Un programme d’actions pour le bon état de conservation des habitats naturels marins – MarHa

L’Agence Française pour la Biodiversité porte le programme LIFE intégré MarHa d’une durée de 8 ans comprenant 11 partenaires, scientifiques et gestionnaires, dont le GIS Posidonie, afin de rétablir et maintenir le bon état de conservation des habitats naturels marins qui abritent une importante biodiversité et nous rendent de nombreux services. Le projet mobilise l’ensemble des acteurs du réseau Natura 2000 en mer : professionnels, usagers, gestionnaires et scientifiques.

 

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Cartographie, fonctionnalités de nurserie et de protection contre l’érosion côtière des récifs de posidonie, vulnérabilité face aux changements globaux – CANOPé

Les récifs de posidonie sont des bioconstructions considérées comme de vrais monuments naturels des côtes Méditerranéennes. Ils sont cependant peu connus : leur nombre, leur répartition, leur état de conservation et les fonctions écologiques qu’ils remplissent ont été peu étudiés. Leur localisation dans des zones peu profondes et abritées les rend très vulnérables au changement global et en particulier au développement des activités humaines sur le littoral.

Le projet CANOPé est un projet pluridisciplinaire englobant les domaines de la cartographie, de la biologie, de l’écologie et de la géoscience. Ses objectifs sont de réaliser un inventaire et une cartographie exhaustive de ces récifs sur le littoral français, de déterminer leur état de conservation, d’améliorer les connaissances sur leur fonction de nurserie pour les poissons côtiers, de déterminer leur rôle contre l’érosion côtière et d’évaluer leur vulnérabilité face aux changements globaux.

Ce projet comporte deux échelles de travail :

  • une approche générale pour la cartographie, la typologie, l’état de conservation et la vulnérabilité des récifs de posidonie;
  • une approche locale sur quelques sites ateliers afin d’étudier leur fonction de nurserie et leur rôle contre l’érosion côtière.

Les résultats de ce programme feront l’objet de présentations lors d’un colloque organisé par le GIS Posidonie sur les structures bio-construites en Méditerranée. A la fin du programme, un ouvrage de synthèse comprenant un atlas complet des récifs de posidonie de la côte méditerranéenne française regroupera l’ensemble des connaissances et des résultats concernant ces configurations particulières de l’herbier de posidonie méditerranéen.

Le projet CANOPé dure 3 ans et se terminera en mai 2020.

 

 

Adrien Lyonnet

Des récifs de posidonie en Méditerranée française

Peu de gens le savent, mais en Méditerranée il existe des formations bio-construites à partir d’une plante, la posidonie, qui jouent un rôle écologique et de protection de la côte équivalent à celui des récifs coralliens. Les formations récifales de posidonie sont des structures morphologiques particulières des herbiers de posidonie. Dans les baies calmes et abritées, l’herbier, au cours du temps, et simultanément à la montée lente du niveau marin et de la matte sous-jacente, a pu se développer très près de la surface pour former des récifs barrières de posidonie. Il s’agit d’une formation construite par l’herbier dont la partie proximale des feuilles émerge de la surface, au moins à marée basse, en particulier au printemps et au début de l’été, lorsque la longueur de la feuille est à son maximum. Ces récifs sont considérés comme de véritables monuments patrimoniaux naturels. Ils font actuellement l’objet d’un recensement sur les côtes françaises par le GIS Posidonie.

Elodie Rouanet

Etude et caractérisation de la fréquentation maritime et de son impact sur l’herbier de posidonie, le peuplement de poissons et le balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) dans la réserve marine de Scandola (Corse) – INTERREG GIREPAM

Les aires marines protégées, telles que la réserve naturelle de Scandola (Corse), sont confrontées à des enjeux de gestions importants. Ces enjeux concernent des zones géographiques abritant des habitats et des espèces avec un fort intérêt biologique mais également patrimonial. Ce faisant les gestionnaires de ces réserves ont un réel besoin de connaissance sur les usages pratiqués dans la zone. Le maintien et/ou le développement des usages doit se faire en prenant en compte la biodiversité ainsi que l’exploitation des ressources halieutiques si on veut qu’ils soient durables. L’évaluation de la fréquentation d’un site permet de qualifier, et de quantifier, les pressions engendrées sur les différents habitats pour chacun des usages. Cela permet de les intégrer du mieux possible dans les plans de gestions. 

Cette étude réalisée avec le Parc Naturel Régional de Corse, dans le cadre du programme européen INTERREG GIREPAM, a pour objectif principal :

  • De fournir des données à différentes échelles spatiales et temporelles sur la fréquentation de la réserve naturelle de Scandola (Corse). Cela sera permis par l’utilisation croisée de différentes méthodes d’évaluation de la fréquentation;
  • D’évaluer les impacts potentiels à partir de différents descripteurs mesurés sur les communautés pouvant être impactées. Cette évaluation sera faite à l’aide de plusieurs métriques et indicateurs. Les communautés concernées sont : l’herbier de posidonie, les peuplements de poissons et la population de Balbuzard pêcheur présent dans la réserve.

Le recoupement de l’ensemble des informations collectées permettra d’évaluer au mieux les pressions liées à la fréquentation dans la réserve naturelle de Scandola.

Ce projet commencé en 2018 a une durée de 2 ans et se terminera fin 2019.

Adrien Lyonnet

Visionner la conférence ‘L’herbier de posidonie : victime et acteur du changement global de la Méditerranée’ donnée à la Station Marine d’Endoume

Dans le cadre des conférences du mercredi animées par les chercheurs de l’OSU Institut Pythéas, Patrick Astruc a présenté une conférence le mercredi 29 mars 2017 à la Station Marine d’Endoume.

La posidonie est une plante marine endémique de Méditerranée. Elle forme de vastes herbiers depuis la surface jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. En première ligne face aux activités humaines littorales, sa régression est constatée depuis plus d’un demi-siècle. Des mécanismes complexes et encore mal connus expliqueraient cette régression, dont les causes plus ou moins anciennes ne sont pas uniquement imputables à l’Homme. Les enjeux pour la conservation de l’herbier de posidonie sont majeurs. Il s’agit d’un écosystème clef jouant un rôle essentiel pour l’ensemble de la zone côtière (frayère, nurserie, atténuation de la houle, lutte contre l’érosion du littoral, etc.). Dans le contexte actuel de changement climatique, l’herbier de posidonie joue également un rôle considérable de séquestration et de stockage de carbone.

Pour visionner la conférence, cliquez sur le lien ci-dessous :

L’herbier de posidonie : victime et acteur du changement global de la Méditerranée

Conf_Herbier_Endoume

Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin

L’objectif de cet ouvrage est d’évoquer plus de 30 années de recherche appliquée en environnement marin méditerranéen à travers les principaux thèmes auxquels la communauté de scientifiques et de gestionnaires du GIS Posidonie a contribué et collaboré. Ces grands thèmes ont fait l’objet de programmes, de partenariats, de suivis, de missions de terrain pour faire avancer la connaissance et sa diffusion. Plusieurs générations d’étudiants ont été formées en accompagnant et en participant à ces travaux. Des colloques et des ouvrages ont ponctué ces 30 années de travail pour la protection et la gestion de l’environnement marin. Outre les nombreux rapports et publications issus des travaux du GIS Posidonie en partenariat avec les laboratoires méditerranéens, ce sont aussi 30 ans d’aventures humaines et de rencontres maritimes sur l’eau et sous l’eau et une passion partagée pour la Méditerranée.

Cliquer sur l’image ci-dessous pour visualiser et télécharger l’ouvrage.

GIS POSIDONIE_30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin

Vidéo de Sandrine Ruitton

30 ans au service de la Méditerranée

“30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin”, c’est le titre des rencontres du GIS Posidonie qui ont eu lieu à Hyères, le 14 octobre 2013.

1982-2012… déjà 30 ans !!!

L’objectif de cette demi-journée était d’évoquer 30 années de recherche appliquée en environnement marin méditerranéen à travers les grands thèmes sur lesquels la communauté de scientifiques et de gestionnaires du GIS Posidonie a contribué et collaboré. Ces grands thèmes ont fait l’objet de programmes, de partenariats, de suivis, de missions de terrain pour faire avancer la connaissance et sa diffusion. Plusieurs générations d’étudiants ont été formés en accompagnant et en contribuant à ces travaux. Des colloques et des ouvrages ont ponctué ces 30 années de travail pour la protection et la gestion de l’environnement marin. Outre les nombreux rapports et publications issus des travaux du GIS Posidonie, ce sont aussi 30 années d’aventures humaines et de rencontres maritimes sur l’eau et sous l’eau et une passion partagée pour la mer Méditerranée.

Le monde de l’environnement marin, gestionnaires et scientifiques du milieu marin, milieu maritime, pêcheurs, plongeurs, hommes d’images, amoureux de la mer, qui ont partagé à un moment donné les aventures du GIS Posidonie, ont été conviés le 14 octobre 2013, à Hyères, pour fêter les 30 ans du GIS Posidonie.

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Du conte de “la petite sirène” à la transplantation des posidonies : une aventure parsemée de rencontres

De la lecture à la plongée : un petit pas ‘géant’

« Bien loin dans la mer, l’eau est bleue…, pure comme le verre le plus transparent, mais si profonde…, il y croît des plantes et des arbres bizarres, et si souples que le moindre mouvement de l’eau les fait s’agiter comme s’ils étaient vivants… », ce monde mystérieux, fascinant, m’impressionnait, j’essayais de m’en imprégner. Je relisais le conte des dizaines de fois, je passais des heures à regarder la couverture de “la petite sirène” en rêvant, en essayant de dessiner ou de peindre des paysages sous-marins décrits par Andersen en 1835.

Les années passent et je me retrouve en octobre 1986 devant le choix de ma troisième année universitaire à Nice : je veux faire de la biologie et de l’écologie marines. Je me mets aussi à la recherche d’une école de plongée et quelques jours plus tard je fais mon ‘baptême’ dans la rade de Villefranche-sur-Mer. Tout ce matériel me fait peur mais je vais enfin découvrir le monde de la petite sirène et ce jour-là, je rencontre pour la première fois la posidonie. Il y a ce vert intense, à perte de vue : les champs de posidonies ! C’est un spectacle magnifique, d’abord le bleu tellement lointain, tellement profond, tellement ‘libre’, puis le bruit de notre respiration, qui résonne dans cette immensité, et autour : le silence. Je comprends ce jour-là, que tout ce que j’ai toujours essayé d’exprimer sur papier avec des crayons ou de la peinture, ne peut me satisfaire complètement. Je baigne enfin, comme la petite sirène, de tout mon corps dans ce monde mystérieux et féerique à quelques mètres sous la surface et je sais que la mer va devenir mon milieu favori de détente, de bien être, de travail, mon laboratoire d’expérimentation. Mon choix est fait. Pourtant mes enseignants me découragent de continuer dans cette voie.

De rencontre en rencontre vers l’expérimentation

Je poursuis pourtant mes études et j’apprends à plonger pendant mon temps libre. Au cours de cette troisième année, à l’occasion d’une sortie d’algologie, un de mes enseignants remarque un autocollant de plongée sous-marine sur ma voiture : c’est Alexandre Meinesz. A la rentrée universitaire suivante, je retourne le voir et lui demande si je peux participer, l’été suivant, à une de ses missions. Il accepte. J’ai eu le courage de frapper à la bonne porte et j’ai appris à plonger en toute sécurité. C’est le début de mon aventure avec Posidonia oceanica. Pendant cette mission mon chemin croise celui de Charles-François Boudouresque sans lequel je n’aurais pu intégrer la formation de Marseille. Un an plus tard, j’obtiens avec mention, mon D.E.A. d’Océanographie ! Durant cette année je fais plus ample connaissance avec les posidonies en mettant en place un grand nombre d’expériences de transplantations de boutures, qui aboutissent à l’élaboration de mon sujet de thèse.

De l’expérimentation au brevet d’invention, en passant par la publication

Lorsqu’en 1767, Carl von Linnaeus décrit cette plante sous le nom de Zostera oceanica, puis qu’en 1813 Alire Delile la transfère dans le genre Posidonia, créé quelques années auparavant du nom du Dieu grec de la Mer : Poséidon, ils ne se doutent pas qu’ils baptisent alors un des végétaux essentiels dans l’équilibre écologique de la mer Méditerranée. Ils ne savent pas non plus que ces plantes capables de bien des caprices peuvent offrir une vision sous-marine éblouissante : des champs à perte de vue, les ‘herbiers’. Mais ces herbiers subissent parfois de vastes régressions dues aux activités humaines (pollutions, ancrages, aménagements, etc. La recolonisation de milieux endommagés peut se faire par l’extension lente des herbiers en place situés aux alentours, par la fixation de boutures naturelles ou par le développement de graines. Le bouturage naturel est estimé à 3 boutures fixées/ha/an car les fragments de plante détachés sous l’action de l’hydrodynamisme, n’ont que de rares chances de pouvoir se fixer sur un sol favorable. La reproduction sexuée est rare et souvent autogame (interfécondation des organes mâles et femelles d’une même fleur). Les fruits se détachent, flottent à la surface et lorsqu’ils s’ouvrent à maturité, les graines libérées ne tombent pas souvent sur un substrat ou à une profondeur favorables permettant leur germination. Devant ce faible espoir que les herbiers puissent reconquérir seuls des zones anciennement endommagées et grâce aux connaissances acquises sur la biologie de la plante, sur l’architecture des herbiers, il est nécessaire de répondre à un besoin. Ainsi, nous testons pendant plus de quatre années, un grand nombre de paramètres pouvant agir sur la survie, la croissance et le développement de boutures transplantées in situ. L’objectif de nos travaux est de répondre à moyen puis à long terme à une question : face au recul généralisé des herbiers de posidonies, l’Homme peut-il intervenir pour régénérer des espaces sous-marins endommagés après avoir limité ou supprimé l’agent destructeur ? Des boutures sont alors récoltées dans des herbiers où la densité autorise un prélèvement, jouant même un rôle d’élagage. Elles sont transplantées dans des sites expérimentaux en Corse : près de la Réserve de Scandola, près des îles Lavezzi et dans les Alpes Maritimes : dans la baie de Cannes et la baie de Nice. Nous testons les profondeurs de récolte et de transplantation, les substrats, les morphologies des boutures, la longueur des boutures, les saisons favorables, les dispositions des boutures, les densités favorables.

Ainsi, la meilleure saison de transplantation pour la survie et le développement est le printemps pour les boutures plagiotropes (qui se développent horizontalement à la périphérie de l’herbier) avec un taux moyen de survie de 92% après 3 ans et l’automne pour les boutures orthotropes (qui se développent verticalement dans l’herbier) avec un taux de survie de 45%. Les boutures à morphologie plagiotrope donnent de meilleurs résultats (75% de survie) que les boutures à morphologie orthotrope (30-60% de survie), et, leur croissance est plus rapide. Les boutures plagiotropes portant entre 3 et 5 faisceaux foliaires survivent mieux et la longueur optimale du rhizome pour les boutures orthotropes est de 10 à 15 cm. Les boutures transplantées à une profondeur plus faible que leur profondeur de récolte donnent de meilleurs résultats que celles provenant d’herbiers superficiels et transplantées plus profond. Les boutures montrent un comportement grégaire, elles donnent de meilleurs résultats lorsqu’elles sont disposées avec un espacement n’excédant pas 5 cm. Si l’on prend en compte tous ces éléments, le taux de survie des boutures de posidonies peut être très bon et atteindre plus de 84% après 4 années. La recolonisation est toutefois lente, le nombre total de faisceaux foliaires change peu les deux premières années. La formation de nouvelles ramifications compense simplement la mortalité. Ce n’est qu’à partir de la troisième année qu’on observe un accroissement du nombre de faisceaux. Les boutures sont alors bien enracinées et amorcent la colonisation du milieu. Le substrat de transplantation a une importance lorsqu’on réalise la réimplantation, qui est la réintroduction de la plante dans une zone où elle a existé dans le passé et d’où elle a disparu du fait de l’action de l’Homme. Lorsqu’on veut simplement effectuer un renforcement des populations c’est-à-dire transplanter des boutures dans une zone où les effectifs sont trop faibles, le substrat a moins d’importance puisque l’espèce existe déjà dans cette zone. Dans ces différentes expériences, les boutures sont fixées soit sur des grillages en plastique, eux même fixés au sol par des piquets, soit elles sont fixées individuellement par des piquets métalliques. Dans un souci de respect de l’environnement, ces piquets sont retirés après l’enracinement des boutures. L’ensemble de ces travaux a donné lieu à de nombreuses publications scientifiques, à l’aboutissement de ma thèse de doctorat et a permis de mettre au point une véritable technique de transplantation de boutures de Posidonia oceanica. Ainsi, dans le but de contribuer à la protection de l’environnement marin et dans le souci de l’aboutissement d’un projet de recherche appliquée, cette technique a fait l’objet d’un brevet d’invention déposé à l’Institut National de la Propriété Industrielle par l’Université de Nice-Sophia Antipolis, le 15 septembre 1992.

Du brevet d’invention à la reforestation sous-marine : un parcours bien cadré

Les orientations techniques de ces recherches (maîtrise des techniques de plongée sous-marine, maîtrise du repérage visuel du matériel à récolter, maîtrise de la logistique et de l’efficacité des opérations, maîtrise de la biologie de la plante pour un suivi dans le temps in situ) peuvent trouver des applications pratiques puisqu’elles contribuent au rapprochement entre la science et le grand public. En effet, au cours de ces recherches nous faisons fréquemment appel à différents partenaires, dont le GIS Posidonie. Leur logistique, l’aide qu’ils apportent sur le terrain et au laboratoire ou leur compétence en information et prévention, permettent de faire connaître un peu mieux le milieu marin et la recherche scientifique qu’on peut y effectuer hors des laboratoires traditionnels. Ces aides sont précieuses et permettent la mise en place in situ de près de 6 000 boutures expérimentales.

Néanmoins, bien qu’ayant une technique brevetée à disposition et une volonté de valoriser le milieu, il reste difficile de vouloir passer à une reforestation massive du milieu marin, telle qu’elle est pratiquée dans le milieu continental. Une opération de transplantations de grande envergure présenterait un coût trop élevé par rapport à d’autres opérations de préservation de la qualité des milieux ou de restauration des écosystèmes littoraux.

De plus, il existe un risque : celui des ‘mesures compensatoires’ qui peuvent être utilisées comme un alibi permettant de poursuivre des aménagements littoraux destructeurs en donnant bonne conscience aux élus mais en trompant le public. Il est bien clair que la destruction d’un herbier de posidonies par recouvrement sous un ouvrage est irréversible car le biotope est définitivement détruit et aucune compensation ne peut rétablir l’équilibre initial.

Quoi qu’il en soit, en France, du fait de la protection légale de Posidonia oceanica, les opérations de transplantations, qui impliquent la récolte et le transport de boutures en épaves ou non, ne sont autorisées que sous réserve d’appliquer le « code de bonne conduite » établi par les scientifiques à la demande du Ministère de l’Environnement et par dérogation accordée par le même Ministère.

Ainsi, s’achève ma petite contribution à l’avancement des connaissances sur ces plantes dont parlait Andersen dans mon livre d’enfance, ces plantes rencontrées lors de ma première plongée et qui m’émerveillent encore autant à chacune de mes plongées actuelles.

Auteur : Heike Molenaar

Retrouvez cette article dans l’ouvrage du GIS Posidonie “Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin“.

De Port-Cros à Port-Cros, en passant par Bruxelles : l’histoire d’un écosystème-miracle, l’herbier à Posidonia oceanica

Un peu d’histoire

L’histoire de la posidonie Posidonia oceanica commence  longtemps avant la création du Parc national de Port-Cros, puis du GIS Posidonie, ce qui n’étonnera personne.

Son nom, tout d’abord. C’est le naturaliste  suédois  Linnaeus,  le ‘père’ de la nomenclature binomiale moderne, qui la baptise (sous le nom initial de Zostera oceanica), au milieu du 18ème siècle. Pourquoi ‘oceanica’ ? Chacun sait aujourd’hui que la posidonie  est une endémique méditerranéenne, et donc qu’elle est totalement absente de ‘l’océan’. En fait, on se déplaçait peu à l’époque de Linnaeus ; le grand naturaliste travaillait surtout sur des spécimens qui lui étaient envoyés par ses correspondants  d’outre-Suède. Sans doute a-t-il mélangé deux envois, et cru que la planche d’herbier venait de ‘l’océan’ (peut-être Biarritz ou le golfe de Gascogne), nom qui désignait alors l’océan Atlantique. Quoi qu’il en soit, l’une des règles de base qui régissent la nomenclature  est celle de l’antériorité : le nom légitime d’une espèce est le plus ancien nom qui lui a été attribué (sauf homonymies). Un nom mal choisi ne peut pas être invalidé sous le prétexte qu’il est mal choisi. Après tout, il en va de même des noms de famille que nous portons. Nous connaissons des Lepetit qui ne sont pas petits et des Legrand qui sont petits. Et c’est ainsi que Posidonia oceanica porte le nom d’un océan dont elle est absente.

L’histoire  moderne de la posidonie  commence  avec Roger Molinier et Jacques Picard. Le premier  vient d’être nommé assistant à la Faculté  des Sciences de Marseille. Le second également,  mais il est affecté à la Station marine d’Endoume, dirigée par le professeur  Jean- Marie Pérès. Ensemble, à la nage et en plongée,  ils parcourent  les côtes françaises et ne s’intéressent  pas seulement à la posidonie,  mais aux herbiers qu’elle  édifie. Ensemble, ils publient en 1952 l’un des ouvrages fondateurs de  l’océanographie méditerranéenne (Recherches  sur les herbiers de phanérogames marines du littoral méditerranéen français) (Fig. 1 et 2). Roger Molinier et Jacques Picard comprennent  le rôle fondamental que jouent les herbiers de posidonies en Méditerranée,  bien  que ce soient parfois de simples intuitions ; en particulier l’édification  de la matte (et donc le piégeage  de carbone) et l’édification  des récifs-barrières (dont celui de la baie de Port-Cros).

Picard_MolinierFig. 1 : Jacques Picard (à gauche) et Roger Molinier (à droite).

Au secours  ! L’herbier  recule !

Les recherches concernant les herbiers de posidonie, l’un des habitats dominants des rivages méditerranéens,  n’ont jamais cessé, en particulier en France. On peut citer par exemple les thèses de Michel Ledoyer et de Jean-Georges Harmelin. Le déclic vient du rapprochement de deux constats : (i) L’herbier joue un rôle essentiel dans le fonctionnement des systèmes littoraux (même si ce rôle n’est pas démontré à l’époque) ; et (ii) l’herbier régresse de façon dramatique. Cette régression est perçue d’autant plus fortement qu’elle concerne les alentours des grandes villes méditer-ranéennes,  où sont localisés les principaux laboratoires de biologie marine : Alger (Algérie), Barcelone (Catalogne), Gènes et Naples (Italie) et Marseille (France).

 Mais pourquoi l’herbier de posidonie régresse-t-il ? Dans les années 1970s, le grand public découvre le  concept de pollution,  et  la  pollution  constitue   une explication  logique  et probablement  réaliste. Mais en fait, on sait peu de choses sur l’herbier à Posidonia oceanica, et donc sur les mécanismes  de sa régression. Roger Molinier, devenu professeur à la Faculté des Sciences de Marseille, lance ses assistants sur la piste : Henry Augier, Alain Crouzet, Liliane et Max Pellegrini, Claude Zevaco et moi-même.

Il faut sauver le soldat Posidonia

Les évènements s’accélèrent. Il est difficile de préciser une chronologie et de déterminer  les relations de cause à effet. Dans un contexte de connaissances donné, des idées émergent naturellement, et il est difficile de déterminer celui ou ceux qui ont été les premiers à les exprimer. A la  fin  des années  1970s, le  CNEXO  (ancêtre  de l’IFREMER)  commande une synthèse bibliographique sur Posidonia oceanica. Le Ministère de l’Environnement sollicite le Parc national de Port-Cros, la Station marine d’Endoume (aujourd’hui MIO et IMBE) et le CNEXO pour qu’ils proposent des programmes de recherche susceptibles  de répondre aux questions qui se posent. Le Parc national de Port-Cros constitue  le principal  site  atelier des programmes proposés.

La trilogie (i) science, (ii) décideurs et gestionnaires, (iii) grand public, qui nous est aujourd’hui familière, se met en place de façon informelle.  Concernant  la posidonie,  il faut sensibiliser le grand public. Le Parc national de Port-Cros (sous l’impulsion de son directeur, André Manche) et le Parc naturel régional de Corse (directeur  : Michel Leenhardt)  publient un ouvrage de vulgarisation intitulé ‘Découverte de l’herbier de posidonie’ (Boudouresque C.F et Meinesz A., 1982). Cet ouvrage aura un très grand retentissement. Concernant le milieu scientifique, l’idée d’un séminaire international se fait jour (voir plus bas). Concernant la gestion des programmes scientifiques, c’est plus compliqué.

 Afin de contourner  la compétition  entre les laboratoires,  d’optimiser les financements  venant de diverses origines (Europe, Ministères, régions, etc.), d’éviter les redondances et d’être certain que tous les points  nécessaires à la cohérence  d’ensemble  soient  traités,  le Ministère  de l’environnement propose la création d’un GIS (Groupement d’intérêt Scientifique). C’est l’origine du GIS Posidonie,  porté sur les fonts baptismaux par le Parc national de Port-Cros et par le CNEXO (Olivier et Jeudy de Grissac, ce volume, pp : 15-21). La coédition (avec le Parc national de Port-Cros et le Parc naturel régional de Corse),  en 1982, de l’ouvrage  ‘Découverte  de l’herbier de posidonie’ constitue la première apparition publique du GIS Posidonie.

1983 : le séminaire fondateur

La première tâche du tout nouveau GIS Posidonie est d’organiser un séminaire international sur les herbiers à Posidonia oceanica, dont les actes seront publiés en 1984 (Fig. 2). Ce séminaire se tient du 12 au 15 Octobre 1983 à Porquerolles, île dont la gestion a été confiée au Parc national de Port-Cros. Ce colloque est un grand succès. Il réunit plusieurs centaines de participants, venus de tous les pays riverains de la Méditerranée (Espagne, France, Italie, Grèce, Turquie, Liban, Tunisie, Algérie, etc.) et au-delà (e.g. Autriche et Belgique). Plus de 50 communications scientifiques y sont présentées, qui constituent un premier bilan des connaissances sur les herbiers à Posidonia oceanica, depuis la géologie jusqu’à la gestion, en passant par l’écologie, la physiologie, la flore et la faune accompagnatrices.

 Un point important est la participation active au séminaire de Porquerolles de représentants des administrations en charge de l’environnement (France, Espagne, Italie), de représentants des régions et des villes, et enfin de nombreux journalistes. Cela assure à l’évènement une couverture médiatique impressionnante.

Posidonia_Institut oceanographique_WorkshopFig. 2 : A gauche. La publication fondatrice de Roger Molinier et Jacques Picard (Molinier R., Picard J., 1952. Recherches sur les herbiers de phanérogames marines du littoral mé­di­terranéen français. Ann. Inst. océanogr., 27 (3) : 157-234). A droite.  International workshop on Posidonia oceanica beds. Boudouresque C.F., Jeudy de Grissac A., Olivier J. (édit.), GIS Posidonie publ. : i-xxiii +1-454.

La protection de l’environnement peut être imposée d’en haut (top-down). C’est ce qui a eu cours de la fin du 19ième siècle jusqu’aux années 1960s. Mais ce n’est déjà plus le cas dans les années 1980s. L’adhésion du public est devenue indispensable.

 C’est de l’édition de ‘Découverte de l’herbier de posidonie’ par le Parc national de Port-Cros, en 1982, puis du séminaire de Porquerolles, en 1983, que date l’intérêt du grand public pour la posidonie. Des dizaines de brochures, dans toutes les langues du bassin méditerranéen, parlent de la posidonie. Les professeurs en parlent dans les écoles primaires et secondaires. La presse régionale et nationale consacre des articles à la posidonie et aux herbiers. La télévision en parle ! La posidonie devient un thème populaire, comme en témoignent les ‘micro-trottoir’ de l’époque, que ce soit à Barcelone, à Marseille ou à Gènes : la majorité des passants, surtout les jeunes, ont entendu parler de la posidonie, parfois même savent pourquoi elle est importante.

 Mais pourquoi les herbiers de posidonie sont-ils si importants ? (Fig. 3) 1. Leur énorme production primaire en fait une source de nourriture majeure pour le réseau trophique. 2. L’herbier est une frayère (lieu de ponte) et une nurserie pour de nombreuses espèces, en particulier pour des espèces d’intérêt économique. 3. L’herbier exporte des feuilles mortes vers d’autres écosystèmes, dans le médiolittoral, l’infralittoral, le circalittoral et le bathyal, où elles seront à la base du réseau trophique. 4. L’herbier atténue la force des vagues et des houles, et contribue ainsi à protéger les plages de l’érosion. 5. Les feuilles mortes, sur les plages, les protègent contre l’érosion due à l’hydrodynamisme. 6. La production d’oxygène par la posidonie, dans le cadre de la photosynthèse, contribue réellement à l’oxygénation du milieu, dans la mesure où du carbone est séquestré définitivement dans la matte. Quand ce n’est pas le cas, cette production d’oxygène est en effet provisoire : la minéralisation de la matière organique morte consomme la même quantité d’oxygène que celle produite par la photosynthèse. 7. La séquestration du carbone dans la matte contribue à atténuer les effets des rejets de dioxyde de carbone par l’Homme. 8. La posidonie fixe (dans la matte) les sédiments meubles et contribue à réduire la turbidité de l’eau, en empêchant leur re-suspension lors des tempêtes. Les herbiers de posidonie peuvent donc être qualifiés d’écosystème miracle.

Role_PosidoniaFig. 3. Rôle de l’herbier à Posidonia oceanica dans le fonctionnement des systèmes littoraux en Méditerranée. Figure originale (Charles F. Boudouresque).

La posidonie superstar

 Le GIS posidonie et la Stazione Zoologica di Napoli (Italie) ont organisé à Ischia (près de Naples), du 7 au 11 octobre 1985, le second séminaire international sur les herbiers de posidonies. Les actes ont été publiés en 1989 par le GIS Posidonie. Par la suite, l’intérêt pour les écosystèmes à magnoliophytes marines, dont font partie les herbiers de posidonies, est devenu tel que d’autres structures ont pris le relai. C’est le cas du RAC/SPA (Regional Activity Center on Specially Protected Areas, Tunis) pour ce qui concerne la Méditerranée.

 L’herbier à Posidonia oceanica est devenu le thème principal de recherche d’un grand nombre de laboratoires, autour de la Méditerranée. Ce sont des centaines de publications qui lui ont été consacrées depuis les années 1980s. Le rythme a tendance à s’accélérer. Dans les années 2000s, la moyenne est de presque une publication par semaine ! Cela traduit à la fois l’importance, largement reconnue, des herbiers et la complexité extraordinaire de l’écosystème.

 La posidonie est devenue une espèce protégée en France (1988). La communauté européenne a inscrit les herbiers a Posidonia oceanica dans l’annexe I de la Directive habitats de 1992. La posidonie a ensuite rejoint la liste des espèces protégées au niveau de l’Europe (convention de Berne) et de la Méditerranée (convention de Barcelone), en 1996. Dans le cadre de la Directive habitats, la posidonie constitue un élément majeur pour la désignation des zones ‘Natura 2000’ en mer. C’est le cas de la zone Natura 2000 du golfe d’Hyères, dont la gestion a été confiée au Parc national de Port-Cros.

 En simplifiant, on peut dire que l’aventure moderne de la posidonie est partie du Parc national de Port-Cros, puis est passée par le Ministère de l’environnement (Arrêté de protection) et par Bruxelles (Directive habitats). De là, inscrite dans l’annexe I, elle a servi de base à la désignation des zones Natura 2000 en Méditerranée, dont celle de Hyères dont le Parc national de Port-Cros est gestionnaire.

 C’est donc l’histoire d’un aller-rerour : de Port-Cros à Port-Cros, en passant par Bruxelles. La gestion des herbiers de posidonie est devenue un enjeu d’une telle importance que l’accord RAMOGE (Italie, Monaco et France) a perçu la nécessité d’un ouvrage consacré à sa gestion. Il est l’œuvre d’une quinzaine de spécialistes et a été publié en français (2006), italien (2008) et anglais (Boudouresque et al., 2012. Protection and conservation of Posidonia oceanica meadows. Ramoge, RAC/SPA, GIS Posidonie publ. : 1-202).

 Auteur : Charles-François Boudouresque

Retrouvez cette article dans l’ouvrage du GIS Posidonie “Plus de 30 ans au service de la protection et de la gestion du milieu marin“.