Un programme d’actions pour le bon état de conservation des habitats naturels marins – MarHa

L’Agence Française pour la Biodiversité porte le programme LIFE intégré MarHa d’une durée de 8 ans comprenant 11 partenaires, scientifiques et gestionnaires, dont le GIS Posidonie, afin de rétablir et maintenir le bon état de conservation des habitats naturels marins qui abritent une importante biodiversité et nous rendent de nombreux services. Le projet mobilise l’ensemble des acteurs du réseau Natura 2000 en mer : professionnels, usagers, gestionnaires et scientifiques.

 

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Exposition ‘les récifs artificiels de la baie du Prado’ organisée par la mairie du 1er secteur de Marseille

Depuis plusieurs années la ville de Marseille met en œuvre une politique de préservation et de valorisation de son littoral et du milieu marin pour restaurer cette zone fortement dégradée par l’action de l’homme. Une des actions phares a été l’opération RECIFS PRADO, avec l’immersion de 27 000 m3 de récifs artificiels.

Pour la première fois sur nos côtes de Méditerranée, un ambitieux programme de réhabilitation des fonds marins avait été engagé avec l’appui de l’Agence de l’Eau et des partenaires institutionnels et locaux, usagers et professionnels de la mer. A l’aide de récifs artificiels innovants, il visait à restaurer les fonds marins détruits notamment par les aménagements de plages artificielles. Avant l’opération RECIFS PRADO, il n’y avait que peu de vie marine dans la zone d’implantation. Un peu plus de 10 ans après l’immersion, cette exposition nous montre le résultat obtenu, son succès et la présence d’une forte diversité écologique et halieutique. La vie marine se développe de nouveau sur ces récifs propices à la fixation de la faune et de la flore. Ils ont bien leur place dans la restauration des écosystèmes à long terme.

La Mairie du 1er secteur s’est engagée au travers de nombreuses actions dans une démarche “Ecoresponsable”, qui constitue un véritable projet de territoire, afin d’aboutir à l’avènement d’une ville dans laquelle la nature aura retrouvé tous ses droits terrestres et maritimes. Dans cette optique de reconquête de la biodiversité marine, Madame Sabine Bernasconi, invite le public à venir découvrir l’exposition « les récifs artificiels du Prado ».

Et parce que les images en disent plus qu’un long discours, venez nombreux découvrir l’exposition

 

Etude de la fonctionnalité de nurserie de l’étang de Berre et évaluation d’un besoin de restauration écologique – JUVABERRE

L’industrialisation du pourtour de l’étang de Berre (Bouches du Rhône, France) au cours du XXème siècle a conduit à une profonde modification de cet écosystème lagunaire. Une des principales modifications observées a été la régression extrêmement importante des herbiers à magnoliophytes (zostères) présents dans l’étang. Ces herbiers occupaient 8000 ha en 1916, il n’y en avait plus que 1.2 ha en 2009. En 1994, puis en 2004, dans le cadre du plan Barnier, une régulation des rejets d’eaux douces de la station hydro-électrique de Saint-Chamas a été mise en place. Cette mesure a eu pour effet d’en limiter les impacts sur les différents habitats de l’étang. Entre 2009 et 2010, le projet ICHTYOBERRE (inventaire par pêches scientifiques) a permis de montrer que le peuplement en poissons est principalement dominé par des espèces sédentaires, dont des juvéniles d’espèces dont le cycle de vie s’accomplit partiellement en milieu lagunaire (anguilles, loups, dorades, muges). Ces dernières années de nombreux juvéniles ont été observés dans l’étang de Berre.

Ces observations ont inspiré le montage du programme JUVABERRE. Ce programme a pour objectif de réaliser des recensements de juvéniles dans les différentes catégories d’habitats présentes dans les petits fonds du pourtour de l’étang de Berre. Des recensements seront également faits sur des habitats artificiels en acier et en bois utilisés en tant qu’unités d’observation standardisée dans différentes lagunes méditerranéennes. Il s’articule autour de 3 axes de travail :

  • Evaluer la présence de juvéniles dans les différents habitats d’un point de vue qualitatif et quantitatif;
  • Comparer ces résultats et la qualité de nurserie de l’étang de Berre par rapport à d’autres lagunes méditerranéennes;
  • Proposer une stratégie d’optimisation de la fonctionnalité de nurserie de l’étang.

Les résultats de ce projet permettront d’apporter des éléments de compréhension quant au potentiel de l’étang de Berre à contribuer au maintien et au renouvellement des peuplements de poissons côtiers. L’évaluation de cette fonction de nurserie apparaît également comme étant un bon moyen d’évaluer l’état global du milieu ainsi que sa réhabilitation.

Ce projet qui a démarré au printemps 2018, se terminera à la fin de l’année 2019.

Adrien Lyonnet

Code de bonne conduite pour les techniques de restauration des fonds marins

Si des techniques de restauration existent (et a fortiori si elles ne sont pas réellement au point), il convient d’éviter leur utilisation anarchique et abusive : réimplantations de Posidonia oceanica comme alibi à des destructions liées à de nouveaux aménagements, immersion de décombres rebaptisés “récifs artificiels”, mise en place de récifs artificiels dans des sites non appropriés, etc.

Le problème se pose très concrètement dans le cas de Posidonia oceanica, en France, où des collectivités locales pourraient être tentées de contourner la loi de protection de P. oceanica en proposant des réimplantations au succès hypothétique en compensation de destructions bien réelles. Quelques principes pouvant constituer les bases d’un code de bonne conduite sont préconisés ci-dessous :

(1) le site et le biotope de réintroduction ont été autrefois occupés par l’espèce réintroduite;

(2) les causes de la disparition de l’espèce, que l’on voudrait  réintroduire sur le site, ont cessé d’agir : pollution, surpêche, pression humaine, etc.;

(3) la réintroduction ne se fait pas à proximité d’une population survivante importante (éviter de “réintroduire pour réintroduire”);

(4) les connaissances sur la biologie de l’espèce (dynamique des populations, biologie de la reproduction, etc.) permettent de penser que la réintroduction a des chances de succès;

(5) la réintroduction ne peut pas se faire en compensation de la destruction d’une population de la même espèce. Pour éviter une telle dérive, il est décidé que, dans un rayon de 10 km autour d’une destruction délibérée (dans le cadre d’un aménagement du littoral), aucune réintroduction ne peut être réalisée pendant une période de 10 ans;

(6)
le prélèvement d’individus destinés à la réintroduction ne doit pas mettre en péril la population-source.

(7) les individus destinés à la réintroduction ou au renforcement doivent provenir d’une population génétiquement identique (ou proche) de celle qui a occupé la région où est projetée la réintroduction;

(8) les techniques de réintroduction (ou de renforcement des populations) ne doivent pas constituer une nuisance pour les espèces ou les écosystèmes indigènes.

Ces propositions ont été reprises dans un document du Parlement Européen (Union Européenne) préparé dans le cadre du programme STOA (présenté à Corfou, Grèce, en septembre 1993).

Charles François Boudouresque

Aménagement du littoral en Méditerranée… des ports, des ports, encore des ports ?

Tous les aménagements littoraux (ports, endigages, plages artificielles) sont concentrés sur les fonds de moins de 50 m (et plus particulièrement sur ceux de moins de 20 m). Sous ces aménagements, les peuplements (herbiers de posidonie, par exemple) sont détruits de façon irréversible, tout au moins à l’échelle humaine. Le pourcentage de la surface des petits fonds occupés par des aménagements littoraux est déjà considérable dans un certain nombre de régions de Méditerranée…

En Méditerranée, le plateau continental est généralement étroit, de telle sorte que les fonds de moins de 50 m ne représentent que 5% environ de sa surface. C’est vrai dans le Var, où le plateau continental est tout particulièrement réduit. L’essentiel de la vie végétale (et donc de la vie animale) se concentre sur ces petits fonds, les seuls où la lumière soit en quantité suffisante. Il faut donc se représenter la Méditerranée comme une oasis très étroite, longeant la côte et entourant de vastes zones aux fonds relativement pauvres, parfois plus pauvres que le Sahara.

Tous les aménagements littoraux (ports, endigages, plages artificielles) sont concentrés sur les fonds de moins de 50 m (et plus particulièrement sur ceux de moins de 20 m). Sous ces aménagements, les peuplements (herbiers de posidonie, par exemple) sont détruits de façon irréversible, tout au moins à l’échelle humaine. Le pourcentage de la surface des petits fonds occupés par des aménagements littoraux est déjà considérable dans un certain nombre de régions de Méditerranée, comme la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) et la Ligurie italienne (Tableau I).

Tableau I : Pourcentage de la surface des petits fonds et pourcentage du linéaire côtier occupés par des aménagements littoraux en région Provence-Alpes-Côte d’Azur (sans la Camargue) en 2001 (d’après MEINESZ et coll.).

Amenagement_littoral_tableauEn région Languedoc-Roussillon, il y a en moyenne un port tous les 7 km de côte ; ce chiffre tombe à 5 km en région PACA, et à 3 km si l’on considère le seul département des Alpes-Maritimes. Cette densité de ports est déjà considérable, déraisonnable. Or, la pression de la demande est énorme. En France, il y a près d’un million de bateaux de plaisance immatriculés, soit 5 fois plus que de places disponibles dans les ports. En outre, il y a presque autant de bateaux immatriculés en Allemagne, en Grande-Bretagne, etc. Quel plaisancier d’Europe du Nord ne rêve pas d’avoir un “anneau” sur la Côte d’Azur ? La demande est donc infinie, et je ne suis pas sûr qu’un port continu, de la Camargue à la frontière italienne, suffirait à l’assouvir !

L’impact d’un port sur les petits fonds ne se limite pas à son emprise. Un port constitue également une source de pollution, dont l’influence va bien au delà de la surface qu’il occupe. Les peintures anti-salissures des coques comportent des composés chimiques, certes moins toxiques qu’autrefois, qui diffusent dans l’eau. Les équipements des ports ou des bateaux ne permettent que rarement, en France, le transfert à terre des eaux usées. Celles-ci sont alors rejetées à la mer (normalement, en dehors des ports), et échappent au traitement dans des stations d’épuration. En été, la population qui vit et campe à bord des bateaux, dans les ports ou dans les mouillages forains, peut être considérable. Par analogie avec les villes flottantes de l’Asie du Sud-Est, on désigne sous le nom d'”effet Singapour” la pollution induite par ces sortes de campings, flottant sur leurs eaux usées et déchets divers. Un exemple de paradoxe est fourni par la baie de Port-Cros ; certains jours d’été, il peut y avoir jusqu’à 250 bateaux au mouillage, avec en moyenne 4 personnes à bord, soit un millier de personnes : cela représente le triple de la population estivale du village, dont les eaux usées, elles, sont récupérées et traitées dans une station d’épuration très performante.

Le développement économique de la Provence et de la Côte d’Azur est fortement lié au tourisme littoral : baignade, nautisme, plongée sous-marine. Les touristes ont besoin d’infrastructures (hôtels, campings, restaurants, discothèques, ports), mais ce n’est pas pour ces infrastructures qu’ils ont parcouru des centaines, parfois des milliers de kilomètres. La “trilogie SSS” (sea, sand and sun) reste nécessaire mais n’est plus suffisante. Les touristes recherchent également la qualité de l’eau, la qualité de l’environnement, la qualité des paysages, terrestres et sous-marins. Les plongeurs ne sont pas très attirés par des fonds de vase parsemés de bouteilles et de boîtes rouillées. Ils veulent voir des tombants coralligènes, des gorgones, des poissons variés, des couleurs. Les temps ont changé. Les touristes, tout au moins ceux qui en ont les moyens, et ils sont de plus en plus nombreux, peuvent aller ailleurs, loin, très loin. Les régions qui n’ont pas compris, ou qui ont compris trop tard, qu’il y avait un seuil, dans les aménagements littoraux, à ne pas dépasser, commencent à le payer cher : la pente du déclin semble impossible à remonter ; c’est ce que l’on appelle, de façon imagée, la “spirale de la clochardisation”.

Construire le “port de trop” peut rapporter sur le court terme (le temps de sa construction) à quelques entreprises de la région. D’autres gains peuvent bien sûr être considérés. Mais ses conséquences peuvent coûter très cher, et cela sur le long terme. Le problème est que ces coûts sont externalisés : ceux qui en paieront les conséquences, par exemple le déclin de l’économie liée au tourisme, ou la perte de valeurs d’usage, ne sont pas ceux qui auront touché le prix de sa construction. C’est la raison pour laquelle, tant qu’il restera quelques kilomètres de rivage vierge, il se trouvera toujours quelqu’un pour vendre un port de plus. Aux autres de bien analyser la balance entre les bénéfices éventuels (pour qui ?) et les coûts externalisés (pour qui ?).

Vincent Gravez et Charles-François Boudouresque
Texte publié dans Le Tropézien, n°30, (2001)

Posidonie : réimplantations et transplantations

Diverses techniques de réimplantation de Posidonia oceanica ont été mises au point (COOPER, 1976, 1979, 1982 ; CINELLI, 1980 ; GIACCONE et CALVO, 1980 ; MEINESZ et al., 1990, 1992 ; MOLENAAR, 1992 ; MOLENAAR et MEINESZ, 1992 ; MOLENAAR et al., 1993 ; GENOT et al., 1994). Des sites de réimplantations, généralement expérimentaux, totalisant plus de 150 000 boutures, existent en particulier à Marseille, Giens, Cannes, Golfe-Juan, Nice (France continentale), Monaco et Galeria (Corse). La mise au point des techniques de réimplantation apparaît comme une nécessité : la régénération naturelle des herbiers étant très lente (MEINESZ et LEFEVRE, 1984), il pourrait s’avérer nécessaire, dans les secteurs où la régression a été considérable (Genova, Marseille, par exemple) d’accélérer la régénération naturelle par des réimplantations. Naturellement, il conviendrait de s’assurer au préalable que les causes de la régression de l’herbier ont cessé d’agir : les contraintes propres au milieu marin rendent en effet ces réimplantations relativement coûteuses, et il ne serait pas cohérent d’essayer de régénérer quelques hectares d’herbier (en 10 à 50 ans) dans un secteur ou plusieurs hectares d’herbier disparaissent chaque année du fait des activités humaines. Au total, les réimplantations doivent s’intégrer à une stratégie globale de gestion des herbiers prenant en compte les éléments suivants : (1) Surface totale des herbiers existants ; (2) surfaces perdues chaque année du fait de la régression et causes de cette régression ; (3) surfaces gagnées chaque année du fait de la régénération naturelle (si elle existe) ; (4) surfaces que l’on peut espérer gagner par réimplantation, avec un échéancier à 10, 20 et 50 ans ; (5) coût des réimplantations, et comparaison des effets d’un investissement identique alternatif dans la maîtrise des causes de la régression (épuration des eaux, mise en place de récifs anti-chaluts, équipement des mouillages forains, création d’espaces protégés, etc.).

Il existe malheureusement un risque sérieux que la possibilité technique de réimplanter soit détournée de ses objectifs pour servir d’alibi à de nouvelles destructions. Dans plusieurs secteurs, il semble que l’on ait planté pour planter, sans aucune stratégie d’ensemble, au gré de sollicitations liées au désir de se refaire une ‘virginité écologique’. On a planté dans des secteurs où P. oceanica n’existe pas naturellement, et semble ne jamais avoir existé : quelle justification y a-t-il à vouloir tenter de remplacer un fond de sable infralittoral (qui n’a rien d’un désert biologique, ce que certains élus ne savent pas) par quelques touffes de P. oceanica ? On a planté dans des zones où la régression de l’herbier se poursuit rapidement. A Cannes, une partie des réimplantations ont été effectuées dans un herbier stable et ancien à Cymodocea nodosa, autre phanérogame marine également protégée par la loi (arrêté du 19 Juillet 1988). Détruire une espèce protégée pour la remplacer par une autre espèce protégée ne constitue pas, à l’évidence, une stratégie bien cohérente. Plus grave, des réimplantations de P. oceanica ont été proposées comme mesure compensatoire dans le cadre de projets de construction ou d’agrandissement de ports de plaisance. C’est le cas par exemple du projet d’agrandissement du port de Sanary-sur-Mer : en compensation de la destruction (certaine) d’une importante surface d’herbier, il était prévu de planter quelques milliers de boutures dans une zone où rien n’indiquait que des herbiers aient existé dans le passé, ni que P. oceanica soit capable de s’y maintenir, en vue de la reconstitution (éventuelle ; dans un futur indéterminé) d’un herbier. La délibération du Conseil municipal de Sanary-sur-Mer du 6 Août 1992 approuvant ce projet a été ultérieurement annulée par le Tribunal Administratif de Nice (jugement du 3 Décembre 1992).

Du fait de la protection légale de Posidonia oceanica, les opérations de réimplantation, qui impliquent la récolte et le transport de boutures, nécessitent la demande d’une autorisation au Ministère de l’Environnement (CREBASSA, 1992). Jusqu’en 1992, ce dernier a délivré des autorisations permanentes (qui devaient toutefois être validées chaque année) ; ces autorisations ne précisaient pas les dates, quantités concernées et localités. Face à la dérive constatée en matière de réimplantations, le Ministère de l’Environnement (sur avis du Conseil National de Protection de la Nature) a décidé en 1993 de ne plus accorder d’autorisations permanentes. Cependant, des dérogations ponctuelles (avec indication de date, quantité et localité) ont été accordées en 1993 (100 boutures dans le “posidonium” de la baie de La Palud, à Port-Cros, et 1000 boutures à Golfe Juan) et en 1994.

Afin d’éviter que les techniques de réimplantation de Posidonia oceanica ne servent d’alibi à la poursuite de la destruction des herbiers existant, il conviendrait de mettre au point un code de bonne conduite. Les bases de ce code pourraient être les suivantes. (1) Le site précis (et le biotope) de réintroduction ont été autrefois occupés par P. oceanica ; la présence de mattes mortes (enfouies ou non sous le sédiment), ou des cartes anciennes, doivent en témoigner. La réimplantation dans des biotopes qui n’ont pas été occupés autrefois par P. oceanica ne peut être envisagée que si une étude démontre que les conditions du milieu ont été profondément modifiées par un aménagement littoral (réalisé plus de 10 ans auparavant) et sont devenues favorables à P. oceanica; (2) Les causes de la disparition de P. oceanica (pollution, chalutages, ancrages, etc) doivent avoir cessé d’agir ; on doit donc démontrer que les herbiers ou les touffes isolées les plus proches du site ont amorcé un processus de re-colonisation naturelle. (3) La réimplantation ne doit pas se faire à proximité d’herbiers très étendus ; en effet, il n’y a pas lieu de planter pour planter ; il est inutile d’ajouter quelques dizaines ou centaines de m² (0.001 à 0.01 ha) à un herbier de plusieurs centaines ou milliers d’hectares. (4) La réimplantation ne peut se faire en compensation de la destruction d’un herbier ; pour éviter cette dérive, aucune réimplantation ne devrait avoir lieu dans un rayon de 10 km autour d’une destruction délibérée (dans le cadre d’un aménagement littoral), pendant une période de 10 ans ; des dispositions similaires existent en milieu continental, où les zones incendiées sont déclarées inconstructibles. (5) La réimplantation sur le site même d’une destruction provisoire devrait toutefois être autorisée ; c’est le cas de la fermeture d’une tranchée ouverte à l’occasion de fouilles archéologiques, ou de l’ensouillage d’une canalisation. (6) A l’exception du cas particulier qui précède (point 5), toute réimplantation doit être précédée par une réimplantation expérimentale : elle portera sur 200 à 500 boutures (avec éventuellement la comparaison de plusieurs méthodes) ; un suivi scientifique, pendant trois ans, devra démontrer le succès de l’expérience pour que puisse être envisagé une opération de réimplantation à plus grande échelle. (7) Le prélèvement des boutures destinées à la réimplantation ne devrait pas mettre en péril les herbiers existants ; les boutures ne seront prélevées dans un herbier qu’après étude de la dynamique de ramification des rhizomes (production naturelle de nouveaux faisceaux), permettant de déterminer le nombre maximal de boutures susceptibles d’être prélevées par an et par m². L’utilisation de boutures-épaves, théoriquement intéressante, devrait être évitée en raison du caractère irrégulier et imprévisible du succès. (8) Les réimplantations devront s’insérer dans une stratégie globale de gestion des herbiers (voir plus haut).

Charles François BOUDOURESQUE, Vincent GRAVEZ, Alexandre MEINESZ, Heike MOLENAAR, Gérard PERGENT et Pierre VITIELLO