., ASTRUCH P., GOUJARD A., BONHOMME P., ANTONIOLI P.-A., RUITTON S., HARMELIN J.G., PEREZ T., THIBAUT T., FOURT M., VERLAQUE M., 2011. Description et cartographie des habitats et biocénoses du milieu marin du Parc national de Port-Cros. Contrat GIS Posidonie – Parc national de Port-Cros, GIS Posidonie publ. 388 p.

La cartographie des petits fonds littoraux

Carte des fonds marins entre la Cap Lardier et le Cap Camarat (Var)
Carte des fonds marins entre la Cap Lardier et le Cap Camarat (Var)

La cartographie des fonds marins de 0 à 50 m de profondeur est rendue possible par l’acquisition d’images satellite, de photographies aériennes, d’image sonar, de relevés bathymétriques, d’observations et de photographies sous-marines. Ces dernières années, ces différentes sources d’informations sont devenues de plus en plus fines en terme de résolution (plus petit élément visible) et précises en terme de positionnement (localisation d’un élément en longitude, latitude, profondeur). Ces multiples données précisément positionnées peuvent alors être combinées grâce aux puissants outils informatiques que sont les systèmes d’information géographique (S.I.G.). On assiste alors à un véritable bond technologique où les fonds deviennent observables comme si la mer s’était retirée. L’Observatoire Marin du Littoral des Maures chargé de la gestion d’une zone marine côtière (Natura 2000) de plus de 800 ha est conscient de l’enjeu de la connaissance de son territoire marin. Il a pour cela fait réaliser par le GIS Posidonie une carte utilisant toutes ces dernières technologies grâce au financement de l’Europe, de l’Etat et des communes riveraines

Encart1_SIGLes images satellites ne suffisent pas. Les images satellites et photographies aériennes (A) sont utilisées pour cartographier les fond littoraux jusqu’à 15 m de profondeur, limite de visibilité due à la transparence des eaux méditerranéennes. Actuellement des clichés avec une résolution de 50 cm voir 10 cm peuvent être obtenus.
Au-delà des 15 m il faut savoir écouter la mer. Le fil à plomb enduit de poix, utilisé historiquement par les océanographes, pour connaître la profondeur (longueur du fil) et la nature du fond (sédiment collé sur le plomb enduit) est remplacé respectivement par les appareillages acoustiques que sont le sondeur multifaisceaux et le sonar latéral. Leur technique est basée, contrairement à la lumière, sur la très bonne propagation du son dans l’eau. Les sondeurs multifaisceaux les plus perfectionnés sont capables aujourd’hui de mesurer 101 valeurs de profondeur toutes les secondes ! L’interpolation de toutes ces valeurs de sonde permet de générer une image très précise de la forme des fonds marins, appelée Modèle Numérique de Terrain (MNT). Grâce à ce MNT il est possible de générer des images ombrées du fond (C), des représentations en trois dimension, d’identifier des reliefs particuliers et même de distinguer différents types d’herbier de posidonie. Le sonar latéral a pour fonction de constituer, après émission d’un faisceau acoustique et recueil de son écho réfléchi par les fonds, des images en niveau de gris reflétant la nature des fonds. L’interprétation de ces images, appelées sonogrammes (D), permet par exemple de distinguer les zones sableuses, les zones rocheuses, l’herbier de posidonie, les épaves (E).

Encart2_SIGSe mouiller. Ces interprétations nécessitent ensuite d’être validées sur le terrain par des observations directes en plongée, en ROV (petit sous-marin téléguidé) ou encore en tractant une caméra. La taille réduite des systèmes de positionnement par satellite (GPS) permet aujourd’hui d’être facilement tracté en surface par des plongeurs évoluant au fond. Ainsi les observations relevées et les photographies sous-marines prises peuvent être parfaitement positionnées (C, E, F).
Dessiner. Sous S.I.G., l’ensemble des données acquises (A,B,C,D,E,F), parfaitement localisées, peuvent alors être superposées, confrontées et combinées. Ceci permet de dessiner avec une grande exactitude les contours des différents habitats identifiés et de dresser une carte des fonds marins (G,H) où la mer semble avoir disparu et dévoile complètement ses secrets.

Carte_3Caps
Carte des biocénoses marines dans le secteur des 3 Caps : Lardier-Taillat-Camarat

Denis et Patrick Bonhomme

Article paru dans « Mer Vivante » édition 2008